Salut l’artiste !

Les nôtres
vendredi 19 mai 2017

Notre camarade Luc Douillard est décédé le mercredi 12 avril 2017. Chacune et chacun de nous se rappellera longtemps ses interventions, toujours pertinentes et bienveillantes, lors des semaines de L’Émancipation. Militant “autogestionnaire, libertaire et non violent”, engagé mais “sans parti”, il n’a cessé d’explorer et d’expérimenter des alternatives politiques, sociales économiques, à Nantes, sa base, comme ailleurs devant la Bourse de Paris, au plateau des Glières ou en Grèce... Nous publions dans cette même revue son “modeste bilan de ma vie publique”, dans les pages Histoire, tant elles participent de l’histoire récente qu’affectionnait tant Luc.

Fondées dans sa pratique étudiante et professionnelle, confortées par Emmanuelle et ses garçons, l’imagination et la créativité de Luc dans le domaine social et revendicatif n’avaient pas vraiment de limites.

Du HOU mouvement syndical étudiant aux principes autogestionnaires, antistaliniens et internationalistes à la bataille pour que le syndicalisme fasse sienne la lutte contre les violences policières et pour le soutien aux jeunes mobiliséEs contre la loi travail, Luc n’a eu de cesse de défendre les acquis du syndicalisme :
- la grève générale adoptée au congrès fondateur de la CGT, qui s’est tenu à Nantes en 1894, que nous avions commémoré à l’entrée du congrès confédéral de la CGT de Nantes, en 2009 ;
- la conception d’un syndicalisme indépendant et de transformation sociale immortalisé par la Charte d’Amiens en 1906 et rappelé à Thibault secrétaire général de la CGT lors de sa venue au congrès FSU de Lille en 2010 quand nous avons brandi une banderole remarquée : “Souviens-toi des Conti” ;
- “les jours heureux”, le programme du Conseil National de la Résistance, que Luc s’est ingénié à faire résonner encore par l’“Appel des résistants pour la jeunesse”, en 2004.

Rien ne lui semblait inaccessible : en 2009 à la Semaine Émancipation de Rians, il proposait de constituer des caisses de grève internationales. En ces temps incertains nous devrons continuer, comme il le souhaitait. En ayant à l’esprit son dernier message rappelant l’importance de la bonté… Mais sans son allant et son humour.

Olivier Vinay

Luc, doté d’une créativité débordante, avait lancé en 1993 l’Appel international de Nantes des parents pour une légalisation contrôlée de la drogue, contre la prohibition. Immédiatement 26 d’entre nous avions cosigné, en tant que parents, cet appel lançant le début de cette campagne d’opinion nationale et internationale. Avec le soutien apporté par Georges Apap, ancien procureur de Valence qui a dénoncé en 1987 la loi sur les stupéfiants.

Cet appel rencontra un certain écho dans la presse. Ouest-France titrait "Dépénaliser plutôt que prohiber". Libération mentionna dans son édition du 21/10/1993 le lancement de cette campagne. Cet appel rédigé essentiellement par Luc comportait un solide argumentaire. Cela commençait par “Nous aimons nos enfants. Bien entendu nous voulons qu’ils deviennent heureux et responsables”...

À la hauteur de cette Grande Personne, pour Luc, le devenir de ses enfants, et par extension des nôtres, était une de ses priorités. On a pu le constater à la lecture par Emmanuelle de son ultime lettre lors de la cérémonie du 15 avril.

Un autre moment reste pour moi gravé à jamais. Arthur mon fils qui a le même âge que Pierre, et moi-même (auditionné en tant que témoin) étions ensemble devant les grilles du rectorat de Nantes le 27/11/2007 dans cette tourmente policière qui atteignit Pierre dans sa chair.

En tant que musicien, arrangeur et chef de chœur, je pense fortement que Luc, s’il avait été artiste, aurait composé des œuvres inouïes mais toujours audibles !

Merci Luc de nous avoir tant éclairés.

Philippe Corbin

Le 10 avril, il avait posté sur le net ce dernier message :

“Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait,

Il y a aussi le temps qu’on peut chasser ou faire revenir.” - Guillaume Apollinaire, La jolie rousse .

[...]

“Aimer, c’est agir.”- Dernier fragment intime de Victor Hugo, l’année de sa mort. Choses vues. 1885 , 19 mai.