Sport : les grands mensonges de l’été

jeudi 31 août 2006
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", numéro 1 de septembre 2006)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

Sport : Les grands mensonges de l’été

La tension montait, la Zidanomania prenait son envol, le discours mystique se faisait analyse, les comptoirs de bistrots comptaient autant de clients que de sélectionneurs, 171 véhicules avaient été incendiés dans tous le pays le soir de la victoire de l’équipe de France contre le Brésil. Tous les journalistes faisaient monter la fièvre. La multiplication des écrans géants dans les centres villes fédérait les meutes.

L’Allemagne avait atteint la demi finale où elle rencontrait l’Italie dans une sorte de revanche à l’infini qui est le leitmotiv des grandes compétitions internationales. Avec l’aide primordiale des médias, l’Allemagne avait les yeux rivés sur onze milliardaires cramponnés. Pendant ce temps Angela Merkel présentait à la presse sa réforme de l’assurance maladie (baisse de la couverture et augmentation des cotisations) et affrétait un charter d’expulsés vers l’Afghanistan.

Pas de problèmes du côté du dopage dans cette coupe du monde de football puisque les produits les plus utilisés dans les autres sports ne sont ici pas recherchés : "je suis intimement convaincu qu’il n’y a pas d’EPO, mais je ne peux pas en donner de preuve" (D’Hooge président de la commission médicale de la Fifa en 98. Libération du 5 juillet 2006). En matière de dépistage, la Fifa (fédération internationale de football) en est restée aux analyses d’urine et les responsables de l’Agence mondiale antidopage (AMA) de déclarer à propos de la direction de la Fifa : "Soit ils sont vraiment abrutis, soit ils prennent les gens pour des cons" ( Libération , 5 juillet 2006).

"Zidane il a boulé"
Donc personne n’était dopé, même si tous avaient des cuisses comme des armoires et le 9 juillet à Berlin, la finale opposait la France à l’Italie. Il y avait sur le terrain une quinzaine de joueurs salariés des plus grands clubs italiens (Juventus de Turin, Milan AC, Fiorentina, Lazio de Rome) dont les employeurs se retrouvaient avec le gratin des dirigeants du football italien devant les tribunaux pour la plus grande affaire de matchs truqués connue à ce jour dans le football européen. Peu avant la fin du match, Zidane mettait un coup de tête à un joueur italien. Par ce geste disséqué à l’envi et qui se produit des centaines de fois sur tous les terrains du monde chaque week end, celui qui en cas de victoire allait devenir l’objet de tous les discours religieux le faisant dieu aux côtés de Pelé, celui là sortait du terrain sous les hués de la meute en transe. L’Italie gagnait la coupe du monde, nous échappions aux idioties sur la réussite de la France "Black, Blanc, Beur" au moment où Sarkozy organisait l’expulsion de centaines d’enfants sans-papiers, la fédération italienne se débrouillait pour blanchir partiellement les clubs impliqués dans le scandale des matchs truqués, des milliers d’enfants italiens passaient l’été avec sur le dos un maillot bleu marqué en gros "ITALIA" et Roberto Calderoli ancien ministre de Berlusconi pouvait déclarer : "La victoire de Berlin est une victoire de notre identité, d’une équipe qui a aligné des Lombards, des Napolitains, des Vénitiens et des Calabrais et qui a gagné contre une équipe qui a sacrifié sa propre identité en alignant des Noirs, des islamistes et des communistes pour obtenir des résultats" (AFP).

Violence, abrutissement, tricherie, force d’occultation, manipulation de masse, endoctrinement, racisme, nationalisme, tout y est. La coupe du monde est passée, la prochaine se jouera en Afrique du Sud, une sorte de mensonge africain.

Cobaye à la testostérone
Au regard de cette énormité les autres compétitions de l’été auraient pu paraître anecdotiques mais gageons que la cuvée 2006 est d’un haut niveau…

Deux jours avant le départ du Tour de France cycliste plusieurs favoris convaincus de dopage sont exclus de la course. A l’arrivée tous les commentateurs vont pouvoir se répandre, comme chaque année, sur une mythique pureté retrouvée : "On retrouve ce qu’aurait toujours du être le vélo. J’espère que c’est l’amorce d’une nouvelle ère" (Un directeur sportif du Tour, Libération 24 juillet). Le 27 juillet on découvre que le vainqueur de ce Tour était lui aussi un cobaye consentant dopé à la testostérone.

Suivent ensuite les championnats d’Europe d’athlétisme dont deux athlètes français sont écartés, l’une par décision de la fédération suite à des "bizarreries" constatées par les médecins, l’autre pour contrôle positif. A ces championnats d’Europe, les sprinters anglais présentés sont tous des compétiteurs qui reviennent de suspension pour dopage et on leur attribue comme mentor jusqu’en 2012, année des JO de Londres, Linford Christie, champion olympique en 1992 qui tomba, au soir de sa carrière pour usage de stéroïdes en 1999.

Déjà fin juillet l’américain Justin Gatlin recordman du monde du 100 mètres était reconnu positif à la testostérone, mi août c’était le tour de Marion-Jones championne américaine d’être contrôlée positive… un été que Le Monde du 8 août qualifiait déjà "d’été horribilis" dans un éditorial intitulé : "le sport menacé".

Le sport n’est pas menacé, il n’est victime que de lui-même. Il n’est jamais au rendez vous du rêve qu’il prétend être. Il serait même plutôt menaçant. En cette rentrée, n’aurions-nous rien à dire à nos élèves sur cette réalité du sport et sur le mensonge dont ils sont les premières cibles ?

Et la prochaine fois nous parlerons des jeux olympiques de Pékin et de la contestation qui doit nécessairement s’organiser contre cette horreur sportive.

Didier PAGÈS