Pour un SNESUP qui résiste et impose des alternatives

vendredi 24 mars 2017

Le congrès du SNESUP va se tenir dans un contexte national et international plus incertain que jamais. La politique de Trump basée sur la préférence nationale et la stigmatisation de boucs-émissaires trouve des échos en Europe et en France, où la valse des “favoris” des primaires n’évacue pas pour autant l’hypothèse d’une droite extrême ou du FN. Les annonces et projets de ces forces politiques – et pas seulement – sont claires sur la fin des garanties statutaires, professionnelles et sociales, le règne du marché et la concurrence généralisée, l’exclusion des plus pauvres et des immigréEs…

Afin d’être prêt à répondre aux aléas de la période pour la meilleure défense des intérêts matériels et moraux des syndiquéEs, des personnels et aussi des étudiantEs, notre syndicat doit se réapproprier un certain nombre de principes du mouvement syndical.

L’indépendance par rapport au pouvoir, à l’administration, aux partis et aux lobbies

Les risques d’accession au pouvoir de la pire réaction n’exemptent pas de condamner et combattre la politique en cours de la gauche parlementaire qui poursuit – quand elle ne l’aggrave pas – celle de la droite et qui ouvre un boulevard à des régimes d’exception. Et les motifs ne manquent pas. La mobilisation pour résister à la mise en œuvre de la loi “travail” et imposer son abrogation concerne directement le SNESUP. D’abord, parce qu’il est au plus près des étudiantEs pousséEs de plus en plus tôt vers le marché du travail. Et ensuite parce que les personnels subissent les mêmes attaques que les autres travailleurEs soumisES à la loi El Khomri, directement, avec la mise en place du Compte Personnel d’Activité qui vise à individualiser les garanties statutaires et indirectement, avec des textes présentant dans le public, des mesures équivalentes au privé : loi déontologie, PPCR…

Les lobbies patronaux et les forces économiques exercent une influence toujours plus massive dans les financements de la recherche, les compositions des instances, la nature et la qualité des formations, sans parler de la pression des pouvoirs locaux et religieux dans les COMUE en particulier. Cela pose clairement la question de l’indépendance de l’université vis-à-vis des patrons et de ces groupes de pression, et donc du respect de la laïcité.

Les guerres impérialistes françaises (au même titre que celles des États-Unis et de la Russie) sont plus coûteuses que les budgets de toutes les universités, lycées et écoles indispensables pour une formation de qualité pour touTEs… Sans compter leurs cortèges de victimes et de migrantEs chasséEs de chez eux/elles et refuséEs “chez nous”, de marchés des armes et technologies de surveillance et d’attentats odieux (Paris, Nice et partout dans le monde). Ces guerres et ces attentats ont servi de prétexte pour aggraver les politiques de répression des opposantEs, de stigmatisation des quartiers populaires et de suivisme vis-à-vis du FN (déchéance de nationalité...). Les différentes couches de l’état d’urgence et des lois sécuritaires ont servi à imposer la limitation des libertés fondamentales et l’aggravation des politiques d’austérité.

Le combat pied à pied contre toutes les formes d’austérité capitaliste

  • Explosion record de la précarité dans tous les services

Elle fragilise en premier lieu les précaires eux-mêmes, mais aussi les équipes et, derrière, les statuts de tous les personnels, le SNESUP et la FSU doivent lutter pour l’interdiction des licenciements et la titularisation immédiate et sans conditions de tous les non titulaires.

  • Conditions de travail et statuts déstabilisés, inégalités aggravées

Les regroupements (COMUE, associations, fusions) présentés comme une “simplification indispensable” de la carte nationale des formations, reviennent à faire des économies d’échelle (suppression de “doublons” dans les formations, mutualisation de services…). “L’harmonisation de l’offre sur le territoire”, condition pour la validation du plan de formation de chaque université, vise à une adaptation au local. Dans le même temps le tout-évaluation (“suivi de carrière”) la modulation des services, la multiplication des primes, la politique d’“excellence” et les flicages en tout genre… déstabilisent l’organisation et la cohérence des formations et des enseignements dans chaque université, favorisent la rentabilité à courte vue, aiguisent la concurrence entre les sites et aggravent les inégalités territoriales en matière d’accès aux formations comme à la recherche. Ainsi sont attaqués à la fois l’indépendance de la recherche et de l’enseignement vis-à-vis des décideurs et financeurs locaux, les statuts de l’ESR et les diplômes nationaux.

