Fadwa la Syrienne, la comédienne, la poète, la militante

mercredi 25 octobre 2017

“J’ai été interdite dans mon propre pays, parce qu’avec d’autres, on a demandé la liberté, la justice de manière pacifique”

Confrontée très jeune à l’oppression du peuple syrien par la dictature Assad, Fadwa Souleimane a grandi dans le refus de la soumission, exprimant au moyen de l’art son engagement politique (1).

À la tête des manifestations

Engagée dès les premiers jours dans la révolution syrienne, Fadwa était à la tête des manifestations pacifiques dans la ville assiégée de Homs (2).

Depuis hier, des perquisitions ont été menées à Homs pour m’arrêter, des gens sont frappés, torturés, pour avoir des informations et me localiser.

Je déclare ma volonté de continuer la lutte par les manifestations pacifiques et par la grève de la faim que j’ai commencée avant hier contre le siège de Homs et pour prouver les mensonges du régime sur l’existence de bandes armées, l’existence de salafistes financés par l’étranger pour déstabiliser la Syrie et exterminer les minorités. Je demande au peuple syrien de rester mobilisé et de continuer sa lutte pacifique jusqu’à la chute du régime, pour construire un État démocratique bâti sur les principes de la liberté, de l’égalité dont rêvent tous les syriens” (déclaration du 10/11/2011, jour de grève générale en Syrie).

Quand sa condamnation à mort par Bachard al-Assad a été rendue publique, “les gens de Homs m’ont priée de quitter la ville pour ma sécurité […] Je suis sortie de Homs, mais Homs n’est pas sortie de moi”.

À Paris

On a vécu la révolution, j’ai cru à l’action, pas à la parole. Je dis à mes amis : ne parle pas de la révolution, il faut la vivre”.

Les fêtes de l’ONU et des gouvernants, Les fêtes des assassins

“Tandis que diplomates et gouvernants de ce monde se préparent aux fêtes de fin d’année, en Syrie :

– les bombes du régime russe et du régime d’Assad continuent de pleuvoir sur les civils (notamment à Alep, avec très souvent une cinquantaine de morts par jour en novembre),

– plus de un million de Syriens sont assiégés par les forces du régime et les forces liées à l’Iran,

– plus de 250 ?000 prisonniers politiques sont maltraités et très souvent torturés dans les geôles de Assad. […]

Durant cette année 2016, les grands de ce monde qui parlent de « démocratie » ont accentué leur coopération contre la révolution syrienne. Ainsi, alors que depuis plus d’un an Moscou bombarde et massacre ouvertement les civils (dont les hôpitaux et écoles), Washington et Moscou ont intensément coopéré afin de trouver un accord, soutenu par le gouvernement français. […]

Nous n’acceptons aucune collaboration avec les dictateurs !

Nous voulons l’arrêt immédiat de tous les bombardements !

Nous voulons la levée immédiate de tous les sièges !

Nous voulons la libération immédiate de tous les prisonniers politiques !

La revendication du peuple syrien pour le départ d’Assad et la fin du régime, immédiatement et sans condition, est légitime.” […]

Mouvement Nasskoune (Paris, rassemblement du 10/12/2016, texte lu en arabe et en français) (3)

Art et révolution

L’art a toujours joué un rôle dans les révolutions, en France, en Russie, en Espagne…”. “La révolution syrienne ne fait pas exception.”(4).

Message To... est un docu-fiction de Rami Hassoun et Fadwa Souleimane, bâti autour d’un texte poétique Dans l’obscurité éblouissante écrit et lu par Fadwa Souleimane (5).

J’ai inséré, dit-elle, dans la poésie les slogans du peuple syrien insurgé ; j’ai enregistré l’histoire de la Syrie ancienne et celle du soulèvement d’aujourd’hui dans la poésie”. (Festival Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée, Sète, 27/07/2017).

  • Ouvrages de Fadwa Souleimane (en vente à l’EDMP)
  • Le Passage, traduction de l’arabe par Rania Samara, éditions Lansman, 2013.

    À la pleine lune ,poésie, traduction de l’arabe par Nabil El Azan, éditions le Soupirail, 2014.

    Dans l’obscurité éblouissante , poésie, éditions Al Manar, traduction de l’arabe par Sali El Jam, juin 2017.

    Fadwa Souleimane nous quitte


    Fadwa la Syrienne, la comédienne, la poète, la militante nous a quittés. Exilée à Paris depuis 2012, elle avait partagé ces deux dernières années plus d’un moment avec le collectif militant Avec la Révolution Syrienne, faisant montre de toute sa richesse d’esprit et de son engagement. Elle est d’abord intervenue dans une réunion publique du collectif puis l’a rejoint, participant à ses multiples activités (organisation de réunions publiques, tracts informant sur la révolution et la vie civile en Syrie...) dans le cadre du mouvement qu’elle avait fondé Nasskoune. En juillet encore elle participait activement au dernier communiqué élaboré par le collectif (portant sur les réfugiés syriens au Liban).

    Poète née de la révolution elle expliquait : “Quand je suis arrivée en France, j’ai tout de suite cherché à exprimer ce que je pense au moyen de l’art. Je voulais aussi témoigner pour tout le monde de mon expérience en Syrie”.

    Liant sans cesse son activité artistique et militante, elle indiquait à propos de son film Message to... réalisé avec Rami Hassoun : “Tous les hommes politiques et ceux de l’opposition sont réunis à Genève : ils discutent, décident de ne rien faire… ils décident la guerre, ils jettent le mensonge.” “C’est une guerre internationale. Il s’agit de donner une leçon à tous les peuples du monde. Vous avez demandé la liberté. Votre destin sera la guerre. Personne n’a intérêt à ce que le peuple syrien recouvre sa liberté. Ils veulent diviser le monde sur une base communautaire, le remodeler sur notre dos”.

    Consciente que les libertés démocratiques ne peuvent réellement exister qu’en renversant le capitalisme, elle précisait devant son auditoire venu l’écouter au festival de Sète en juillet : “ils ont commencé à détruire cette révolution aussi car elle a menacé le capitalisme. Et c’est interdit”.

    Malgré la maladie, elle n’avait pas perdu l’espoir  : “Mais j’ai un rêve, j’ai l’espoir aussi qu’on arrive tous, que toute l’humanité arrive au même niveau de conscience pour qu’on puisse sortir de n’importe quel système qui nous fait esclave” (Sète).

    La disparition de Fadwa est pour le collectif une immense perte et nous attriste profondément. Nous témoignons toute notre solidarité à ses proches.

    Le 21/08/2017, Collectif ARS : Alternative Libertaire, Cedetim, Émancipation, Ensemble, Forum Palestine Citoyenneté, L’insurgé, Nasskoune, NPA, UJFP, Union syndicale Solidaires


    Brèves

    7 juillet - RELAXE POUR ELIE DOMOTA !

    Message de soutien d’Émancipation à Élie Domota
    Le syndicaliste guadeloupéen Élie Domota, (...)

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