Les rythmes : une question de territorialisation donc de statut des PE !

dimanche 22 octobre 2017

En permettant le retour à la semaine de quatre jours dans les communes qui le souhaitent, le ministre Blanquer a ravivé le débat sur les rythmes. Nous publions ici le point de vue d’une camarade.

Le retour aux quatre jours d’école est à nouveau possible mais commune par commune sur la base d’un Projet Éducatif Territorial (TEP) donc pas de retour à la case départ ! Une victoire, mais à la Pyrrhus.

Dès la mise en place des TAP (Temps d’Activités Périscolaires), en 2013, rares sont les enseignants qui ont accepté de gaieté de cœur de partager leur classe, de supporter et d’endiguer les changements de comportement des élèves, la perte de leurs repères concernant les règles qui varient en fonction de l’heure, des complications d’emplois du temps surtout pour les petits etc.

Une conséquence des luttes de 2013

Au regard de cette profonde détérioration, il est clair que l’annonce du retour aux quatre jours a entraîné de suite, l’adhésion de la majorité des enseignants. Un soulagement pour eux, particulièrement pour ceux et celles qui en bénéficient dès cette rentrée 2017. Cette victoire est à mettre en lien avec les manifestations et grèves contre les rythmes scolaires en 2013 ; en janvier à Paris (massives) ; en février dans toute la France, puis en mars et en novembre. Car même si ce recul du gouvernement arrive longtemps après, c’est la reconnaissance à posteriori, que la colère que manifestaient ces grèves et manifestations était justifiée. Les enseignants ont eu raison de se battre, contre la confusion des genres scolaire/périscolaire et la dégradation des conditions de vie, de travail et d’apprentissage que tous voyaient venir. Et il faut même et surtout regretter que ces grèves et manifestations n’aient pas été plus radicales, ne soient pas allées jusqu’au bout, c’est à dire jusqu’à l’abrogation du décret. Car derrière ce recul du gouvernement, partiel et très médiatisé à juste titre, celui-ci poursuit ses attaques contre le caractère national de l’Éducation. Car la territorialisation reste la base de la réforme Peillon qui s’applique toujours.

Toutes les communes sont impactées

Les promesses en 2013, concernant le périscolaire, liée à la semaine de cinq jours, ont été mirifiques. Peillon et Hollande avaient dit que tous les élèves devaient bénéficier de plus d’accès aux arts et à la culture. Accès qui devait être assuré et orchestré par les nouveaux “partenaires” au plan local de l’EN en voie de se transformer en PPP. Mais ces belles ambitions ont rencontré un obstacle de taille : la petitesse du budget alloué. Car l’austérité s’aggrave, d’autant plus que le nouveau gouvernement vient d’exiger 13 milliards d’économies supplémentaires des collectivités territoriales. Ainsi, le périscolaire (ou TAP) n’a pu remplir les objectifs assignés. C’est ce qui a fédéré la colère d’une grande majorité de ceux et celles qui y ont inscrit leurs enfants. En conséquence, annoncer le possible retour aux quatre jours contente enseignants, municipalités et nombre de parents d’élèves. Preuve en est que, sans attendre, plus de 30 ?% des communes, qui regroupent plus d’un quart des élèves mais malheureusement qu’une minorité d’enseignants sont concernées. Et la liste s’allonge jour après jour, d’autres très grandes villes comme Marseille prévoient déjà de le faire à la rentrée de septembre 2018.

Cette précipitation est la démonstration claire du rejet que cette réforme impopulaire suscite. Le gouvernement en est conscient et a profité de la période électorale pour tenter de corriger le tir afin sans doute, cela compte, de gagner l’électorat que sont les enseignants ou au moins d’en rallier une grande partie… pour mieux poursuivre l’application des autres mesures que le gouvernement veut taire.

Le maintien de la réforme Peillon

Il est important de noter qu’aucune des lois Hollande n’est abrogée. Ni la loi Peillon, avec ses contre-réformes et les mesures d’application qui la composent, ni aucune autre. Ceci d’une part. D’autre part, même si on fait comme si, aucune n’est encore entièrement appliquée. Pourtant le gouvernement utilise tous les moyens pour renforcer ces contre-réformes scélérates.

Cette petite victoire sur les rythmes ne doit pas nous démobiliser, tout au contraire. D’abord, on ne pourra mesurer l’incidence de ce retour aux quatre jours qu’après un certain temps. De plus et surtout, concernant les rythmes et la loi Peillon, toutes les déclarations de Blanquer vont dans le sens de l’approfondissement des mesures prises sous Hollande à commencer par la territorialisation !

