Festival de Douarnenez 2017

Culture
dimanche 29 octobre 2017

Cette année le thème du festival de Douarnenez était “les frontières”. Pendant huit jours, un groupe composé de militantEs du GASPROM, l’ASRTI de Nantes, et de migrantEs africainEs, habitantEs des squats nantais pour beaucoup, y était attendu. L’accueil fut plus que chaleureux, conformément aux traditions douarnenistes !

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Toute la semaine fut irriguée par le flux des rencontres et des découvertes : culinaires, musicales ou chorégraphiques (le fest-noz bien sûr, mais aussi un véritable tour du monde des danses : mambo, salsa, tangos, zydecos, etc.). Des découvertes de la Bretagne aussi, notamment pour les copains et copines exiléEs. CertainEs sortaient de Nantes pour la première fois et Douarnenez, la mer, sous ce soleil chaud et doux, fut un émerveillement. Mahamadou, un militant de longue date au sein du collectif des squats nantais, confiait que ce séjour restait son meilleur moment depuis son arrivée du Mali en France.

Rencontres avec le cinéma

Disposant d’un pass pour la durée de la semaine, certainEs des copains et copines exiléEs, dont les finances ne permettent pas l’accès aux salles obscures habituellement, s’en sont donnés à cœur joie, enchaînant les séances en sautant parfois les repas. Tous et toutes furent d’ailleurs abondamment sollicitéEs pour participer aux nombreux débats, “palabres”, “échappées sonores” à la radio, etc. On peut mesurer à quel point ce manque d’accès à la culture nous prive tous et toutes d’échanges et d’apports inestimables.

Découvertes filmiques, donc :

Frontières entre peuples autochtones et colonisateurs

Témoignant de celles-ci Sami blood , premier film en langue sami du sud. Il retrace les terribles ruptures identitaires, culturelles, familiales qu’une jeune fille sami doit effectuer, dans un contexte de violences racistes et machistes, afin de réaliser son ambition : devenir professeure.

Frontières toujours présentes entre indiens Mohawks et Québécois dans Pluie de pierres à Whiskey Trench , qui décrit la terreur éprouvée par les femmes, les vieillards et les enfants de Kahnawake, attaquéEs à jets de pierres par les CanadienNEs françaisES sous l’œil impassible de la police, alors qu’ils et elles fuient leur village envahi par l’armée canadienne à la suite de leur rébellion contre l’installation d’un terrain de golf sur l’emplacement d’un cimetière sacré. Le débat qui suivit, mené par Anis Obonsawin, la réalisatrice, a mis en évidence l’importance des rares soutiens québécois à leur cause, et l’impunité dont ont joui les coupables de cette barbarie et, malgré tout, l’espoir récent des Mohawks face à l’évolution de la jeunesse et du système éducatif. Mais les frontières sont aussi dans les têtes et l’idée reste bien ancrée chez la plupart des CanadienNEs françaisEs et AnglaisEs colonisateurs qu’ils et elles ont bâti seulEs et de leurs mains ce pays. Ce film est la démonstration implacable du contraire.

Frontières dans les têtes

Avec Fix me , désopilant film de Raed Andoni, un Woody Allen palestinien, qui cherche désespérément à se défaire de ses migraines. Le premier docteur consulté lui délivrera cette simple prescription : “allez donc voir nos dirigeants et ceux d’en face”.

Découverte aussi de la douleur possible d’être d’un lieu sans frontières, souffrance qui peut conduire à la folie, à travers les errances circulaires de certains habitants du Haut-Karabagh, entre Azerbaïdjan et Arménie, dans le film Les éternels de Pierre-Yves Vandeweerd.

Frontières entres les sexes

De nombreux films abordaient les traumatismes infligés aux personnes inter-sexes ou transgenres, comme le saisissant Entre deux sexes de Régine Obadia. Une résidence sur ce thème s’est tenue à Douarnenez avant le festival et son bilan y était présenté.

Frontières entre les classes

Qui traversent tous les films présentés et qui s’incarnaient magnifiquement dans la section “Luttes et cinéma en Bretagne”, à travers les films de Jean-Louis Le Tacon sur la grève du Joint français, la guerre du lait ou du cochon entre autres.

Frontières entre les langues

Entre sourds et entendants : à Douarnenez tous les films, débats, etc. sont traduits simultanément en langue des signes, des cours sont proposés et des conversations naissent au fil des rencontres entre sourds et entendants. C’est possible et c’est formidable !

Le festival est l’occasion d’entendre pratiquées des langues du monde entier. Certaines doivent se battre pour être reconnues, ce dont témoigne le film Mohawk Mon nom est Khenhiosta, Sami Blood ou bien La parole assassinée d’Alyson Cleret sur la perte du breton.

Douarnenez, un lieu vivant, un moment de luttes

Les débats ont été innombrables, non seulement ceux inscrits au programme, mais ceux, plus informels nés de la vie même du festival : débats sur le “misérabilisme” possible autour de la question des immigrations et de la douleur infligée par ces spectacles aux victimes elles-mêmes ; ou bien débats surgis de l’actualité de cet été : l’annonce par le gouvernement Macron de l’arrêt des emplois aidés a suscité affiches, débats impromptus, conférences de presse et ripostes immédiates initiés notamment par le cinéma “Le Club” qui perdait deux employés. Sa directrice est elle-même à ce poste à l’issue d’un emploi aidé.

Le festival s’est conclu pour notre part sur de multiples projets, sur Nantes, pour l’édition 2018 du Festival, pour la revue L’Émancipation , etc., etc.

Kenavo Douarnenez, trugarez ha ken ar bloaz o tont !

Au revoir Douarnenez merci et à l’année prochaine !

Laurence Ortega