Brèves féministes (mai 2017)

mercredi 7 juin 2017
par  Rosine

Parce que c’est aussi une forme de haine…

Régression quand tu nous tiens !

Les temps actuels nous offrent un triste spectacle de régression dans le domaine des droits des femmes : un peu partout dans le monde l’IVG est remise en question depuis les très catholiques Irlande et Pologne jusqu’à l’Amérique de Trump, en passant par les intégristes de Sens Commun ; un peu partout, les femmes victimes de violences continuent de mourir sous les coups de leurs proches ; mais aussi, un peu partout dans le monde refleurissent des propos que l’on croyait depuis longtemps dépassés. Et la France n’est pas en reste !

Ainsi, tel professeur d’informatique de l’Université de Versailles, à Saint Quentin en Yvelines, ose demander à deux étudiantes : “vous pouvez me montrer si vous savez faire un copié-collé ?” (in Le Monde du 9/1/2017). Et, tel maître de conférences en Histoire de l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg reprend une antienne que l’on croyait révolue : “Vous, les filles, à Sciences Po, vous n’êtes là que pour vous trouver un mari. Tout ce que vous avez à savoir c’est additionner et soustraire pour pouvoir acheter le poisson sur le marché” (idem). On croit rêver ! Comment a-t-on pu en quelques décennies régresser à ce point ?

Eliane Paul-Di Vincenzo

Le “féminisme” comme caution : la grande hypocrisie

Marine Le Pen s’est à plusieurs reprises posée en gardienne du droit des femmes. Mais qu’en est-il réellement ?

Dans son programme, elle ne cite que deux fois le mot “femmes”. Elle parle d’égalité salariale, mais ne propose aucune mesure pour l’imposer. Elle évoque la mise en place d’un “salaire maternel” : les femmes pourraient ainsi abandonner leur travail et de bénéficier de 80 ?% du Smic pendant trois ans pour élever leurs enfants. Renvoyer la “mère au foyer” : tel était le programme de la Révolution nationale de Pétain, la famille étant conçue comme le pivot de la société et la mère, le cœur de la famille. Un bon moyen pour ne pas créer de crèche, résoudre la question du chômage, et plonger les femmes dans la dépendance et la soumission !

Quant à Macron, le fondateur d’En Marche, il s’est présenté, le 8 mars dernier, comme le “candidat féministe” de l’élection. Et de glorifier "l’altérité" que représente selon lui la présence de femmes aux côtés des hommes. “Moi-même”, dit-il, “j’ai plutôt travaillé dans des milieux où les femmes sont peu présentes : la haute fonction publique, la banque d’affaires, la vie politique. Assez rapidement, on s’aperçoit qu’on est bête dans l’entre-soi”, évoquant “une perte de vitalité, de l’énergie qui est dans notre société”.

Autrement dit, Macron nous explique que la productivité des entreprises (et le fonctionnement de l’État bourgeois) gagneraient à donner plus de places aux femmes.

On est bien loin du combat pour l’égalité des droits et pour l’égalité réelle. On ne doit donc pas s’étonner que pour Macron, il n’y ait pas besoin de nouvelles lois : “c’est maintenant aux mentalités d’évoluer”. Un décalque de ce que décline Laurence Parisot pour qui, “Les lois existent déjà. […] il faut normaliser mais plutôt par des codes, des principes, des chartes de bonne conduite”.

Eh oui, avec le Medef, comme avec Macron, tout commence par un débat pour finir par... un code de bonne conduite. Tel est le sens de la charte “Jamais sans elles” lancé par 120 entrepreneurs, acteurs du numérique, des médias et de la politique dont Macron, Nathalie Kosciusko-Morizet et Parisot.

Hélène Bertrand