Pour refuser une organisation du travail dictée par la bureaucratie ministérielle ou les hiérarchies locales et la soumission de l’enseignement et de la recherche à des logiques comptables (GBCP) et aux lois du marché et de la concurrence, il faut exiger l’abrogation des lois LRU1 et LRU2 et du décret modifiant le statut des EnseignantEs-ChercheurEs, l’arrêt des fusions d’universités, des privatisations et externalisations de services, la création de tous les postes nécessaires à l’enseignement et à la recherche pour sortir des finalités de rentabilité et d’adaptation aux exigences du patronat.

  • Définition claire des besoins pour la recherche publique, Dissolution de l’HCERES et de l’ANR

Pour un retour à un mode de financement pérenne et pour en finir avec la contractualisation et sa mise au service d’intérêts privés.

  • Introduction de la sélection en master organisée par la loi du 24 décembre

Cela revient, dans un tel contexte, à faire payer aux étudiantEs les conséquences désastreuses de ces contre-réformes, en cherchant à masquer un manque de choix croissant. Le recours à un logiciel du type APB (tout aussi opaque) permet à l’administration de gagner sur tous les plans. D’une part, cette dernière limite l’offre en laissant aux universités l’initiative d’en rabattre sur les “capacités d’accueil” qu’elles définissent. D’autre part, elle limite la demande par un “droit à la poursuite d’études” très théorique. Pendant trois ans, les étudiantEs ayant subi un refus (souvent tardif) dans le(s) Master(s) de leur choix, auront un délai très court pour faire une demande en ligne via un portail qui leur proposera théoriquement trois vœux (dont un dans la même région). Il serait tenu compte d’une vague “compatibilité” entre mentions de licence et de masters et d’un prétendu “projet professionnel”, pas du tout assuré au niveau de licences pour la plupart non professionnalisantes.

Entre changer de région, avec les coûts que cela implique, ou accepter des masters n’ayant guère plus de rapport avec le cursus suivi, qu’avec les goûts supposés de l’étudiantE, il restera toujours l’abandon de ce “droit” et donc des études.

Face à une telle contre-réforme, venant d’un pouvoir qui aura ainsi parachevé la trahison d’à peu près tous ses principes et promesses, la direction du SNESUP n’a pas cru bon de consulter les personnels. C’est grave ! Mais qu’elle ait soutenu une telle régression, totalement contradictoire avec ce que le syndicat a toujours défendu sur la sélection à l’université, c’est inconcevable et incompréhensible. Le même soutien au même projet a coûté très cher à l’UNEF en termes de représentativité. Si ce soutien du SNESUP ne laisse pas place à l’exigence d’abrogation de la loi du 24/12/16 et de ses textes d’application, et si de telles erreurs, tant sur la forme du vote du SNESUP, que du fond de cette réforme devaient se reproduire, il risquerait d’en coûter aussi énormément au syndicat.

  • Mastérisation de la formation des enseignants

À l’aune de cette nouvelle sélection en master, elle est encore plus inacceptable. Elle va accroître encore la crise de recrutement des professeurEs et la dissuasion des jeunes d’origine populaire de s’engager dans cette voie. Les Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation (ÉSPÉ) sans moyens propres, et dépendantes des tutelles pédagogiques, hiérarchiques et territoriales ne permettent pas de rétablir une formation de qualité pour les enseignantEs. Au contraire, des pré-recrutements massifs s’imposent à l’issue de la première année de licence ouvrant droit au statut d’élève-professeurE salariéE, en lien avec un plan de recrutement pluri-annuel, et des concours de recrutement accessibles en fin de troisième année de licence, ouverts à touTEs.

  • Acquis des PPCR

Ils sont aussi imperceptibles sur la feuille de paie qu’ils se révèlent de substantielles attaques contre les statuts et les négociations salariales globales. Il convient de leur opposer le rattrapage et la progression du pouvoir d’achat par des augmentations uniformes, 400 euros pour touTEs, pas de salaires inférieurs à 1700 € net.

