Modeste bilan de ma vie publique

“Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux.” - Seconde partie
vendredi 23 juin 2017

Nous poursuivons ici la publication du texte que notre camarade Luc Douillard a publié sur son blog en décembre 2016.

1989 à maintenant : pour l’amour de Nantes, “Nantes c’est capitale !” et le recreusement de l’Erdre, “Nantes est une fête” (NEUF), OSLAB

En 1989, dans la continuation du groupe HOU et désormais émancipés du Partito radicale, nous lançons une campagne centrée désormais sur notre territoire de vie, la ville de Nantes. Nous imaginons une puis deux campagnes municipales sans présenter de listes, afin d’influencer et d’interpeller les partis dominants : “Nantes, C’est Capitale !” en 1989, “Nantes Est Une Fête” en 1995 (N.E.U.F.) qui deviendra ensuite une association toujours active actuellement.

Notre plan est cohérent : comme les surréalistes et les situationnistes, nous voulons dépasser les frontières de la poésie pour atteindre la politique, et vice-versa. Nous lançons bruyamment un thème qui va durer, celui du recreusement des cours de la Loire et de l’Erdre, comblés sous terre un demi-siècle plus tôt par des technocrates indifférents à l’esprit des lieux. Sur plusieurs autres thèmes culturels et sociaux, nous revendiquons l’esprit de révolte anarcho-syndicaliste et soixante-huitard du pays nantais. Nous le mettons en scène avec un certain succès au cours de quelques exploits médiatiques.

Sous des dehors fantaisistes et mouvementistes, nous sommes profondément constructifs et ne demandons qu’à être récupérés par le pouvoir municipal. Malheureusement, nous tombons au plus mauvais moment, à l’arrivée d’une nouvelle dynastie électorale nantaise bénie par la décentralisation mitterrandienne, marquée par une certaine culture paranoïaque selon laquelle “Qui n’est pas avec moi est contre moi”, et nous n’arriverons jamais à dialoguer utilement avec elle. D’autant plus que nous faisons très peur avec notre refus de toute subvention.

Mais cet amour de Nantes se poursuivra sans arrêt sous de multiples formes, notamment avec les Fêtes des langues (voir plus bas), avec les Marches de mémoire (Résistance dans le quartier de Chantenay, Mouvement ouvrier, Poésie grecque) et avec la création de l’OBSLAB (Observatoire-laboratoire de la démocratie locale en pays nantais), fusionné avec NEUF, qui faisait suite à une vaine tentative de rapprocher les écologistes locaux et le Front de gauche). Sans oublier non plus les enquêtes originales de mes élèves sur la vie à Nantes pendant la Seconde guerre mondiale.

1995 : La transparence automatisée des comptabilités publiques sur Internet

Lors de notre campagne municipale sans liste de “Nantes est une fête”, nous proposons entre autres que Nantes puisse être la première ville au monde à expérimenter un dispositif révolutionnaire.

Il s’agit de rendre lisible immédiatement le détail des comptabilités publiques sur internet (et comme en 1995 Internet n’était pas encore généralisé, on disait aussi “et sur minitel”), grâce à des logiciels adaptés rendant facile pour le citoyen toute requête par mot-clefs. Exemples : la connaissance en temps réels des dépenses des travaux d’un chantier public devant chez moi, l’état des virements relatifs à un marché public ou d’un versement de subvention à l’école des mes enfants ou à un club sportif, etc.

Il ne s’agissait que d’actualiser à notre temps l’article 14 de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 : “Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.”

Aujourd’hui, la divulgation de données publiques très utiles mais assez innocentes (les horaires d’une ligne de bus, les relevés de l’analyse des eaux d’une piscine publique) sont volontiers mis en ligne de façon conviviale, dans le cadre de ce qu’on appelle désormais l’“Open Data”.

En revanche, plus de vingt ans après notre proposition de NEUF, aucun partisan de l’Open data ne s’est risqué à la reprendre. Il est vrai qu’elle créerait un précédent fâcheux, si les citoyens réclamaient par ce biais la transparence des flux financiers privés et corrupteurs transitant dans le monde entier.

