Combattre partout et sans perdre de temps à la fois l’ultralibéralisme et le néo-fascisme

Pour en finir avec les politiques d’exclusion et de casse sociale
samedi 10 juin 2017

Ce second tour n’augurait rien de bon pour les travailleurEs, les excluEs, les oppriméEs, ni pour les millions de grévistes et manifestantEs contre la loi Travail, qui se sont en nombre abstenuEs ou ont voté blanc ou nul.

Le Pen est battue… mais pas vaincue

Aux deux tours des présidentielles, le FN a continué à augmenter son nombre de votantEs de 2 puis de 3 millions et les éluEs et moyens gagnés dans les élections apportent, en plus des subsides européens allègrement détournés, une manne pour refaire une devanture “présentable” et offensive.

Le risque de son accession au pouvoir en 2022 est donc à prendre au sérieux, y compris avec la très droitière Marion Marechal-Le Pen, en réserve. Et on risque de rejouer le même scénario : un deuxième tour avec le FN revigoré par cinq ans d’un libéralisme débridé, qu’il n’aura surtout pas contrarié, se gardant bien de donner corps à sa prétention à incarner l’opposition. Et Macron l’aura ménagé afin de l’utiliser à nouveau comme repoussoir pour en reprendre pour cinq ans. Ces deux là ne se combattent pas plus qu’ils ne combattent le système : ils s’entretiennent mutuellement, vivent du système d’exploitation capitaliste et le font vivre.

Par contre, une partie de la fachosphère, dans et autour du FN, s’y voit déjà et a hâte d’en découdre et de lever le masque de respectabilité, difficilement rafistolé par Madame Le Pen et M. Philippot. En plus des propos des exclus (pour combien de temps), comme ceux de J. M. Le Pen (et de sa fille sur le Vel d’hiv), des gestes dans les salles de meetings, les pratiques violentes d’intimidations se développent. Comme à Lyon, après le premier tour, et à Paris et à Marseille où l’Action française a agressé, et blessé des lycéens bloqueurs.

Après cette campagne l’extrême droite s’incruste et plus que jamais, il faut renforcer les initiatives de clarification et d’opposition directe partout, vis-à-vis des villes “gagnées”, des CA des établissements, de la police dite “républicaine” avec entre 50 et 60 % de votantEs FN et bien sûr dans les quartiers populaires. Et aussi être attentif dans les syndicats sur l’infiltration des idées comme des militantEs, et montrer la contradiction totale entre les votes des éluEs FN et les slogans revendicatifs détournés.

Mais pour que ce travail antifasciste de terrain permette de réduire le FN, il doit être en lien avec la mobilisation contre le libéralisme qui contribue à nourrir l’extrême droite.

Macron est élu à 66 %...

Même si près de la moitié des électeurs et électrices ont voté pour lui par défaut pour faire barrage à Le Pen, et si 16 millions d’électeurs et électrices se sont abstenuEs ou on voté blanc ou nul, ce score (“le plus haut possible” comme le suggérait Martinez et tant d’autres) est en mesure de booster son “bonapartisme managérial”. Il a à ses pieds les carriéristes de “gauche” comme de droite en mal de postes. Il va en plus profiter de la division à gauche qui promet un parlement très droitier et peut donc espérer la majorité absolue. À défaut, il composera avec la droite ce qui lui vaudra d’ajouter à sa politique économique et sociale au service des capitalistes, la reprise des aspects réactionnaires de LR au niveau sociétal. Il a donc les moyens de mettre en œuvre son programme ultralibéral pour aller beaucoup plus loin dans la casse des acquis sociaux et beaucoup plus vite, dès l’été, y compris par ordonnances… le “49-3 préventif” !