  • Pour construire la mobilisation

Il est urgent d’en finir avec le “dialogue social” avec les administrations, dans les Conseils centraux des universités (et des COMUE) et les différentes instances de “concertation” locales et nationales, chambres d’enregistrement des politiques que nous combattons. Il importe de renouer au plus vite avec un syndicalisme d’action directe, mobilisant et coordonnant les AG des personnels, afin de construire un véritable rapport de force, aux différents niveaux.

Dans l’éducation, défendre et réinventer l’école publique

Avec la perspective d’une autre école dans une autre société, une école et une université égalitaires et démocratiques, sans hiérarchie entre les savoirs, sans sélection précoce ni orientation en fonction des intérêts du patronat. L’université n’a pas plus pour mission la prestation de services pour les entreprises que l’“insertion professionnelle” (mission introduite par la LRU1 et confirmée par la LRU2) d’étudiantEs transforméEs en armée de réserve du capital, condamnéEs à des “bilans de compétences” à vie pour prouver et financer leur “employabilité”.

Le système d’éducation et de formation doit être doté de tous les moyens (postes, formation, organisation pédagogique…) pour lutter réellement contre l’échec scolaire et universitaire, à commencer par la gratuité totale des études. Il doit être fondé sur la coopération et non plus sur la compétition — aussi bien en matière de travail scolaire et universitaire des jeunes, que de travail des personnels.

Dans la société aussi, pour une vraie rupture avec le système capitaliste.

En commençant par l’abrogation – et non la réécriture – des lois réactionnaires : dans l’école et l’ESR, dans la Fonction publique, textes s’attaquant aux statuts (entretien d’évaluation, mobilité…), au code du travail, à la sécu, aux retraites… mais aussi en posant la question du contrôle de l’économie par les salariéEs : ainsi la “dette” publique doit être dénoncée et non pas payée à coups de plans d’austérité, la propriété capitaliste des moyens de production doit être contestée (expropriation des grands groupes économiques).

Pour la défense des libertés fondamentales :

arrêt des violences et de l’impunité policières et désarmement de la police, fin de la répression des mouvements sociaux, suppression des lois anti-syndicales, arrêt des campagnes anti-Roms, anti- immigrantEs…

Pour un syndicat de lutte au service des usagers et des personnels :

engagement des militantEs sur le terrain des luttes plutôt qu’un investissement dans des tâches de représentation chronophages dans des instances, d’autant plus dépourvues d’enjeux depuis l’autonomie des établissements.

Pour l’égalité des droits :

avec les gouvernements successifs, la politique xénophobe d’“immigration choisie” continue. Les étudiantEs étrangerEs, notamment au niveau licence, sont soumisEs à une sélection dont les critères seraient impossibles à remplir pour la plupart des étudiantEs françaisEs (conditions de ressources, progression des études…), et sont par ailleurs privéEs des mêmes droits (bourses sur critères sociaux…). Il faut revendiquer un titre de séjour pluriannuel sans condition, notamment de niveau académique pour toutE étrangerE ayant une carte d’étudiantE, libre accès à l’enseignement supérieur, à toutes les aides sociales, au travail… Et au-delà : fermeture des centres de rétention administrative, régularisation de touTEs les “sans-papiers”, abrogation du CESEDA…

Émancipation défend une université publique, laïque, gratuite, égalitaire, émancipatrice, à l’opposé de l’université marchandisée par l’“économie de la connaissance” de l’Europe capitaliste. Il ne s’agit donc pas pour le syndicalisme de revenir à l’université d’avant la LRU, mais d’œuvrer à la construction d’une mobilisation unitaire interprofessionnelle et sociale d’ampleur porteuse d’espoir et d’utopies.

Contre une université soumise au capital et à l’État,

Pour une société sans exploitation ni oppression,

Pour que le SNESUP soit au service de cette mobilisation

Contact : er@emancipation.fr

PremierEs signataires : Henri Amadei, Claude Braud, Thierry Champion, Émilie Devriendt, Martin Haiden, Alfred Knapp, Erwan Liberge, François Marchesseau, Stéphane Mounier, Vincent Porel, Anne Roche, Didier Torset

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