Exilé.e.s, spolié.e.s, isolé.e.s, méprisé.e.s, réprimé.e.s…mais si solidaires entre eux/elles… et avec nous !

mercredi 18 octobre 2017

La suite de l’interview d’Aubépine Dahan et Houssam El Assimi de l’association “Paris d’Exil” et du collectif “La Chapelle Debout”, commencée dans les numéros de juin et septembre, sur les conditions faites par l’État et la ville de Paris aux exilé.e.s et sur le vécu et les aspirations de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants et des personnes solidaires.
Interview suscitée par Olivier Vinay

SAISON 3 : Pour être solidaire il faut (re)connaître

L’Émancipation  : Quelle est la présence et la place des femmes (migrantes et soutiens) ?

Aubépine : La proportion de femmes est inversée chez les personnes solidaires (80 %) et chez les personnes exilées (une minorité, 15 à 20 %). Il paraît évident que les hommes exilés n’ont pas les mêmes relations avec les femmes solidaires et avec celles de leur pays. Un Afghan ne s’adresse jamais directement à une femme qui n’est pas de sa famille, il passe par un autre homme de sa famille à elle. Cela évidemment n’a pas cours pour les femmes solidaires. Les accolades, les embrassades entre ami.e.s deviennent la norme rapidement entre hommes et femmes (hommes exilés/femmes solidaires, rarement l’inverse !) alors que c’est inimaginable chez eux.

Chez les Afghans, un certain nombre sont analphabètes, et plus encore parmi les femmes. Elles sont en retrait et il faut, pour les personnes solidaires, se forcer un peu pour établir un contact avec elles au même titre qu’avec leur mari, leur poser aussi les questions, bref leur accorder le même statut qu’à un homme, alors que leur attitude invite au contraire. Chez les familles aisées de Kaboul, le mode de relation hommes-femmes est beaucoup plus proche du nôtre avec des femmes qui ont fait des études, travaillé, qui acceptent de parler à des “étrangers”, etc.

Les femmes seules sont plus encore que les hommes, sujettes aux dangers de la route migratoire. Petit à petit au contact des populations exilées, des récits, en lisant les reportages sur la Lybie, la Turquie... on prend conscience d’un fait terrible, silencieux et massif. Il était comme masqué par la tragédie de l’exil et s’y ajoute : la très grande majorité des femmes qui arrivent ici seules, qu’elles soient mineures ou majeures, avec ou sans enfants, ont été victimes d’abus sexuels voire embarquées dans des réseaux de prostitution. Certaines adolescentes arrivent seules, enceintes, à 16 ans. C’est le continent immergé de la tragédie de l’exil, une chose qui n’est pas immédiatement visible mais qui finit par porter une ombre terrible à ce tableau déjà douloureux. Il est évident que rien que cette problématique mériterait une prise en charge adaptée, mais on en est très loin. Le système français aujourd’hui a déjà bien du mal à considérer ces personnes comme des sujets de droit, alors les imaginer comme sujets souffrants, ayant besoin d’un accompagnement psychologique conséquent, ce n’est vraiment pas dans les priorités.

Houssam : La question des femmes migrantes est vraiment un point aveugle de l’exil. Outre le fait qu’elles sont rangées par la mairie parmi les mineurs et les personnes vulnérables, elles sont régulièrement réduites à leur statut de mère.

On a pu encore le constater lors de la polémique raciste et sexiste dans le contexte des législatives sur la question du harcèlement de rue à la Chapelle suite à un article du Parisien dont Pécresse et aussi El Khomry ou de Haas ont voulu profiter.

Malheureusement même des personnes et des organisations solidaires, de gauche, sont parfois tombées dans le panneau. En effet : “Pour” ou “Contre”, nous avons pu constater que partout, “on” ne prenait jamais en compte les femmes migrantes pourtant très nombreuses dans le quartier. Elles étaient purement et simplement niées. Elles n’existaient pas.

Fallait-il en déduire que quand on est migrante on n’est pas femme ?

