Syrie, l’État failli

mercredi 27 septembre 2017

Émancipation région parisienne a organisé le 30 juin à l’EDMP un débat sur la situation en Syrie. Najwa Sahloul, membre du SNESUP-Émancipation, cofondatrice du CISYLD ; Majd al-Dik, activiste pacifiste de la Ghouta orientale et Mohamad Taha, militant de la cause de l’opposition syrienne, archéologue de Palmyre, étaient les principaux intervenantEs. Les échanges se sont centrés sur les conséquences de la décomposition de l’État syrien et les stratégies du pouvoir et des opposantEs pour y répondre.

Après avoir dénoncé l’idée qu’il n ’y aurait pas d’alternative crédible à Bachar al-Assad, à laquelle Macron semble désormais souscrire, ce qui est parfaitement injurieux à l’égard du peuple syrien puis, après avoir succinctement rappelé les temps forts de la révolution syrienne, Najwa a développé sa réflexion essentiellement sur trois axes constitutifs des stratégies du régime pour sauvegarder, a minima, ses structures étatiques, essentiellement répressives, et afin de tenter de garder son contrôle et sa légitimité auprès des populations, ainsi qu’auprès de ses alliés de la communauté internationale.

La stratégie de contrôle territorial

Elle consiste à garder la maîtrise des centres urbains où se concentre l’activité économique et donc sa possibilité de conserver un lien organique avec les fonctionnaires tributaires du régime pour percevoir les salaires.

Cette mise à distance extra-muros de l’opposition, dont la dynamique se traduit par la spoliation des populations essentiellement arabes sunnites, permet au régime de garder le contrôle des centres urbains et des citadins directement assujettis. Dans ce contexte, percevoir un salaire relève de la soumission silencieuse. Tout individu, hors cet espace étroitement surveillé, est considéré comme rebelle, exclu des services de l’État.

Le centre ville est par ailleurs vécu comme le refuge spatial où les bombardements ne se produisent pas, sachant que seul le régime dispose, avec l’aviation russe, de la suprématie des airs.

Le contrôle de la communication et l’internet

Lors des premiers mois de la révolution dite “pacifiste”, le régime a laissé le libre accès à l’internet afin de repérer les activistes hostiles à son pouvoir. Nombre d’entre eux seront arrêtés, torturés, assassinés, après avoir été repérés sur les réseaux sociaux.

Le rôle clé des milices

Le régime bien que maintenu en place dès août 2011 par ses alliés directs au premier rang desquels l’impérialisme russe très actif en Syrie, mais aussi l’Iran, puissance régionale qui déploie ses milices Qods et affidés du Hezbollah jusqu’aux montagnes du Qalamoun à la frontière libanaise, s’est employé à constituer et à diversifier des milices clientélistes, afin de suppléer une armée nationale peu fiable et débordée par le mouvement insurrectionnel.

Aux côtés des milices étrangères, afghanes, iraniennes, irakiennes... Le régime a puisé dans ses propres pénitenciers pour constituer des milices dites de Chabbihas, attachés à terroriser les populations civiles.

S’ajoutent de nombreuses milices intérieures, principalement confessionnelles : telles celles de Souedah à majorité druze, clairement à la solde du régime et dont l’enjeu est de dispenser les enfants de la communauté du service militaire national.

Ces milices peuvent être formées d’unités de combat féminines telles “Les Lionnes de la Montagne”, en référence à Bachar (le Lion en arabe).

À ces milices de l’intérieur s’ajoutent celles de la Côte, nombreuses, recrutées auprès de la communauté alaouite, mais aussi les milices syriennes, chrétiennes, palestiniennes, et enfin les milices dites générales, non-confessionnelles, de Homs, de Rakka, et du désert.

L’ensemble de ces milices au statut mercenaire constitue des forces supplétives révélatrices de la faillite de l’État.

L’auto-organisation démocratique dans les zones libérées

Les analyses de Najwa sont corroborées par les témoignages de terrain de Majd dont l’éclairage essentiel a porté sur l’organisation sociale démocratique des populations dans les zones libérées principalement dans la Goutha orientale, son champ d’expérience.

