La radicalité dans l’art

Culture
vendredi 27 octobre 2017

Élisabeth Czerczuk (1) m’ayant invitée à participer à une conférence sur l’art radical, j’ai réfléchi à cette notion.
À la lueur de mon expérience multi-artistique, il s’agissait surtout, dans l’orbite de cette metteuse en scène inspirée d’art théâtral, de tenter de dégager quelques axes.

Cette radicalité doit être de contenu : celui du texte bien sûr mais, dans le cas du travail d’Élisabeth par exemple, de la mise en scène avec le travail du corps, la musique, les éclairages, les décors, etc. Ce qui nous a amenés à constater, rejoignant mon essai sur la Forme et le Fond , qu’en art c’est la forme qui fait le fond : le style et la composition en littérature, la mise en scène au théâtre, la couleur et l’agencement des lignes et des masses en peinture, etc.

Dans les formes – qu’on peut dire annexes mais ayant rapport avec le fond – s’appuyant sur les innovations des années 70, cette artiste renoue avec la disposition du lieu, notamment celle qui favorise le mélange du public et des acteurs, le “fond” ici étant le rétablissement d’une égalité dans l’accès à la création par l’abolition de la frontière “religieuse” entre la scène et la “salle”.

Lié à tout cela, l’engagement politique au sens général du mot : à travers ces formes-fonds proposer l’utopie d’un monde plus juste dont oppression et domination doivent disparaître. C’est le cas de Dementia Praecox remettant en question la psychiatrie comme avait fait Peter Brook à partir du texte de Peter Weiss avec son Marat Sade mais aussi le cas aussi de toutes nos réalisations féministes dans ce domaine comme dans celui de l’art en général.

En ce qui concerne ma pratique – mais c’était aussi celle d’Armand Gatti – sacrifier l’enjeu économique à la diffusion la plus large possible, ce qu’inclut la notion d’engagement sur le plan culturel. La plus belle expérience récente sur ce plan fut sans doute celle de La Flèche d’Or dans les années 2000 : une caisse à tarif libre à l’entrée tenue par les artistes eux-mêmes, équivalent collectif du “chapeau” des cafés-spectacles et de la rue (2).

Enfin, partie intégrante de cet art de la libération – rejoignant l’opposition soulignée par Artaud entre théâtre occidental et théâtre oriental – le décloisonnement des disciplines : musique, danse, poésie, peinture convergeant vers “l’homme/la femme-théâtre”.

Marie-Claire Calmus

(1) Metteuse en scène polonaise, élève de Kantor. On trouvera dans l’Émancipation des critiques de ses spectacles dont le dernier est Dementia Praecox.

(2) Voir le calendrier du CIRA (Centre international de recherche et d’information sur l’anarchie) sur le théâtre libertaire, dont la page Janvier est consacrée à mes activités.