Pouvait-on affirmer que “l’identité migrante” (qui est en soit raciste) recouvrait partiellement, complètement les identités de genre ?

Les femmes migrantes n’ont pas été comptabilisées parmi les victimes du harcèlement.

Elles ne faisaient pas non plus partie de la catégorie “femmes de la Chapelle”.

Il y a fort à parier que si elles étaient comptées comme femmes et/ou comme victimes, le camp des harceleurs se serait blanchi et se serait féminisé méchamment.

Nous nous sommes posé la question de savoir si le fait d’assumer que les femmes migrantes sont... des femmes ne revenait pas aussi à pointer du doigt d’autres harceleurs/ harceleuses systémiques, violeurs/violeuses potentiels/les aussi puissant.e.s que dangereux/ses ? Au hasard : la police, la Mairie de Paris, les services de la voirie, les préfectures et tous leurs opérateurs aux ordres, Emmaüs-Solidarité, la Croix-Rouge, etc.

En conséquence dans un tract nous avons essayé un petit récapitulatif des violences sexistes et racistes d’État qu’elles subissaient (voir ci-contre). Le jour d’un contre-rassemblement où nous appelions à nous taire pour les laisser parler d’abord, avant d’engager un dialogue avec les gens du quartier, nous avons pu constater que la volonté de manifester une opposition aux gens de droite et d’extrême droite dans le quartier a prévalu sur le fait de les laisser parler.

Une fois qu’on a dit ça, en même temps le 8 mars 2016, ce sont des femmes qui avait quitté leurs hôtels miteux avec leurs enfants parfois issus de viols et qu’elles élevaient seules qui se sont assises devant une armée de CRS sous le pont du métro aérien. Et ce sont elles qui ce faisant, ont permis la retenue de la violence et l’installation d’un camp.

Elles avaient dit ce jour là : “Le chien en France a des droits et dort sous un toit, nous non. Nous sommes épuisées. Nous réclamons un toit et le respect de nos droits”.

Je crois que, dans la lignée des “343 salopes”, en France il y a ces anonymes, que personne n’est allé interviewer. Demba délégué sans papier lors d’une occupation a été clair : “Ce sont elles notre force”.

Qui doute d’un viol derrière un bureau à Fontenay-Sous-Bois ou dans un tribunal à Montreuil ? (extrait)


“Qui sont les premières victimes des fermetures municipales des toilettes publiques et des points d’eau aux abords des camps de rue au moment où la Préfecture de Police fait des alertes canicule et appellent les Français.es à s’hydrater ? Qui se paie les infections urinaires ?
Qui à Melun, oblige M, 36 ans, mère érythréenne violée, à chercher, à retrouver et à contacter le père de cet enfant pour que celui-ci ait un passeport ?
Qui au commissariat de l’Évangile dans le XVIIIe a interdit à R, soudanaise, de donner le sein à son enfant pendant 8 heures, le 4 août dernier ?
Qui a été condamné cinq fois en juillet 2016 par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour avoir enfermé des enfants de quatre mois, un an et deux ans et demi parce que Sans Papiers ?v
Sur les 48 000 personnes retenues en 2015 combien de femmes ?
Qui tolère que V, 6 ans, scolarisée en CP dans une école publique à Marseille, venue en France il y a plus de trois ans avec sa maman et sa mamie pour fuir les violences conjugales et pour se faire soigner se voit notifier une Obligation de Quitter le Territoire Français ?
Qui, le 10 mai dernier, a raflé à la gare de Calais séparant de force Mme V, iranienne, et son compagnon M. I pour le renvoyer en Afghanistan ? Qui a enfermé leur enfant de 8 mois, né en France, avant de le placer à l’Aide Sociale à l’Enfance en dehors de tout cadre légal ?
Qui a placé Mme V en garde à vue car elle protestait ?
Qui a fait risquer une fausse couche à Madame G, roumaine, enceinte de plus de sept mois, en l’incarcérant dans le palais de Justice de Paris ? Elle sera libérée grâce aux médecins.
Pour celles qui représentent 42 % des personnes qui fuient les guerres, les violences, les famines, les catastrophes climatiques.
Pour celles que vous refusez de voir, d’entendre car elles sont l’angle mort de l’exil.
Pour toutes celles qui subissent les violences sexuelles, les viols, et les prostitutions forcées, les insultes, de leurs proches, des passeurs, des gardiens des frontières comme de la “paix”, de leurs pères et de leurs pairs, des flics, des gardiens de camps ou des vendeurs de sommeil.
Nous affirmons qu’il est obscène de parler de condition féminine en ne parlant que de soi-même lorsque l’on vit à côté, c’est-à-dire avec, des femmes dont la monnaie d’échange, depuis l’Érythrée, le Soudan, l’Éthiopie ou la Somalie jusqu’à “notre” rue Pajol a été leur corps.”