Ces populations syriennes insurgées réinventent des dynamiques de démocratie directe afin d’organiser leur survie, grâce à l’intelligence sociale collective mise en oeuvre par des conseils régulièrement élus, au sein desquels des cadres anonymes apportent leurs connaissances sociales, techniques ou universitaires nécessaires à toute expérience éminemment socialisée et ce, dans un contexte de guerre totale.

Ces expériences d’auto-organisation sociales et politiques tiennent à distance les milices armées, y compris confessionnelles islamistes opposées au régime, tant elles donnent cohérence au sujet social, le peuple insurrectionnel.

Aujourd’hui, la Plaine de la Ghouta orientale compte 240 ?000 habitants administrés par 50 conseils locaux, régulièrement réélus, dont le processus démocratique connaît un coût humain très élevé.

Un débat très riche

Mohamad a expliqué brièvement que cet État failli, non seulement n’a pas su protéger le patrimoine culturel constitutif de l’identité du peuple syrien, mais pis encore, a directement participé à sa destruction. Seul l’aspect touristique marchand intéresse le régime. Le patrimoine est pillé par les mafias liées au système-Bachar.

Le débat s’est ensuite construit sur l’idée essentielle d’une révolution née des profondeurs du peuple syrien, des organismes élus, ce qui représente dans le contexte actuel de vie sociale démocratique minimaliste à l’échelle planétaire, une avancée de démocratie directe incomparable.

Un militant de la Déclaration de Damas a évoqué la longue élaboration constitutive d’un peuple en termes de Nation depuis les accords coloniaux de Syke-Picot. Une autre intervention marquante a été celle d’une militante du “Comité Syrie-Europe, après Alep”, autour de la revue Esprit et signataire de la Tribune adressée à Macron parue dans Libération daté du 3 juillet : “Monsieur le Président, maintenir Assad c’est soutenir le terrorisme”.

Elle est revenue sur la nécessité de promouvoir un livre noir sur les atrocités commises par le régime des Assad, sur les crimes contre l’humanité perpétrés par les forces aériennes russes occasionnés lors de bombardements ciblés sur les centres vitaux de la société civile. Son propos tendait à montrer le potentiel subversif que pourrait représenter un lien construit entre syndicalistes et intellectuelLEs attachéEs à l’éthique politique.

Trump et Poutine parlent du partage de la Syrie, le peuple syrien poursuit son combat, nous nous devons de le soutenir !

Claude Marill


Victimes de la coalition internationale à Raqqa

Mohamad Taha qui a participé à la conférence de Najwa Sahloul, le 30 juin 2017 a connu début août une douloureuse et dramatique réalité familiale. Les bombardements in-discriminés de la coalition internationale sur la ville de Raqqa ont causé la mort de 29 civils dont 14 appartenant à la seule famille de Mohamad dont sept enfants.
Cette branche familiale décimée témoigne cruellement de la violence extrême de ces bombardements menés par la coalition internationale dont les crimes contre l’humanité doivent être fermement dénoncés à l’instar de ceux perpétrés par l’aviation russe et celle du régime.
La collusion entre ces puissances impérialistes d’Est et d’Ouest se révèle patente en Syrie, et ce principalement contre le peuple syrien insurgé.
Rappelons que les populations de Deir er-Zor ou d’Idlib qui souffrent de l’oppression des milices du Front Fatah Al-Cham (l’ex-Front Al-Nosra) pourraient prochainement subir le même sort.
L’arrêt des carnages et le retrait de l’aviation française qui participe de ces bombardements au Moyen-Orient doivent être exigés auprès de la présidence et du gouvernement français.
Nos fédérations syndicales sont en responsabilité de ces exigences et nous ferons tout pour qu’elles aboutissent.
Les camarades d’Émancipation tendance intersyndicale tiennent à témoigner à notre ami syrien Mohamad Taha, leur forte émotion et indignation.Notre soutien à la cause syrienne n’en sera que plus déterminé et nous œuvrerons pour que ces crimes ne demeurent pas impunis.
Émancipation tendance intersyndicale, le 15 août 2017


Brèves

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