Délire sécuritaire

jeudi 22 juin 2017
par  Catherine

3 octobre 1980 : une bombe placée devant la synagogue de la rue Copernic à Paris provoque la mort de quatre personnes. Les plus ancienNEs d’entre nous se souviennent des paroles de l’ineffable Raymond Barre, alors Premier ministre, face à cet attentat antisémite. Deux des victimes n’étaient pas juives et il avait parlé à leur sujet de “victimes innocentes”.

Pendant des années, la police n’a pas la moindre piste. Et puis, nos braves services secrets se réveillent. “On” leur a donné le nom du coupable mais pas question bien sûr de révéler leurs sources.

Il s’agirait d’un universitaire canadien d’origine libanaise : Hassan Diab.

Mis en cause, celui-ci se défend. Il n’a rien à voir avec cette histoire. Ses papiers ont été dérobés à l’époque, il l’a signalé. Il recherche toutes celles et ceux qui pourraient témoigner de sa présence à Beyrouth à l’époque et il en trouve.

Hassan Diab est arrêté au Canada en 2008. La justice canadienne, après enquête, ne trouve rien et le relâche.

Au Canada, un comité de défense très large se constitue avec en son sein, ce qui est à noter, de très nombreux et nombreuses étudiantEs et professeurEs de l’université où enseigne Hassan Diab, des syndicats et l’association anticolonialiste canadienne “voix juives indépendantes”.

Mais il existe un accord d’extradition automatique entre le Canada et la France (c’est beau la logique sécuritaire).

Hassan Diab est extradé en avril 2012 en France. Tout en l’extradant, la justice canadienne note l’extrême faiblesse de l’acte d’accusation. Il est depuis cinq ans à Fleury-Mérogis.

Dans la guerre du bien contre le mal, il faut punir à tout prix les méchants terroristes. On a déjà vu dans l’affaire de Tarnac un type d’acharnement aussi extrême que ridicule, tant l’acte d’accusation ne reposait que sur un montage totalement impossible.

Même chose pour Hassan Diab. Les juges antiterroristes français ne sont pas des tendres. Mais ils ont accumulé les preuves de l’innocence d’Hassan Diab, de sa présence au Liban à l’époque des faits et de l’impossibilité pour lui d’être en France en 1980. Ils ont donc demandé sa libération et le Parquet a aussitôt fait appel.

On en est à présent à six demandes de mises en liberté formulées par les juges antiterroristes, toutes refusées par la cour d’appel à la demande du Parquet. Hassan Diab a même connu quelques brefs jours de liberté l’an dernier.

Au nom du contribuable français qui aura un jour à indemniser lourdement cette “bavure” sécuritaire, quelqu’un dans l’appareil d’État français aurait dû siffler depuis longtemps la fin de ce déni de justice. Il faut croire que ledit appareil en est incapable. Il nous revient donc de créer un comité de soutien en France, de populariser cette affaire et d’exiger la libération immédiate d’Hassan Diab.

Pierre Stambul

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 6/06/2017 page 15


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