Le célibat féminin, un outil d’émancipation féminine

Dossier
jeudi 20 avril 2017

Geneviève Guilpain nous présente ici un éclairage historique et philosophique sur le célibat féminin en France.

Les liens qu’entretiennent célibat, émancipation et féminisme ne sautent pas aux yeux. Pour les établir il faut déjà oser faire du célibat l’objet d’une véritable recherche, c’est-à-dire le dépouiller des images littéraires goguenardes, compassionnelles, voire vindicatives (1) qui sont associées aux femmes célibataires depuis le XIXe siècle. Cette littérature a forgé l’image d’Épinal persistante des vieilles filles malchanceuses qui, dans de rares cas, attirent une admiration apitoyée en raison du généreux sacrifice de leur vie amoureuse et de leur maternité (2). Il faut également arracher le célibat à la glose journalistique qui a débuté dans les années 90 et encense les “célibattantes”, valeureuses femmes de tête qui “assurent” apparemment sur tous les fronts, mais à qui il manquerait toujours le réconfort affectif et sexuel dont toute femme aurait besoin pour être véritablement femme (3) !

Si la sociologie s’est un peu intéressée à cette difficulté des célibataires d’assumer leur situation face à un regard social qui souligne négativement l’écart à la norme (4), il est étonnant de constater que, jusqu’à une date récente (5), les études féministes et de genre n’ont guère réfléchi à ce statut social et surtout n’ont pas pensé le célibat choisi et vécu de façon positive. Or, avant la légalisation et la banalisation du divorce, cette condition fut bien la seule qui, durant longtemps, a permis aux femmes de se soustraire aux lois de la domination masculine dans leur vie privée ; plus remarquable encore, ce célibat fut revendiqué à plusieurs moments dans l’histoire du féminisme, comme moyen de faire entendre et progresser les droits des femmes. Parce que les combats présents, pour être efficaces, doivent s’appuyer sur la mémoire, un détour par l’histoire s’avère fécond pour comprendre comment les luttes menées hier peuvent encore nourrir la réflexion et l’action d’aujourd’hui.

Un statut singulier

À l’époque moderne, le veuvage était une condition appréciée car il permettait aux femmes qui disposaient de quelques biens d’en disposer juridiquement et de reprendre la maîtrise de leur existence (6) ; ce fut le cas de femmes bien nées, telles Christine de Pizan mais aussi dans des milieux plus modestes de maintes négociantes ou artisanes qui géraient seules leurs affaires. De même les femmes “vivant dans le célibat” (7) et elles furent nombreuses (8) étaient les seules à être placées sous leur propre autorité juridique ; ce statut exceptionnel de “filles majeures” fut confirmé par le code napoléonien ; ce sont les seules qui ne passent pas de l’autorité du père à celle du mari. Le célibat représente donc presque une anomalie dans le droit français qui pendant si longtemps a mis les femmes sous tutelle. On objectera avec raison que le droit ne suffit pas à émanciper une femme incapable de subvenir à ses besoins. Cela est exact et d’ailleurs jusqu’au milieu du XIXe, le célibat ne se confond pas avec la vie indépendante ; on est bien souvent rattaché à une famille ou à une communauté semi-religieuse, d’une part parce que les conditions de vie sont difficiles et d’autre part parce que l’organisation sociale et politique ne se pense pas encore en fonction des droits individuels. Il n’en reste pas moins que cette indépendance juridique donnant accès à des droits civils est précieuse. On sait qu’il a fallu attendre 1965 pour qu’une femme puisse travailler sans l’autorisation de son mari et bénéficier des avantages qui en résultent. Rien d’étonnant à ce que nombre de femmes se soient saisi au XIXe siècle de l’opportunité d’exercer maints nouveaux métiers qui apparaissent à cette époque ; il ne s’agissait pas seulement de subsister mais de saisir l’occasion d’une indépendance effective et d’une reconnaissance sociale. Au-delà de l’autonomie financière et juridique le célibat leur permettait de s’émanciper moralement, intellectuellement et socialement afin de ne plus être considérées comme “la fille, l’épouse ou la mère d’un homme”. Car telle est la dissymétrie avec le célibat masculin : certes, les hommes furent aussi nombreux à être célibataires, et de ce fait, parfois privés de certains droits (notamment celui de l’héritage) ; mais cette condition ne jetait pas systématiquement une suspicion sur leur utilité sociale ni sur leur identité virile. Une approche comparative montre sans peine les visages beaucoup plus contrastés du célibat masculin qui s’inscrit, voire conforte l’ordre patriarcal (telle la figure du libertin) alors que le célibat féminin l’interroge en s’y dérobant.

