La réconciliation palestinienne

vendredi 1er décembre 2017

La division de la Palestine qui n’a pas d’État, mais a deux gouvernements rivaux, c’est la grande victoire d’un occupant qui a programmé la fragmentation de la Palestine. Aujourd’hui on assiste à un rapprochement des deux “frères ennemis” Hamas et Fatah.

Des gouvernements d’Union nationale, il y en a déjà eu. En 2006, il y avait eu un gouvernement d’union dirigé par Ismail Haniyeh du Hamas puisque ce parti avait gagné les élections. L’Europe et la “communauté internationale” avaient alors puni collectivement la Palestine d’avoir “mal” voté et avaient coupé les vivres, provoquant le chaos. Cette même “communauté internationale” avait incité le Fatah à tenter un coup d’État à Gaza et par contrecoup, le Hamas avait pris le pouvoir.

En avril 2014, nouvelle tentative de gouvernement d’union. Cette union est certainement une des raisons de l’attaque israélienne deux mois plus tard. L’opération “Bordure Protectrice” dévastera Gaza (2400 mortEs) et le gouvernement d’union n’y survivra pas. De toute façon, soyons sans illusion : un gouvernement d’union, ce sont souvent des ministres proches du FMI. En deux mois d’existence, ce gouvernement éphémère de 2014 aura eu le temps de supprimer la formation des maîtres.

Est-ce que ça peut marcher cette fois-ci ?

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Tous les interlocuteurs palestiniens interrogés disent (et espèrent) que, cette fois, c’est du sérieux. La principale raison, c’est que les deux grands partis, Fatah et Hamas, ont chacun des projets politiques qui sont en échec.

Le Hamas a pu avoir par moments des soutiens politiques étrangers importants : il les a tous perdus ces derniers temps, et son allié qatari est dans une situation difficile. Son impopularité à Gaza va croissant, à la fois parce que sa répression sur le plan “moral” est refusée par une fraction significative de la population et parce que son exercice du pouvoir engendre clientélisme et corruption sur fond de pénurie généralisée.

L’Autorité Palestinienne et surtout son dirigeant, Mahmoud Abbas, sont de plus en plus discrédités comme des auxiliaires de l’occupant. La décision d’Abbas de provoquer le chaos à Gaza en cessant de payer le pétrole israélien, en baissant les salaires et en mettant des milliers de fonctionnaires à la retraite anticipée, a accru son impopularité.

S’y est ajoutée l’intervention de Mahmoud Dahlan. Ce dirigeant mafieux issu du Fatah est devenu le grand rival de Mahmoud Abbas. Alors que c’est lui qui a provoqué la défaite du Fatah à Gaza en 2007, il a signé un accord avec le Hamas. Mahmoud Abbas n’avait plus le choix.

Parmi les points de désaccord qui entretenaient la division, il y en a qui semblent faciles à résoudre : le contrôle des frontières, tous les partis y participeront. Les branches militaires, tous les partis en ont, même le Fatah.

L’Égypte a parrainé l’accord, ça devrait théoriquement permettre une réouverture de la frontière de Rafah entre Gaza et l’Égypte, aussi bien pour les humains que pour les marchandises. Là aussi, c’est l’incertitude : la frontière donne sur le Sinaï et Daesh y a tué plusieurs soldats égyptiens quelques jours après l’accord.

Le casse-tête de la gestion des fonctionnaires

Sans doute le problème qui semble le plus insurmontable, c’est celui de la fonction publique. Il y en a trois à Gaza : il y a les fonctionnaires qui travaillent (enseignantEs et personnels médicaux) et qui sont payés par Ramallah. Il y a ceux qui sont payés par Ramallah depuis 2007 à la condition express qu’ils ne travaillent pas (pour le Hamas). Et il y a des dizaines de milliers de fonctionnaires recrutéEs sur base clientéliste et payéEs par le Hamas. Jusqu’à présent, l’Autorité Palestinienne a toujours refusé de prendre en charge leur salaire. On ne sait pas si l’accord prévoit quelque chose pour eux.

Pour les PalestinienNEs, la division est une honte, nous avons souvent entendu dans les rues : “les partis ne pensent qu’à leurs intérêts particuliers et il manque à la Palestine unMandela”. Si la pression populaire fait vivre cette réunification, il restera une inconnue : que va faire le gouvernement israélien ? Attaquer comme en 2014 ?

Pierre Stambul


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