Macron va gagner beaucoup de temps pour cette casse en prenant appui sur la politique socio-libérale d’Hollande :

  • au niveau social et économique : poursuite de la casse du Code du travail, pérennisation du CICE, reprise par Macron de l’idée léguée par Girardin, ministre de la Fonction publique (et du coup toujours ministre) d’introduire le mérite dans les salaires, exploitation maximale de la déstabilisation profonde résultant de la “réforme” territoriale ; renforcement de la sélection à l’université au niveau master comme au niveau licence avec le tirage au sort “cadeau de départ” de Vallaud-Belkacem, aggravation de toutes les réformes contestées des précédents gouvernements : rythmes, collège, LSUN et brevet, lycée et bac, attaques du statut, de l’évaluation, de l’éducation prioritaire...
  • au niveau de la perpétuation de la politique guerrière et de militarisation de la police, de l’état d’exception et du fichage avec les “Fichiers des objectifs judiciaires” du 5 mai 2017, de la répression des mouvements sociaux et des opposantEs. Le 8 mai, lors de la manifestation du Front social, le cocktail associant des interdictions administratives de participation à la manifestation pour les membres des services d’ordre et de provocations policières inéditesa été expérimenté avec l’objectif raté de déconsidérer ce mouvement dont la dynamique de mobilisation et l’écho médiatique gênent le pouvoir.

L’offensive contre le monde du travail et la jeunesse

Également de nombreux lobbies et think tanks libéraux ont préparé l’offensive de Macron contre le monde du travail et la jeunesse. Par exemple, lors du débat avec le FN organisé par l’AFP sur les politiques éducatives les représentantes de “En Marche” étaient Fanny Anor ex prof, actuelle membre de l’institut Montaigne, dont on peut consulter le projet pour l’École… dans la revue patronale du BTP et Anousheh Karvar (ex trésorière de la CFDT, nommée à compter du 9 février 2016, au cabinet de El Khomri directrice adjointe… chargée de la Loi Travail !)

Pour le gouvernement il ne peut être plus clair : Premier ministre et deux ministres à Bercy de droite, c’est déjà suffisant pour le caractériser comme à droite et en plus Blanquer à l’Éducation, Pénicaud au Travail et Darmanin à “l’action” et aux comptes publics… La Fonction publique, et le Logement n’existent plus (trop chers certainement…). Hulot, pour sa part, s’est vu pour un plat de lentilles, imposer la feuille de route de Macron l’écolo-incompatible et le leadership de l‘“AREVA-iste” E. Phillipe, sera t-il au moins capable de stopper le projet d’aéroport à NDDL ?

Les organisations syndicales (et politiques) qui avaient appelé à battre Le Pen et renvoyaient après l’élection le combat contre la programme Macron, semblent depuis saisies par l’état de grâce ou au moins par un attentisme trop habituel, pour une situation si inhabituelle. Les déclarations des responsables syndicaux sont affligeantes : Berger se met sur les rangs pour partager le pouvoir, Maillyattend de voir : “Chaque chose en son temps. Pour le moment, il est à peine élu, on va regarder ce que ça donne”. Martinez n’entend pas changer son calendrier “chez nous, les congés payés sont sacrés. Mais on sait rapidement se mobiliser, on sera là pour la rentrée sociale”. Quand à Beynel on se demande s’il est mandaté par Solidaires, dont nombre de syndicats sont dans le Front social, pour affirmer “on n’a pas besoin d’avoir une folle opposition sur le front syndical en cette période”.

À la base de nombreuses luttes

Pourtant, à la base, les travailleurEs et les jeunes ne l’entendent pas ainsi. De nombreuses luttes (2,5 millions de jours de grève depuis janvier) se mènent actuellement dans le privé comme dans le public : centres d’appel, santé, ministère du travail, profs dans le 93… et dans les dernières colonies (mouvement illimité à Wallis et Futuna, reprise annoncée de la mobilisation à Mayotte, sur l’exemple de la Guyane, et en Guadeloupe pour le 50ème anniversaire du soulèvement de 67...) Et la jeunesse se bat, souvent seule depuis plusieurs mois, face à la participation du Front national au second tour de l’élection présidentielle. Les lycéenNEs ont été plus de 3 000 dans le pays, à tenir la rue ou à bloquer leurs établissements.

Le succès militant et médiatique du premier tour social le 22 et du Front social les 1er et 8 mai à Paris et dans plusieurs régions montre une attente d’unifier, de renforcer et de rendre visibles ces luttes. Une rencontre nationale est prévue le 10 juin ainsi qu’une nouvelle journée nationale de mobilisation le 19 juin, partout en France.


Brèves

26 juin - Mardi 27 juin - Rassemblement et meeting unitaire - 12 h - Paris - Invalides

Pas de code du travail sur ordonnance !
Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES, (...)