Enfin une vraie campagne… en Guyane

Édito
jeudi 6 avril 2017

Au moment où tant de gens usent leur énergie à déléguer leur pouvoir à la candidature qui à leur sens serait la moins mauvaise, intéressons-nous un peu à ces 300 ?000 “citoyenNEs” qui usent la leur à se prendre en charge. Les guyanaiSEs ont su se faire entendre en chahutant Ségolène Royal venue signer un protocole insignifiant par rapport au “pacte d’avenir” promis par Hollande en 2013. Et a fortiori par rapport aux attentes populaires.

Ce territoire, premier département et seconde région de France par sa superficie – n’en déplaise à Macron – partage avec Mayotte le fait d’être la moins peuplée, la plus pauvre et celle où l’égalité “républicaine” est la moins assurée. Carences des services publics, mortalité infantile trois fois supérieure à la moyenne nationale, du fait du manque d’infrastructure de santé et de la pollution, 5 ?000 jeunes excluEs du primaire, lycées et université très insuffisants, non prise en compte des cultures et des langues locales, sous équipement, particulièrement en voies de communications et transports, ce qui grève toutes les activités, chômage pour plus de 21 ?% de la population, ressources locales pillées par les békés ou les multinationales, abcès colonial de Kourou, concentrant l’essentiel des moyens de sécurité et cristallisant l’inégalité sociale…

Un tel tableau se traduit par une insécurité d’État qui génère et attise colère et tensions. Il y a urgence à satisfaire les revendications sur l’école, la santé, les transports, le logement et à engager les efforts de développement jamais faits depuis 1946, quand la Guyane est passée théoriquement du statut de colonie à celui de département français.

À l’époque la France du Conseil national de la résistance mais aussi du plan Marshal, toute à la reconstruction… des profits capitalistes, a choisi de ne pas développer les DOM-TOM, les cantonnant dans une économie et une exploitation de type colonial. C’est cette orientation, maintenue depuis par tous les gouvernements et cautionnée par les roitelets locaux, qui agite la Guyane et pousse à l’extravagante exigence d’un plan Marshal pour la Guyane…

Cette grève générale insurrectionnelle par bien des aspects, avec ses barrages où se jouent beaucoup de choses, y compris des pièces “externalisées” du théâtre de Macouria, est largement soutenue ; par l’ensemble des syndicats et des partis de gauche ; par la plupart des populations du territoire : les AmérindienNEs, qui se battent pour la reconnaissance de leurs peuples, contre le vol de leur terre et l’exploitation industrielle ou “illégale” du sol, les descendantEs des esclaves, les différentes vagues de déportéEs, les immigrantEs récentEs et par les fonctionnaires venuEs de la métropole.

Bien sûr, ce mouvement ne pose pas directement les questions de l’anticapitalisme et du refus du néo-colonialisme. Bien sûr, des patrons et des organisations patronales affirment soutenir le mouvement. Bien sûr, la nature exacte des 500 “frères” prétendant lutter contre la violence reste à préciser. Bien sûr, la participation des très jeunes est jugée par les pouvoirs locaux intempestive parce que “violente et n’ayant rien à voir avec le mouvement en cours” (couvre feu pour les moins de 17 ans à Cayenne et instruction du préfet d’éradiquer les barrages sauvages, sauf ceux “dressés et tenus par les collectifs”). Pourtant, bien qu’excluEs pour beaucoup de l’école puis du travail, les jeunes sortent des tracts détaillant avec bon sens des solutions pour être plus en prise sur leur formation, leurs loisirs et leur avenir… Leur intégration aux assemblées/barrages avec les grévistes renforcerait le mouvement, qui peut se radicaliser très vite en fonction des réponses qui seront apportées ou non par l’État colonial.

Nous pouvons touTEs prendre une part dans le soutien à cette grève générale, en la faisant connaître, ainsi que ses revendications, en proposant des motions de soutien partout où nous intervenons, en contribuant à l’organisation de manifestations de soutien en France.

Olivier Vinay, le 30 mars 2017


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