L’Émancipation  : Et la question du racisme ?

H  : La question du racisme comme clé d’interprétation de ce qui se passe a divisé les personnes solidaires et les collectifs. Entre ceux et celles qui étaient pour parler de racisme d’État et ceux et celles pour qui c’était simplement une question d’accès aux droits. L’altérisation radicale que subissent les exilé.e.s fait qu’ils et elles sont décrit.e.s soit comme des figures christiques à qui on devrait de la charité sous certaines conditions (image de Aylan), soit comme des terroristes potentiels (image de Cologne).

Comme on l’a dit plus haut les pouvoirs publics, les médias parlent très souvent d’eux/elles à leur place. Quand on s’adresse à eux/elles sans eux/elles, on nous traite d’activistes ou de militant.e.s, quand on y va avec eux/elles, on refuse de les écouter si ils/elles ne parlent pas français ou on dit qu’ils/elles sont manipulé.e.s (“activés” à dit Xavier Bertrand). Lors des démantèlements les flics ont des masques, il y a des housses sur les sièges des cars qui les embarquent “pour pas qu’ils salissent disent-ils”, un élu vert de la Mairie de Paris a dit pendant l’expulsion, déclarée illégale a postériori d’un campement de Rroms  : “ÇA ira s’installer autre part de toute façon, c’est pas comme cela qu’on règle le problème”. “ÇA”.Tout le monde se souvient de Valls et de “ils ont vocation à”. Nous sommes au pays de “l’affaire Léonarda Dibrani”. Un pays où des socialistes font arrêter des enfants de 15 ans pendant une sortie scolaire pour les expulser. Un pays où finalement, après des mobilisations, le Président de la République accepte qu’ils reviennent, s’ils acceptent de revenir sans leur famille. Un pays où l’on ne reconnait pas spontanément que les étranger.e.s sont des êtres sociaux qui peuvent avoir des liens. En France, les étranger.e.s sont perçu.e.s administrativement, politiquement, symboliquement, comme des cas. Comme les homosexuel.le.s auparavant étaient des cas psychiatriques. Des individus seuls, isolés et sans attaches. La non reconnaissance des liens qu’ils peuvent entretenir (par le mariage, la famille, ou les liens d’amitié) avec d’autres, est ce qui justifie que les exigences (de revenus, de langue, de logement…) soient conditionnées à l’acceptation et l’existence concrète de ces liens. En France, le regroupement familial par exemple est un droit conditionné lorsqu’on n’est pas français.es.

La notion d’“immigration subie” qui a déjà bien infusé en droit des étrangers, c’est la traduction objective du regret que les gens présents ici ne sont pas seulement là pour travailler.

Voilà tout ça pour dire que si je ne crois pas que tout s’explique par le racisme, je crois également que rien ne s’explique sans le convoquer parmi les facteurs explicatifs. Et le déni auquel on fait face oblige souvent à insister là-dessus.