L’émancipation par le savoir

Ce sont des raisons intellectuelles qui motivent initialement des femmes à choisir le célibat. C’est le cas du célibat religieux (9) : beaucoup embrassent cet état sans y être contraintes mais dans le but d’échapper aux servitudes du mariage et de la maternité, et de réaliser des ambitions intellectuelles, voire politiques. Il s’agit là d’une stratégie féministe permettant d’accéder à des privilèges masculins. Or ces aspirations ont également animé des célibataires vivant dans le siècle ; au XVIIe, nombre de “demoiselles savantes” affirment dans leurs écrits littéraires ou philosophiques le droit pour toute femme d’accéder à la culture. Citons Madeleine de Scudéry, Marie de Gournay et celle que son époque rendit célébrissime, Anne-Marie de Schurmann, correspondante de grands intellectuels français. La philosophe Gabrielle Suchon théorise le concept d’une troisième voie celle des “neutralistes” ces femmes qui choisissent positivement le célibat, alternative à ces deux autres largement contraintes et contraignantes : le mariage et le couvent. C’est une voie dont elle souligne le caractère doublement émancipateur puisqu’une femme se libère ainsi d’une double tutelle patriarcale – celle de l’Église et celle de l’institution sociale – et juridique : le mariage. Dans d’autres ouvrages (10) elle ne cesse de revendiquer le droit d’accéder aux savoirs et donc aux pouvoirs annexés par les hommes.

Mais les femmes qui lisent et qui écrivent sont dangereuses (11) : les femmes savantes du XVIIe siècle (12), les autrices du XIXe (13), les “Cervelines” (14) ou encore les “garçonnes” (15) du début du XXe, les femmes artistes, toutes ont fait les frais de discours antiféministes qui n’ont cessé de les fustiger et de proclamer qu’elles étaient inépousables. En effet, plus le célibat va s’affirmer comme une voie possible et légitime, plus la société n’aura de cesse de rappeler aux femmes qui s’y engagent qu’elles transgressent l’ordre social et surtout naturel et de les sommer de renouer avec leur vocation première, d’être épouses et mères. La fabrique de l’image de la célibataire dévoyée, sulfureuse, monstrueuse ou déséquilibrée est mise au service d’un ordre social patriarcal et hétéronormatif qui culmine au début du XXe siècle.

Mais en dépit de ces condamnations qui dissimulent parfois une fascination certaine, beaucoup n’ont pas hésité à proclamer qu’elles préféraient écrire, lire, s’instruire ou enseigner, créer des œuvres d’art, c’est-à-dire s’accomplir dans un destin singulier de créatrice, plutôt que de faire œuvre de chair et devoir sacrifier tout ou partie de leurs légitimes aspirations existentielles. Si certaines recouvrent leur liberté après une séparation ou un veuvage, d’autres décident de ne point convoler. Le célibat devient alors le choix le plus raisonnable et le plus conforme à des revendications qu’elles portent souvent en leur nom propre. Plus rares sont celles qui expérimentent une libre sexualité, notamment lesbienne.

L’émancipation par l’engagement social et politique

Le lien originel entre célibat et féminisme au sens d’une lutte collective pour obtenir des droits égaux à ceux des hommes prend sans doute ses racines dans la lutte des Saint-Simoniennes. En effet, ces promesses d’égalité présentes dans la doctrine du philosophe ne sont pas entendues, y compris dans les associations et communautés saint-simoniennes ; et c’est pourquoi s’élève l’appel au célibat porté par des femmes qui posent le problème dans toute sa radicalité.

Refusons pour époux tout homme qui n’est pas assez généreux pour consentir à partager son pouvoir […] Nous voulons le mariage selon l’égalité… Plutôt le célibat que l’esclavage.” (17).

On trouve trace de cet apostolat dans les nombreux journaux féminins de l’époque mais aussi dans des écrits biographiques. Il s’agit de convaincre les femmes et pour cela les réunir, les instruire, les mettre en mesure de réclamer leurs droits civiques et civils que la Révolution française ne leur a pas reconnus et que les mouvements socialistes sont en train d’usurper.

Avec l’affranchissement de la femme viendra l’affranchissement des travailleurs” ou encore “l’affranchissement des prolétaires n’est possible que par l’affranchissement de notre sexe” (18) explique une des figures de proue, Claire Démar qui revendique et expérimente le droit à l’union libre.