L’importance du Projet Éducatif Territorial

Ainsi, il est précisé dans le décret Blanquer-Macron, que le DASEN, en ce qui concerne “les particularités du projet éducatif territorial...”, “… s’assure de leur cohérence avec les objectifs poursuivis par le service public de l’éducation et avec le projet d’école”. Il est dit plus loin aussi que “Les adaptations prévues au 1° et, [...] les adaptations prévues au 2° sont justifiées par les particularités du projet éducatif territorial”. Tel qu’exprimé, le PEDT semblerait être soumis au projet d’école donc répondrait aux injonctions d’ordre national. Or dans les faits, dans nos écoles c’est le contraire qui se passe. Les maîtres et l’école ne demandent plus (comme cela se faisait avant et qu’on s’attache soigneusement à le faire oublier aux nouveaux PE) à la commune de se plier au projet d’école (il y a peu c’était encore le programme ; encore une chose qu’on veut effacer de la mémoire scolaire collective). En conséquence, concrètement, c’est bien le projet d’école qui est rédigé en fonction du PEDT. On exige ainsi des maîtres qu’ils suivent les préceptes du PEDT et non l’inverse, autant pour l’élaboration du projet d’école, de leurs APC, que des animations périscolaires (distinctes des activités périscolaires ou TAP), dont ils acceptent parfois de s’occuper après l’école (rémunérés par les mairies).

Territorialisation rime avec attaque du statut de fonctionnaire !

Blanquer territorialise avec le retour aux quatre jours mais veut territorialiser plus encore au travers des rythmes annuels, ce qui contribue à la destruction programmée du statut de fonctionnaire d’état des PE. Les diviser et les fragiliser en territorialisant tout ce qui est possible, servira mieux encore l’économie avant tout locale.

En effet, ce seront les communes qui feront le choix du retour aux quatre jours. De plus, cela se fera sur la base de leur PEDT. Blanquer demande d’ailleurs aux communes d’harmoniser les horaires de leurs écoles et établissements. Et il veut poursuivre en territorialisant les rythmes annuels. Dans ses dernières déclarations aux médias, il estime que les dates des vacances, petites et grandes devraient être redéfinies. Il ouvre la boîte de Pandore et laissera sans doute la décision de ces dates de vacances se prendre soit, plus sensément, au niveau de la région, soit éventuellement, au niveau de la commune. Ainsi, il ne le dit pas mais il le pense et le suggère très fort dans Le Point du 24-7-17 et le JDD de la veille, quand il fustige “l’égalitarisme”, autrement dit, traduit en langage non managérial, le caractère national, de l’enseignement concernant l’Éducation nationale. Notre ministre a rappelé dans ses réponses à ces médias que “à chaque fois qu’on parle du rythme de l’enfant au XXIe siècle, on doit se poser la question des vacances, qu’il s’agisse de l’été ou des vacances intermédiaires. C’est un sujet plus important que celui du rythme hebdomadaire”. Les propos sont clairs et le temps de travail et le statut des maîtres sont là, clairement, dans le collimateur.

Pour conclure, les enseignants et personnels du primaire vont devoir s’affronter avec leurs syndicats, à ce nouveau gouvernement, qui va tenter de compléter le travail de territorialisation et de destruction du statut poursuivant le travail des gouvernements précédents. Cette dénationalisation fait partie d’une attaque multiforme contre le service public en général et de l’Éducation nationale en particulier qui a pour but de la dépecer pour la livrer en vrac mais plutôt en morceaux aux différents secteurs de l’économie (1). Quant aux précaires des précaires, comme toujours, ici les animateurs des TAP, embauchés temporaires des associations et des communes, sont comme d’habitude les premiers à payer les pots cassés de cette politique qui obéit au Dieu austérité.

Lutter pour défendre l’acquis que constitue l’Éducation nationale est un devoir avant tout pour les personnels et leurs syndicats.

Le recul du gouvernement, qui ne peut que nous stimuler, que constitue le retour possible à la semaine des quatre jours d’enseignement, nous montre que faire la grève et manifester notre désaccord dans l’unité de nos directions syndicales doit se faire jusqu’à satisfaction des revendications. Si tel avait été le cas en 2013, si nous avions obtenu l’abrogation de ce décret sur les rythmes que nous exigions, nous aurions évité quatre années de souffrances, tant les dégradations de nos conditions de travail sont réelles. Mais peut-être est-ce le but de nos gouvernements. Pour tuer son chien on l’accuse de la rage.

Marie Contaux

(1) Plus le service public recule, plus le temps public recule, plus le temps marchand avance. Si on veut éviter que le temps marchand l’emporte, il faut une prise en charge… il faut un partage avec les collectivités territoriales. La réforme dite des rythmes sera complétée en 2021... il faut que les 6ème et 5ème du collège aient les mêmes rythmes que l’école primaire (Christian Forestier, France Culture, 28 mai 2012).


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