A : Les institutions et administrations françaises ne considèrent pas les personnes exilées comme des sujets de droit, responsables et autonomes. Certains attribuent ça à un “racisme d’État”, un racisme qui serait presque consubstantiel à la République, à la France. Personnellement, si j’ai été témoin de manifestations de racisme, je crois que le traitement que ce pays réserve aux étranger.e.s cherchant refuge sur son sol ne tient pas seulement à leur couleur de peau et à leur religion ; il tient aussi à leur dénuement physique, leur absence de maîtrise de la langue française, le fait qu’ils/elles ne maîtrisent pas les codes... Il est si facile de dominer et d’humilier quelqu’un ou une qui n’a rien, qui a besoin de quelque chose que vous pouvez lui accorder (une allocation, un papier...) et qui ne comprend rien à ce que vous dites, rien à ce qu’il/elle lit. Finalement, la personne exilée est à la fois un.e étranger.e, un.e musulman.e (le plus souvent), un.e noir.e (ou basané.e), un.e pauvre, et une personne à la rue. Et elle est maltraitée par les institutions exactement au même titre que toutes ces catégories largement construites de l’extérieur, et que l’on considère presque naturellement comme incapables de prendre des décisions pour elles-mêmes.

Reste le racisme de la société française. Franchement on a vu de tout. La solidarité dans les quartiers, les gens qui ouvrent leur porte pour héberger, qui vont très loin pour qu’un.e de leur semblable ne croupisse plus à la rue. Comme on a vu les réactions imbéciles de notre entourage ou dans la presse, pour le coup typiquement raciste. La figure du “migrant.e” entre pauvre et terroriste, entre charité et répression, permet de résumer la majeure partie des interventions des politiques ou des médias.

L’Émancipation : Acculturation ou subjectivation ?

A : Il y a à la fois un sentiment de proximité et de radicale différence. Proximité parce que ces gens ont beaucoup voyagé en Europe, ils ont eu le temps de s’acculturer à certains codes vestimentaires, certaines technologies. On échange nos numéros de portables, on devient ami.e.s sur Facebook, on parle anglais... on fait partie du même monde. Et dans le même temps, le récit, par toutes petites touches au début, de ce qu’ils/elles ont traversé, le poids terrible de certains souvenirs, la douleur de l’exil, le manque de leur proches, leur pays, leur nourriture habituelle... on se rend compte qu’on ne vit PAS dans le même monde. Ce qu’ils/elles nous racontent appartient pour nous aux livres d’histoire, la guerre, la torture, les morts, les tragédies, les enfants qui disparaissent, les familles qui se perdent... Ça ne nous parle pas du tout, comment pourrait-on se retrouver dans ce qu’ils/elles racontent ? À un moment, l’empathie manque d’imagination...

Pourtant, une communauté se forme, il y a bien une culture commune qui émerge, née des expériences vécues en commun (les distributions, les campements, les manifs, le face-à-face avec la police, les audiences au tribunal, le parcours des Dublin...) ; on finit par former “une bande” avec les autres militant.e.s et personnes exilées.

Au sein de ce groupe, la religion prend une place perçue comme plus ou moins encombrante. L’islam – dominant parmi les populations exilées – est plutôt bien reçu et accueilli par les personnes solidaires. Ces dernier.e.s sont marqué.e.s par le contexte français d’“islamophobie” et sont donc prêt.e.s à beaucoup pour permettre à ces personnes en exil de pratiquer leur religion. Par exemple, en cette période de ramadan, la plupart des maraudes ont changé leurs horaires de distribution. Elles avaient déjà exclu toute viande non halal de leur distribution. La rencontre entre cet islam vécu comme une norme sociale – et non comme un choix individuel – et l’athéisme de nombre de soutiens donnent lieu à des échanges assez intéressants...

Du côté des exilé.e.s, la pression sociale est forte et bien qu’ils/elles aient fui les persécutions d’intégristes religieux et des sociétés très pesantes de ce point de vue, ils/elles continuent à se surveiller entre eux – ou à se sentir surveillé.e.s – en France. On a vu beaucoup de personnes être des musulman.e.s pratiquant.e.s devant les autres et dès qu’ils/elles étaient sorti.e.s de ce carcan social, boire une bière avec leurs ami.e.s français.es. Il est donc délicat pour les personnes solidaires de trouver le bon positionnement, dans le respect mais sans non plus prendre pour argent comptant une norme religieuse qui, peut-être, ne convient pas à tout le monde parmi les exilé.e.s. Leur laisser le choix dans leur modalité d’acculturation à la société française, voilà ce qui serait l’objectif. Mais pour l’heure, il y a majoritairement un souci de permettre à ces personnes qui ont tout laissé derrière elles, de respecter ce qu’on croit être important pour eux/elles (mais qui n’est peut-être qu’une assignation identitaire de plus).