Ce qui s’est passé : en 1995, le député-maire de Nantes qui allait devenir premier ministre plus tard nous a fait savoir par courrier référencé qu’il adoptait notre proposition et l’intégrait à son programme municipal. Un peu plus tard quand il fut réélu pour un deuxième mandat, il nous fit savoir sans ambages qu’il n’en ferait rien. (Et, coïncidence, je devais perdre à ce moment un emploi dans un organisme culturel para-municipal).

Plus tard, l’association NEUF a contacté la Commission européenne par le biais de l’administration de madame Emma Bonino, mais sans résultat tangible. Si bien que l’idée d’une transparence automatisée des comptes publics reste une grande idée en jachère, encore intacte et neuve pour qui voudra.

1997-2004 : Le “Réveillon du 1er mai” pour la taxe Tobin et contre les marchés financiers, indirectement aux origines d’ATTAC

C’est alors que NEUF décide de se déterritorialiser courageusement vers le grand large, de passer du local au global, puisque nos possibilités d’agir à Nantes deviennent limitées, en raison de la très faible ouverture des pouvoirs locaux, mais aussi d’un changement perceptible dans l’accès aux médias locaux.

En 1997, nous avions entendu parler de taxe Tobin (l’idée d’une taxe minime et répétée automatiquement, ne gênant pas le commerce réel, mais dissuadant efficacement la recherche de profits par la multiplication de micro-flux spéculatifs, rendus désormais possibles par l’informatique financière).

L’association NEUF décide donc d’instaurer un événement revendicatif de type nouveau, “Le Réveillon du 1er mai”, devant la Bourse financière de chaque pays. Pour nous ce sera Paris, devant le Palais Brongniart, où nous irons courageusement pendant sept années, la veille de chaque 1er mai revendicatif de la Fête des travailleurs.

Nous voulons que ce rassemblement soit sans violence, sans argent, sans organisation dirigeante, qu’il préfigure ce qui sera plus tard popularisé comme “Zone d’autonomie temporaire”, et autres “Reclaim the street”.

Nous aurons beaucoup de difficultés : pour mobiliser à Nantes et pour affréter nos autocars, pour nous faire connaître dans les médias, pour trouver des partenaires fiables à Paris autres que des provocateurs cagoulés venant casser les vitres de la Bourse et le mobilier urbain. Également pour étendre notre mouvement à la planète entière, ce qui n’arriva guère, à l’exception notable d’amis québécois qui deux années durant ont repris le Réveillon du 1er mai devant la Bourse de Montréal. Mais il y eut de très beaux moments de créativité. Et puis nous avions créé la première manifestation au monde pour la Taxe Tobin.

Nous n’avions pas vocation à rester propriétaires de cette belle idée. J’avais alors écrit une lettre aux directeurs de deux journaux qui me semblaient éventuellement aptes à prendre la tête d’une campagne d’ampleur pour la Taxe Tobin : Jean-François Kahn de Marianne et Ignacio Romanet du Monde diplomatique . Ils ne me répondirent jamais, mais le second devait créer un coup de tonnerre dans un célèbre éditorial, l’année suivante, en appelant à créer l’“Association pour une taxe Tobin d’aide aux citoyens (ATTAC)”, une idée qui séduisit immédiatement des milliers de volontaires partout en France et même à l’étranger. La société civile sidérée par la dictature des marchés financiers se réveillait enfin.

Il se trouve que NEUF fut invitée à participer aux ultimes réunions au sommet de la création officielle de cette organisation, au printemps 1998, alors que nous travaillons déjà sur le Deuxième réveillon du 1er mai.

Jamais une initiative de NEUF n’avait eu une telle retombée indirecte. Mais, “caramba, encore raté !”, nous avons vite compris que Le Monde diplomatique , pour institutionnaliser ATTAC, avait fait appel à un groupe de permanents de syndicats et de grandes associations subventionnées, souvent à multiples casquettes et habituées aux fonctionnements verticaux.

D’autre part, le péché originel d’ATTAC était un très grave contre-sens sur le caractère anticapitaliste radicalement révolutionnaire de la réforme Tobin, destiné à éradiquer définitivement un segment particulièrement nocif des marchés financiers spéculatifs. ATTAC trahissait l’idée de James Tobin pour la rabaisser à un vulgaire pourvoyeur de recettes fiscales supplémentaire destinées à des pansements sociaux.

