Shahinaz bloggeuse égyptienne

Dossier
jeudi 20 avril 2017

Shahinaz Abdel Salam est bloggeuse et activiste égyptienne depuis 2005. Elle a fait partie des mouvements contre Moubarak de 2005 à 2011. Elle est auteure du film Liberté, liberté, Ô mon Égypte.

Religion et droits des femmes

Shahinaz Abdel Salam a grandi à Alexandrie, face à une mosquée. Elle ne pouvait pas ne pas entendre le prêche de l’iman et ses propos quotidiens contre les femmes.

Choquée, à 14 ans, elle a écrit une lettre à l’imam et l’a portée à la mosquée. Elle n’a jamais eu de réponse.

Mais aujourd’hui encore, dit-elle, les discours des imams sont partout les mêmes. Ils affirment, par exemple, qu’en enfer on trouve un grand nombre de femmes. Ils disent “frappez vos femmes”, mais “pas sur le visage”…

Aujourd’hui, certaines femmes sont ministres. Mais les femmes sont toujours harcelées, agressées dans la rue.

Dès l’âge de 13 ans, j’ai appris à réfléchir pour savoir quelle rue j’allais emprunter pour sortir afin d’éviter les cafés et les groupes de garçons”.

À la différence des années 70, le harcèlement et les agressions sexuelles en Égypte sont devenus “un véritable cancer” dont souffrent toutes les femmes : on l’a vu place Tahrir.

Shahinaz accuse le discours religieux qui dénonce en permanence les femmes.

En 2011, elle a lutté avec des hommes. Mais on lui disait alors qu’il ne fallait pas parler des revendications des femmes car les Frère musulmans étaient du côté des manifestants…

Pourtant, en 2011, il y avait des millions de femmes dans la rue. Et toutes voulaient faire la révolution pour tout le monde. Ces femmes ont pourtant été agressées : ainsi le 8 mars, les femmes qui manifestaient dans la rue ont été harcelées et même frappées, accusées d’être “occidentalisées”…

Harcèlement sexuel

Shahinaz a interrogé des hommes pour savoir pourquoi ils harcèlent les femmes. Ils ont répondu : “Les femmes doivent rester chez elles”. “Je dois harceler sinon on va croire que je suis gay”.

Lorsqu’elles travaillent, les femmes sont accusées de prendre l’emploi des hommes.

Des lois ont été votées contre l’excision, mais elle est toujours pratiquée dans tout le pays.

Mouvements féministes islamiques

Cette militante a travaillé durant un an avec des mouvements féministes islamiques, avec des femmes qui ont étudié les textes religieux afin d’avoir une interprétation féminine. Elles interprétaient, par exemple, le verset “frappez vos femmes” par “éloignez vos femmes”.

Non convaincue, Shahinaz leur a répondu : “N’essayez pas d’embellir une chose qui est moche”.

Car de toute façon, ces femmes n’ont pas les moyens de se confronter aux grands imams qui disent le contraire.

Répression

Aujourd’hui, l’Égypte vit sous un régime militaire. La répression est violente. Les prix de toutes les denrées ont très fortement augmenté.

En 2015, la militante Shaimaa al-Sabbagh a été tuée par un tir d’armes à feu alors qu’elle venait de déposer une gerbe de fleurs en hommage à la révolution commencée quatre ans plus tôt. Aujourd’hui, on ne peut plus manifester sous peine d’être tuée.

Une loi répressive vient d’être votée sur les ONG. Toutes les associations sont très surveillées. Il est même interdit d’enquêter, de faire de la recherche sans avoir l’autorisation d’un organisme qui dépend de l’armée.

Toutes les amies de Shahinaz Abdel Salam sont interdites de quitter le territoire. Lorsqu’elle-même a voulu sortir du pays, elle a été arrêtée. À cause de son activisme, on a refusé de refaire le passeport qu’elle avait perdu. La seule solution, c’est le piston.

Aujourd’hui, tout est mort”, dit-elle. “Je ne sais pas si je pourrais retourner en Égypte”.