H : Nous on met l’accent sur la subjectivation tant des personnes solidaires que migrantes. L’objectif, aboutir à une vision et des pratiques qui ne soient ni tout à fait les “nôtres” au départ ni les leurs. L’idée est aussi de partir du principe qu’on est égaux et d’agir en conséquence et non pas de postuler que l’Égalité est quelque chose qu’on doit atteindre

Mais, du fait du différentiel d’expériences, de références, c’est un peu schizophrène parfois. Concrètement les Français.es qui débarquent et ne connaissent pas la situation doivent se rendre compte que le Droit par exemple est tout entier construit contre les migrant.e.s. Se rendre compte de ce que c’est un JLD (juge des libertés et de la détention), une rafle ou un CRA participe d’une prise de conscience. Le fait pour nous de forcer des rencontres et de mettre en place des dispositifs où on doit écouter un.e migrant.e parler et expliquer des choses aide. Du côté des exilé.e.s la non connaissance de la culture, de la langue, d’institutions ainsi que les mythes qu’on peut avoir sur la France “pays des droits de l’Homme” (même si ils sont vite battus en brèche par le fait de dormir à la rue) nécessite un temps d’observation, d’apprentissage pour savoir quoi faire, franchir le pas de l’action collective.

Là aussi le fait d’informer qu’il y a eu tel accord signé entre l’UE ou tel pays, de traduire telle déclaration, tel article de presse, d’aller visiter des retenu.e.s, de traduire une audience au tribunal administratif aide les personne migrantes à avoir accès aux informations que nous avons et à s’en saisir ; par exemple l’expulsion de Mohamed Moussa (1) ou le fait qu’on a informé des accord UE-Afghanistan ait à chaque fois débouché sur des manifs appelées par les migrant.e.s devant leur ambassade, le ministère des affaires étrangères français ou celui de l’intérieur. Nous pensons que c’est ce type de prise de conscience des enjeux tant chez les premier.e.s concerné.e.s que chez ceux/celles qui sont solidaires qui nous ferons agir pour changer la situation.

Dire “nous sommes tous réfugié.e.s à l’instar d’Arendt” c’est refuser la place à laquelle on est assigné par l’État qui peut être confortable mais toujours limitée. Faire sien l’agenda de quelqu’un.e placé en dessous de soi, en dépit des risques que cela suppose et auxquels on fait face (les procès, les gardes à vue). Fraterniser sérieusement, c’est s’exposer à être traité “presque comme” un.e migrant.e par l’État mais c’est aussi, avoir accès et apprendre tout un tas de choses extraordinaires. C’est peu de dire que depuis deux ans on a fait des rencontres et on a fait face à des situations impossibles ou inimaginables. C’est pas toujours joyeux, mais je crois que ça traduit le fait qu’on essaye simplement de prendre acte qu’on fait partie du monde tel qu’il est, et pas seulement d’un bout ou d’une partie qui n’aurait rien à voir avec les autres.

Pour moi, c’est une façon d’affirmer et d’acter le fait qu’il n’y a pas plusieurs catégories d’êtres humains, que cette planète est à tout le monde et donc, sans doute, moins à nous. C’est une réflexion qui m’est venue après que Vali, un Afghan qu’on connaît, nous a appelés.

Il allait mal car il a perdu des frères dans l’attentat il y a deux jours à Kaboul.

Au même moment nous renvoyons des gens là-bas.

Ces morts sont les nôtres et le fait qu’on les pleure ici ensemble, comme le fait que le collectif soit membre du réseau contre la guerre (et donc nos guerres) participe de la volonté vaille que vaille de résister et de vivre ensemble pour, peut-être un jour, pouvoir respirer nos rêves.