Le célibat apparaît alors comme un choix militant, une forme de résistance à la violence institutionnelle que représente le mariage, une arme de combat pour des femmes convaincues que son expansion devrait interpeller la conscience et l’intérêt des hommes, faiseurs de lois et sourds aux demandes légitimes des femmes.

Par delà l’appartenance aux classes sociales, elles en appellent à une véritable solidarité ou sororité féminine et militent ardemment pour l’accès à une instruction publique à égalité avec celle qui se met en place pour les garçons. Pour pallier le retard institutionnel, certaines organisent d’ailleurs des cours et écoles libres. Cet engagement politique se développe tout au long du XIXe et XXe siècle et croise l’histoire des mouvements féministes.

Il convient également de souligner le rôle joué par ces femmes, véritables pionnières dans des métiers dits féminins. Elles y engagent toute leur vie et leur énergie. À la différence des ouvrières et paysannes, nombre de ces institutrices, professeures, infirmières, assistantes sociales sont célibataires et en marge de leurs mémoires, de leurs correspondances, on découvre des réflexions sur ce célibat, qu’elles choisissent parfois initialement ou après en avoir goûté l’intérêt ; leur position sociale leur permet de faire entendre la voix des femmes à travers leurs responsabilités professionnelles, syndicales, associatives et au sein des lieux de pouvoir masculins qu’elles fréquentent.

Écrire et dire le célibat

Des intellectuelles, des journalistes, des écrivaines, des oratrices associent étroitement des réflexions sur la condition féminine, le patriarcat et le célibat (19).

Jeanne Deroin croit en l’advenue d’une ère nouvelle qui délivrera les femmes de ce contrat aliénant et qui accueillera le seul mariage légitime, “celui des âmes et des intelligences dans la liberté et dans l’égalité” (20). La journaliste et libre-penseuse Hubertine Auclert encourage les femmes à garder leur nom et leur liberté, n’hésitant pas à les comparer aux esclaves romains qui devaient prendre le nom de leur maître (21) et à dénoncer lors des cérémonies nuptiales les lois qui les asservissent.

La figure la plus radicale est sans nul doute celle de Madeleine Pelletier, doctoresse psychiatre qui allie engagement politique et engagement médical féministe en faveur du droit à la contraception et à l’avortement qu’elle pratique, ce pourquoi elle sera condamnée ; elle écrit de nombreux opuscules sur la condition des femmes et des jeunes filles. Essayiste elle est l’auteure d’une utopie remarquable, celle d’une société de célibataires (22). Pour faire disparaître l’aliénation féminine, il convient de s’attaquer à sa racine, c’est-à dire à l’institution du mariage qui tout à la fois la fonde et la symbolise ; le mariage, et au-delà toute espèce d’association conjugale qui sous un autre nom permet à des rapports de pouvoir entre les sexes de subsister ; en ce sens, ni l’union libre (ou maintenant le PACS) ne mettent à l’abri de l’asservissement affectif et intellectuel. Pour être libres les femmes doivent conquérir une autonomie intellectuelle fondatrice de leur identité qui pour l’instant leur fait défaut, explique-t-elle. Elles doivent se libérer de siècles de conditionnement qui leur font accroire qu’elles ne sont rien si elles ne sont ni compagnes ni mères d’individus masculins. C’est pourquoi la seule voie possible réellement émancipatrice, c’est la chasteté et le célibat, seuls capables de faire naître cette estime d’elles-mêmes qui leur fait défaut.

Encore faut-il qu’elles aient acquis le sentiment de leur valeur personnelle et soient capables de se déprendre du jugement social pour oser ce choix radical ; le célibat qui est la démonstration en acte qu’une femme peut exister par elle-même est la pierre de touche de l’engagement féministe. Mais bien peu nourrissent un sentiment suffisamment élevé de leur personne pour faire preuve d’une telle détermination. Madeleine Pelletier critique sans indulgence ces pseudo-féministes qui pensent une conciliation possible avec les hommes, ou pire encore, portent un discours essentialiste sur la singularité féminine. À ses yeux elles n’ont pas compris quelle était l’extension de la domination masculine qui contrôle non seulement les lois, mais les comportements et les pensées. Leur conception du féminisme participe à cet asservissement.

Le féminisme ne doit pas être un sentiment mais une idée de la raison. Nous ne méprisons pas les hommes, nous ne les haïssons pas non plus, nous réclamons simplement nos droits. S’ils ne veulent pas nous les donner, nous devons protester, par tous les moyens au moins faire le plus de mal possible à l’adversaire, mais uniquement parce qu’il est l’adversaire et non en vertu d’une haine de sexe” (23).