Imaginez un ingénieur qui inventerait un type de frein pour véhicules poids lourds et qui annoncerait sans complexe : Attention, mon frein ne sera jamais inefficace, il n’arrêtera rien, mais comme il produira de la chaleur, vous pourrez la récupérer pour chauffer la cabine...

Si bien qu’ATTAC après avoir nourri des espoirs considérables, décevra beaucoup, en se perdant dans des sommets altermondialistes comme à Porto Alegre qui consacraient la séparation entre une jet set militante privilégiée et les adhérents de base, privés de propositions concrètes pour interpeller intelligemment les élus (on était à l’époque du gouvernement Jospin), et finira par se déconsidérer à la suite d’un sombre conflit interne au sommet. ATTAC nous avait inutilement occupé les mains pendant huit fastidieuses années (à l’exception de l’Appel des Résistants, voir plus bas).

Caramba, encore raté. Là encore, tout est à refaire.

2000 à maintenant : la fête des langues de Nantes

Exceptionnellement, voici une idée qui n’a pas été inventée à Nantes.

Nous avions remarqué que les occitanistes créatifs du Carrefour culturel Arnaud-Bernard, à Toulouse, animé par l’infatigable Claude Sicre du groupe de rap Les Fabulous trobadours, avaient compris que s’ils voulaient défendre la langue occitane, il faudrait refuser tout repli isolationniste, et s’ouvrir sur toutes les langues parlées dans une grande métropole cosmopolite comme Toulouse, au cours d’une Fête de plein air.

Ils accueillirent aussitôt cordialement notre proposition de développer la même idée à Nantes.

Et voici donc La Fête des langues de Nantes :

L’occasion de réunir toutes les langues du monde, du breton à l’arménien, de l’espéranto au berbère, du coréen à la langue des signes..., comme toutes les soeurs d’une grande république universelle.

La Fête des langues, c’est l’organisation simple de tables de conversations, une par langue parlée à Nantes, ouvertes à tous les passants, autour de quelques objets, livres, dessins, photos, chansons, ateliers de calligraphies ou dégustations gratuites.

Un rendez-vous singulier qui rassemble chaque année à la mi-juin 30 à 40 langues différentes usitées à Nantes et des centaines de visiteurs.

La Fête des langues : Le moment où Nantes se révèle joliment cosmopolite et multiculturelle, comme ville-port, ville d’accueil, où le monde entier se retrouve.

La Fête des langues : Pour résister, dans la fête et par l’amitié, à tous les replis nationalistes et ethnicistes, et pour remercier les immigrés qui nous apportent ici même leur plus beau cadeau : une culture (à partager ensemble, pour s’enrichir sans s’appauvrir) !

Une belle occasion (entièrement gratuite !) de voyage, de culture, de fraternité et d’amitié.”

Il n’est d’ailleurs pas complètement exact que NEUF n’a rien inventé dans le concept de Fête des langues, car il l’a enrichi d’une option riche de sens : montrer qu’un tel événement d’ampleur peut se réaliser entièrement par l’autogestion des bonnes volontés créatives, en toute gratuité, c’est à dire sans devoir mendier une quelconque subvention aux pouvoirs locaux, reprenant ainsi la vieille intuition des Bourses du travail de la Belle époque. D’abord savoir compter sur ses propres forces est aussi une manière de libérer les forces créatives.

Cette fête nous a procuré de très grands moments de joie et de fraternité, y compris lors de deux parades de rue. Notre seule frustration a été de ne pas pouvoir consacrer plus d’énergie à créer un réseau mondial de villes-fêtes des langues (comme nous l’avons tenté avec succès en aidant à la création d’une Fête à Thessalonique, en Grèce, voir plus bas).

2002 : le premier bureau de vote “bis” et référendum sauvage en France

Lors du premier tour des législatives suivant immédiatement l’élimination de Lionel Jospin à la présidentielle de 2002, l’association NEUF décide d’inaugurer un dispositif inédit en France (mais qui a été éprouvé plusieurs fois chez les Espagnols, plus avancés que nous dans ce domaine).

Il s’agit de saisir l’opportunité d’un scrutin national pour lui ajouter des bureaux de vote militants “bis”, invitant les électeurs à se prononcer sur des questions d’initiatives citoyennes, que les grands partis ne souhaitent pas forcément voir posées.