L’Émancipation : Comment participer ? Quelles manières de s’engager ?

H  : Je dirais que c’est à la carte. Tout le monde de là où il ou elle est, et en en fonction de son appétit politique peut faire quelque chose. Du fait de la situation il me semble important pour qu’il n’y ait pas de perte d’être juste un peu au clair par rapport aux institutions, à la mairie et l’État qui mènent une véritable guerre aux migrant.e.s. Il faut quand on est solidaire quand on lutte pour l’Égalité des droits assumer le fait qu’il va y avoir un conflit avec l’État.

Les façons de le porter et de lutter ensuite peuvent varier. Nous on assume des actions de désobéissance civile, d’autre non par exemple. Je suis d’avis de ne rien s’interdire, de faire feu de tout bois. Tout est utile : accompagner quelqu’un.e en préfecture pour lui éviter de se faire rafler, aller avec quelqu’un.e à l’hôpital, être présent.e sur une rafle pour filmer la police, témoigner des violences ou des maltraitances partout. Héberger quelqu’un.e si on en a la possibilité, car beaucoup de réfugié.e.s statutaires se retrouvent à la rue. Nous avons aussi besoin de gens pour aller assister à des audiences au tribunal, visiter des retenu.e.s, aller à l’aéroport pour empêcher des déportations…

Je crois cependant que l’important c’est de sortir, de se rencontrer entre Français.es et étranger.e.s. Pour agir, mais aussi simplement pour boire un coup, regarder un match de foot ou en faire un. Exister ensemble et pas juste derrière des écrans me parait important. Parce que ça isole aussi parfois les réseaux dit sociaux.

De plus aujourd’hui on assiste à des franchissements de seuils très importants tant dans la répression des migrant.e.s que dans la criminalisation des gestes de solidarité.

Comme je sais que cette revue est lue par des profs je dois vous dire qu’on a besoin de gens au CASNAV, dans les écoles, les collèges et les lycées pour nous aider à scolariser des personnes. Le fait que des exilé.e.s soient entouré.e.s par des personnes des institutions protège et aide, s’il le faut, à monter une mobilisation contre une expulsion. Donc, contactez nous, on a plein d’idées sur les trucs à faire avec des profs.

A : La plupart des associations ou collectifs ont un site ou une page facebook qui leur permet de s’organiser. C’est une lutte dans laquelle le politique est intimement lié à la rencontre, au soutien matériel. La rencontre met des visages sur la tragédie, et mène à une implication forte, comme si on se battait à titre personnel. Pour nous, tout est politique, ou du moins, tout peut être prétexte à de la politique. Distribuer des petits déjeuners est l’occasion de rencontrer des personnes, signaler des mineur.e.s isolé.e.s, faire de l’information juridique ; donner des cours de français, c’est offrir la possibilité de s’y retrouver un peu mieux, de pouvoir se débrouiller seul.e ; accompagner quelqu’un.e à l’hôpital ou à la préfecture, c’est ré-humaniser les personnes exilées dans le regard d’institutions qui parfois, ont oublié qu’elles s’adressent à des humains. L’association Paris d’Exil (www.parisdexil.org, rubrique “agir”) répertorie la plupart des initiatives parisiennes en cours pour distribuer, accompagner des familles ou des mineur.e.s dans leurs démarches, enseigner le français... Les pages facebook des collectifs/assos (La Chapelle Debout ; Paris d’Exil ; United Migrants ; BAAM ; Collectif Solidarité Réfugiés Wilson...) appellent régulièrement à contribution pour être présent.e au tribunal, participer à des actions contre les expulsions, à des visites en CRA... Enfin pour toutes celles et tous ceux qui ne sont pas à Paris, le site Sursaut Citoyen vise à répertorier toutes les initiatives citoyennes pour le respect des droits des étranger.e.s dans toute la France.

(1) https://blogs.mediapart.fr/la-chapelle-en-lutte/blog/160317/est-ce-que-vous-me-renvoyez-pour-mourir-par-la-chapelle-debout


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