Madeleine Pelletier montre que la guerre des sexes, souvent traitée de façon humoristique depuis Aristophane, est un rapport de pouvoir qu’il s’agit de dénoncer et de faire cesser. C’est là une question politique qui s’adresse à la société tout entière : “le célibat qui affranchira la femme, émancipera l’homme” (24) Ce sont les rapports sociaux de sexe qui doivent être interrogés. Pelletier propose donc une société d’individu-e-s enfin libres et égaux parce que célibataires au sein de laquelle seront mis en place des garde-fous pour contenir au mieux l’exercice d’un pouvoir et d’une emprise à caractère genré. À cette fin il faut imposer une dissolution de la famille et une prise en charge de l’éducation des enfants par l’État afin que les femmes recouvrent leur liberté : “La cellule de l’avenir sera non plus la famille mais l’individu”. Parallèlement elle prône une désexualisation des rapports humains et des individu-e-s rendu-e-s à une certaine androgynie ou neutralité.

Un avenir pour le célibat ?

Madeleine Pelletier est sans doute la dernière intellectuelle à penser et vivre aussi radicalement le célibat ; mais elle est aussi la première à concevoir en des termes politiques presque contemporains la question des rapports sexués de genre. Cette problématique sera en partie réactualisée dans les mouvements féministes des années 70-80 où ressurgit le combat contre le mariage, expression du pouvoir patriarcal en particulier dans la mouvance de Ti-Grace Atkinson dont l’amazonat (25) fait écho à la radicalité de Madeleine Pelletier. Mais les militantes, pour la plupart, n’entendent pas renoncer pour autant à une liberté sexuelle, enfin possible, ni à la maternité. La figure de référence pour les jeunes femmes du MLF, est plutôt celle de leur ainée, Simone de Beauvoir, qui incarne un célibat d’un nouveau style, une vie ponctuée d’“amours contingentes”, ouverte sur tous les possibles. Mais pour Simone de Beauvoir, si le célibat place une femme dans une situation privilégiée, il ne constitue pas la condition de son véritable affranchissement qu’elle ne peut trouver que dans l’expérience transcendante de la création, qui la détache de la particularité de sa condition féminine.

La légalisation de la contraception puis de l’avortement, la reconnaissance du lesbianisme, du pluralisme sexuel, la lutte pour les droits des homosexuel-le-s et enfin tous les progrès effectués pour l’inscription, dans les lois et surtout dans les faits, de l’égalité entre les sexes semblent avoir fait tomber en désuétude la question du célibat désormais identifiée à une problématique psychologique ou, à la limite, sociale mais certainement plus politique.

À l’heure où les reconfigurations conjugales et familiales sont facilitées par des évolutions juridiques sans précédent, les revendications sociales et politiques qui motivaient le célibat paraissent obsolètes. Désormais les femmes ont les mêmes droits civiques que les hommes, accèdent aux savoirs et, plus instruites que les hommes, ne sont plus cantonnées dans des rôles d’épouse et de mère mais participent à la vie sociale, économique, artistique et politique ; enfin elles disposent librement de leur corps.

Il n’en reste pas moins que subsistent des rapports de pouvoir qui agissent souterrainement même si paradoxalement leur effets sont visibles et mêmes criants ; inégalités salariales, inégalités de reconnaissance, de participation politique, violences.

Subsistent aussi, voire se renforcent, des normes de genre qui tentent de réaffirmer et de cliver des identités du masculin et du féminin, dans le temp même où les recherches sur le genre et les évolutions sociales les font éclater.

Les dénonciations de ces inégalités et de ces normes sont à nouveau plus vives : on parle de féminisme de la troisième vague ; mais elles ne vont pas jusqu’à poser la question de la refondation du pacte social ; personne ne paraît se risquer à oser poser l’ultimatum de la rupture : le célibat comme alternative à un contrat social inique. Aujourd’hui un appel au célibat serait sans doute perçu comme ridicule, inouï ou injuste. Chaque femme est tacitement invitée à faire des choix privés – aménagements de la conjugalité, invention de sa trajectoire personnelle, voie de traverse ; et si certaines prennent des options radicales, elles n’en font pas état publiquement.

Ridicule, car le célibat continue malgré tout à être associé à la mysandrie, et donc à une tare de celle qui le revendiquerait. Preuve que les normes sont résistantes ! Inouï, car associé à la privation sexuelle ; or le célibat ne se confond pas avec la chasteté mais est un refus de contracter un pacte durable garanti par l’institution. Injuste, car le célibat est perçu comme un refus de collaborer avec des hommes qui peuvent être féministes ; or il existe d’autres formes d’association que l’engagement conjugal et les célibataires ont toujours su s’entourer d’amis.