À Nantes, nous choisissons le périmètre des bureaux de vote de l’école de la Mutualité à Chantenay, ce qui correspond environ à 8000 électeurs, qui reçoivent préalablement à leur domicile une explication et un bulletin de vote composé d’une quinzaine de questions d’intérêt général et local.

En dépit des hostilités que nous rencontrons, cette expérimentation montre une dynamique certaine, avec plusieurs centaines de votants, dont les votes sont dépouillés le soir même et envoyés aux médias.

2004 à maintenant : appel à célébrer et actualiser la mémoire du programme social de la Résistance (CNR), l’appel des résistants aux jeunes générations

À l’automne 2003, l’association NEUF s’avise que le célèbre programme du Conseil national de la Résistance aura 60 ans en l’an 2004, un chiffre rond, alors que de grands témoins et acteurs de la Résistance anti-nazie sont toujours vivants et actifs.

Ce serait l’occasion de réaliser un passage de générations, de donner quelque chose à admirer aux jeunes d’aujourd’hui pour réenchanter leur ciel politique déserté, de rendre hommage à la capacité délibérative et volontariste de la Résistance, et de prendre à témoin l’opinion publique des destructions du socle de droits hérités de 1944, 1945 et 1946.

Donc NEUF reprend son inlassable rôle discret de lanceur d’idée, de diffuseur pollinisateur, d’émetteur de mini-tracts et de mails lancés à l’aveugle.

Et cette fois-ci, le message ne tombera pas dans le vide, car il sera repris par Jacques Nikonoff, à l’époque président d’ATTAC, qui trouve l’idée superbe, décide de la faire porter par ATTAC au plan national, et pour cela me confie la mission de gérer ce dossier avec un sympathique professeur d’histoire breton, Michel Gicquel.

S’il y a bien eu une modeste idée de NEUF qui a provoqué une réaction en chaîne, c’est celle-ci, car il y eut successivement :

  • un Appel des Résistants aux jeunes générations, proclamé à Paris le 8 mars 2004, dont j’avais été le principal rédacteur, et l’occasion formidable pour moi de rencontrer Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Jean-Pierre Vernant...
  • un colloque et de nombreuses manifestations en régions,
  • plus tard un rassemblement annuel sur le plateau des Glières, avec le collectif Citoyens Résistants d’Hier et Aujourd’hui, et les films inspirés du cinéaste Gilles Perret,
  • et puis encore une retombée surprenante avec le succès planétaire du petit livre Indignez-vous de Stéphane Hessel, qui n’a pas été sans influence sur l’émergence des mouvements “Los indignados”, “Occupy” et “Podemos”, partout dans le monde.

Non, la flamme de la résistance n’était pas éteinte.

Et on ne pourra pas dire que NEUF n’a rien provoqué, car c’est au moins arrivé une fois (même si la plupart des personnes l’ignorent).

Il y a aussi dans cette histoire une anecdote personnelle. Il se trouve que j’ai toujours été touché par la figure de l’écrivain raté, ridicule mais touchante, comme ces poètes affamés du XVIIème siècle qui hantaient les salons des Précieuses ou ces amants solennels de la littérature pure, mais qui n’avaient jamais rien publié, que Borges croisait dans la Buenos Aires du début du XXème siècle. Comme eux, je le suis et je le revendique en souriant. Or il se trouve que Indignez-vous ! est un montage de textes de Stéphane Hessel parachevé par son éditeur, dans lequel a été intégré l’Appel des Résistants de 2004, dont j’avais écrit la plupart des phrases. C’est ainsi que je suis le seul “écrivain raté” qui ait été involontairement le passager clandestin d’un best-seller mondial, auteur anonyme de fragments de ma main, traduits en 34 langues, et vendus dans le monde à quatre millions d’exemplaires. Drôle de performance méconnue !

2004 : “DÉCAPOL”, ou dix droits politiques nouveaux comme un décalogue d’une nouvelle déclaration des droits humains pour le siècle qui vient

En 2004, au moment d’abandonner les rassemblements physiques du Réveillon du 1er mai à Paris, pour les transformer en rendez-vous virtuel permanent, nous décidons de fixer un certain nombre d’intuitions ramassées dans un texte le plus court possible. Après la Déclaration des droits de l’Homme de 1789 et la Déclaration universelle de 1948 , voici la troisième déclaration, absolument inconnue du public.

