Accueil des migrantEs : le vernis craque

mardi 16 mai 2017

Le magazine Sillage de Brest Métropole et de la ville de Brest du mois de mars évoque quelques initiatives prises en matière d’accueil des migrantEs dont la prise en charge des mineurEs non accompagnéEs.

L’article et l’interview de la première adjointe au maire de Brest décrivent un travail en concertation entre l’État, le Conseil Départemental et la ville pour que l’accueil des migrants se fasse dans les meilleures conditions possibles. La ville met notamment en avant son soutien aux associations d’aide alimentaire, d’apprentissage de la langue ou encore d’hébergement.

Mais que faut-il entendre par “meilleures conditions possibles” lorsque les militantEs associatifs/ves n’ont pas accès au Centre d’Accueil Ouvert de Lambézellec, lorsque des élèves migrantEs vivent en squat ou ne savent où dormir, lorsque des migrantEs en situation régulière sont expulséEs du territoire, lorsqu’ils/elles s’entassent à presque vingt dans un mobil-home, ceux et celles-là mêmes expulséEs à l’automne de maisons inoccupées au Forestou et appartenant à Brest Métropole Habitat (BHM) ? Rappelons que BMH n’avait à l’époque pas de projet alternatif sérieux et que le juge a désavoué l’expulsion après que les maisons aient été rasées.

La mobilisation des réseaux sociaux...

Que faut-il entendre par “meilleures conditions possibles” lorsqu’il faut mobiliser les réseaux militants pour faire en sorte que les “malentendus” administratifs ne rentrent pas en contradiction avec le droit à la scolarisation ? Deux enfants de 8 et 11 ans, vivant justement dans le mobil-home évoqué ci-dessus, ont d’abord vu leur accès refusé à l’école de Plougonvelin le 21 mars. Finalement inscrits après mobilisation, ils ont ensuite manqué une journée d’école le 24 mars, suite à leur prise en charge par les services sociaux sur décision du procureur la veille au soir. L’argument administratif tient au fait que ce n’étaient pas les parents qui étaient venus chercher les enfants à la sortie de l’école. Les parents n’ayant pas de véhicule, une personne solidaire des migrantEs s’était effectivement présentée, avec l’accord des parents et alors que la mairie était au courant. Cette même personne était chargée d’accompagner les enfants aux activités TAP. Les enfants ont finalement été restitués à la famille au bout de 24 heures. Notons qu’en cas de placement, les procédures impliquent d’abord de rechercher une solution dans la famille... Le procureur a préféré mobiliser les services sociaux et engager une décision empêchant la scolarisation des enfants le lendemain, sans parler du stress pour les parents et les enfants au vu des multiples scénarios envisageables.

Application un peu trop “mécanique” des procédures ou pourrissement des conditions d’accueil ? Simple mépris des autorités envers les services de l’Éducation nationale et les services sociaux ou instrumentalisation ? Les doutes ne sont plus permis...

Certains Centres Communaux d’Action Sociale voient aussi se restreindre leurs marges de manœuvre en matière d’accueil des migrantEs sur “ordre” des mairies, elles-mêmes sous pressions budgétaires, idéologiques et/ou politiques.

... et la souffrance des personnels

À la préoccupation des migrantEs, la FSU doit ajouter la préoccupation des personnels, enseignantEs et travailleurs/ses sociaux, qui se retrouvent dans des situations d’impuissance face à l’inhumanité de ce que vivent les migrantEs. Lors du dernier CDFN, une camarade du SNUAS-FSU a alerté la fédération sur la souffrance au travail des assistants sociaux qui n’ont plus les moyens de faire leur travail, en matière d’accueil des migrantEs comme en matière d’aide aux autres usagerEs. Comble du cynisme de la part de hauts fonctionnaires œuvrant à la destruction du service public, les assistantEs sociaux sont parfois reconvertiEs en conseillers/éres sociaux pour les associations qui se substituent à l’aide publique et dont certains membres leur reprochent de ne pas faire leur travail !

Les quelques efforts des pouvoirs publics, surtout en communication, et les situations exceptionnelles comme celle de Williams Kemadjou Tchatchoua, sans papier et médaille d’or du meilleur ouvrier en métallerie de Bretagne qui avait interpellé le Préfet sur sa situation lors d’une cérémonie où il était à l’honneur, ne doivent pas nous faire oublier la situation de l’ensemble des migrantEs. La situation dans le Finistère n’est par ailleurs qu’une déclinaison plus ou moins zélée de la politique nationale.

Sans préjuger de l’étiquette du futur serviteur des capitalistes qui émergera de l’élection présidentielle, la période est plus que jamais à la construction de la FSU. Plus que jamais, il faut organiser les différentes branches du Service public. Plus que jamais, il faut lutter pour que le Service public ne se transforme pas en un rouage administratif au service de politiques structurées par l’exploitation et l’oppression mais devienne un contre-pouvoir de terrain.

Serge Da Silva


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