Faut-il en déduire que les femmes du XXIe siècle sont moins sensibles aux injustices qui leur sont faites que leurs prédécesseures et finalement, malgré leurs protestations n’en souffrent pas tant que cela, se contentant d’accommodements privés ? Qu’elles sont moins prêtes à s’engager dans un combat sans concession pour tenter d’obtenir ce qui leur manque encore ?

Ou encore que l’ordre patriarcal a su définitivement prendre des formes acceptables pour ne pas craindre de susciter des mouvements radicaux (27) ?

Faut-il en déduire que les femmes n’ont toujours pas vraiment réglé la question cruciale de leur identité et que cela constitue un frein à une émancipation aboutie ? Peuvent-elles se réclamer de leur identité singulière et uniquement de celle-ci ? L’affirmation de Maria Deraismes doit continuer à être méditée “Moi mesdames, je ne suis pas épouse, je ne suis pas mère et je déclare que je m’en considère pas moins pour cela. Je suis femme et cela me suffit”.

La question mérite d’être posée, au risque d’être intempestive et de s’attirer un haussement d’épaules. Car à considérer la force d’inertie de l’ordre social inégalitaire, il n’est pas du tout certain que les raisons féministes de “rester dans le célibat” soient dépassées.

Geneviève Guilpain, professeure de philosophie, formatrice à l’ESPE de Créteil-UPEC

Les célibataires, des femmes singulières, le célibat féminin en France (XVIIe-XXIe siècle ), l’Harmattan, 2012.

À commander à l’EDMP (8, impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com).

(1) Voir notamment dans la littérature balzacienne, La cousine Bette .

(2) La chanson fort connue d’Hugues Auffray, Céline , en est un témoignage.

(3) À cet égard, voir le succès de Bridget Jones.

(4) Kaufmann J.P, La femme seule et le prince charmant .

(5) Flahaut E., Une vie à soi, nouvelles formes de solitude au féminin , PUR, 2009 et le récent numéro de la revue en ligne, Genre et histoire consacré aux “Femmes sans mari”, n°16, automne 2015.

(6) Beauvalet S., Les femmes à l’époque moderne , Belin, 2003.

(7) Les contours du célibat ne sont pas aisés à définir ; en démographie, on considère que le célibat définitif s’applique à des femmes qui n’ont jamais été mariées à cinquante ans.

(8) Dans son Histoire des célibats et des célibataires , Fayard, 2004, J.C. Bologne note que le pourcentage peut s’élever à certaines époques jusqu’à 12 ?%, notamment lors des guerres.

(9) Les travaux qui se sont intéressés aux femmes célibataires ont trait à des religieuses, au point que dans l’historiographie, le célibat féminin est presque confondu avec le célibat consacré et la chasteté. Abott E., Histoire universelle de la chasteté et du célibat , Fides, 2001.

(10) G. Suchon, Du célibat volontaire ou la vie sans engagement , 1700, partiellement réédité aux éditions Des Femmes, 1994 ; Traité de la morale et de la politique, mêmes éditions, 1988.

(11) Laure Adler, Les femmes qui lisent sont dangereuses , 2006.

(12) Molière, Les femmes savantes , 1672.

(13) On lira avec intérêt C. Planté, La petite sœur de Balzac, essai sur la femme auteur , Seuil 1989.

(14) C. Yver, Les Cervelines , 1908.

(15) V. Margueritte, La garçonne , 1922 ; C. Bard, Les garçonnes , 1998.

(16) Les sentiments et discours ambivalents sur la “Femme Nouvelle” au tournant du XIX-XXe siècle en sont représentatifs.

(17) “Appel aux femmes” in L a Femme libre , 1832.

(18) C. Démar, La femme de l’avenir , 1833.

(19) On retrouvera les biographies d’un grand nombre d’entre elles dans le tout récent Dictionnaire des féministes, XIX-XXe , PUF, 2017.

(20) J. Deroin Du célibat , 1851.

(21) H. Auclert, Égalité sociale et politique de la femme et de l’homme , 1879.

(22) M. Pelletier, Une vie nouvelle, 1932.

(23) Lettre à Arya Ly, 29 juin 1908.

(24) Le célibat, état supérieur .

(25) Ti-Grace Atkinson, Odyssée d’une amazone , éd. Des Femmes, 1975.

(26) Au sein de l’Éducation nationale, les polémiques autour des ABCD de l’égalité et de l’introduction de “la théorie du genre” en sont une marque éclatante.

(27) Femen.