On y trouve quelques idées neuves, comme celle d’un droit à l’initiative politique des jeunes, d’un droit de retrait face aux abus de la communication des écrans électroniques, protégeant la liberté de conscience, etc.

2011 : appel “Je suis grec”, internationale adelphique

Au cours de l’hiver 2011, avec mon ami Gilles Gelgon et nos compagnes, nous cherchons comment nous solidariser avec le peuple grec martyrisé par les diktats économiques de la Troïka (Commission européenne, Banque de Francfort, FMI).

Nous décidons de lancer un Appel de Nantes invitant à se déclarer citoyen grec, par solidarité.

Très vite, cette initiative devient étonnamment célèbre en Grèce car elle avait touché le cœur des citoyens grecs humiliés. Nous voici recevant de très nombreux hommages émus, des demandes d’interview de la presse grecque, des invitations à venir sur place ou à être déclaré citoyens d’honneur, etc.

Il nous en restera une responsabilité particulière, qui débouchera sur le lancement d’une Fête des langues à Thessalonique, grand port grec du nord, et sur la création d’une ambitieuse “Internationale adelphique”.

(Rappel : le mot d’origine grecque “adelphique” trouvé par hasard au cours d’un échange radiophonique avec notre amie Réa Moumtzidou, renvoie à l’idée de jumelage, mais surtout à l’idée de frère/soeur, fraternité/sororité, sans distinction de genre : “Liberté-Égalité-Adelphité” !)

Et les violences policières ?

On pourrait achever ici ce déjà trop long parcours, sans oublier toutes les mobilisations auxquelles nous n’avons pas manqué de nous associer dans le grand concours anonyme des bonnes volontés ne cherchant pas à se singulariser à tout prix :

  • luttes anti-nucléaires,
  • soutien aux réfugiés Sans-papiers,
  • résistance à l’implantation d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, où s’illustre le singulier génie politique de la paysannerie du pays nantais,
  • résistance à la purification ethnique en ex-Yougoslavie,
  • mouvements revendicatifs et syndicaux des salariés,
  • mouvement des désobéisseurs, et notamment des enseignants et enseignantes refusant le fichage numérique des élèves,
  • la Nuit Debout.

Mais on ne peut conclure sans parler du soir du 27 novembre 2007, alors qu’une manifestation lycéenne devant le Rectorat de Nantes était achevée, lorsqu’un policier nantais trouva bon de dépenser sa dernière balle en visant sciemment le visage de mon jeune fils âgé de 16 ans, avec son flash-ball LBD de nouvelle génération : un instrument pervers dont nous apprenions, en même temps que son existence (monsieur Sarkozy venait de le mettre discrètement en “expérimentation”) son extrême dangerosité, basée non pas sur une imprécision des tirs, mais au contraire sur une extrême précision des visées électroniques.

De ce crime inaugural, il fallu tenter de relever le défi, et d’abord en tentant d’épargner à d’autres familles ce qui nous était arrivé. Ce fut un combat harassant et souvent désespérant, au cours duquel nous avons quand même réussi à braver la résignation et l’intimidation en mettant en place un réseau national des familles et amis des victimes de la violence policière, à travers l’Assemblée des blessés.

Mais de tout cela, c’est mon enfant devenu grand qui en parlerait le mieux, notamment dans son ouvrage : Pierre Douillard-Lefevre, L’arme à L’oeil. Violences d’État et militarisation de la police . (2016, Éditions du Bord de l’eau, format : 12x19, 90 pages, ISBN : 9782356874641, 8 €).

En conclusion

On ne dira jamais trop dans ce parcours le poids décisif des affinités électives et du moteur irremplaçable de toute action politique : l’amitié entre nous.

Nous venons donc de résumer 40 années de belles tentatives, qui n’ont certes pas fait mentir notre citation liminaire de Samuel Beckett : “Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux.”

Mais avant de nous quitter, nous citerons un autre écrivain, grec celui-ci, Ménis Koumandarèas, mort il y a deux ans, qui disait : “Si on ne peut pas changer le monde, on peut au moins le tenir éveillé”.

Luc Douillard

Vous pouvez aller consulter des compléments et une importante iconographie sur :

http://docnant.blogspot.fr/