Les grands esprits

Cinéma
mardi 5 décembre 2017

Ce premier long métrage d’Olivier Ayache-Vidal est prometteur. Parfaite réussite évitant les côtés racoleurs du sujet — si souvent traité, parfois avec complaisance !

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Cette sobriété scrupuleuse est due sans doute aux conditions dans lesquelles le film a été réalisé : après une immersion d’un an du réalisateur dans un collège de banlieue. Compte aussi le choix de l’interprète principal : Denis Podalydès, au jeu subtil, intériorisé, sans effet, et de son jeune comparse Abdoulaye Diallo, remarquable.

Il n’en faut pas moins pour éviter le pathos comme l’édulcoration : c’est bien la situation authentique et le rapport entre les enseignéEs et les enseignantEs qui nous sont montrés. Je songeais qu’un tel film devrait faire partie de la formation des nouveaux et nouvelles professeurEs.

Certes le parachutage en banlieue de cet agrégé de lettres d’ Henri IV a quelque chose d’artificiel ; le scénario a dû forcer un peu, pour cette unique fois, sur la véracité. Mais il fallait aller à l’essentiel : la lente transformation d’un adulte, et pas seulement professionnelle, personnelle aussi d’où l’ouverture à de nouvelles amours si irréalisées restent-elles ainsi qu’à d’imprévues affections avec ces ados marginalisés…

Une remise en cause radicale des méthodes et des croyances pédagogiques

Je ne sais si enseigner dans les grands lycées parisiens se fait encore de cette manière terriblement archaïque et désespérée dans ces petits jeux sadiques mais mon expérience — moins éprouvante que celle vécue par le personnage — du métier en banlieue* me fait applaudir des deux mains, et parfois les larmes aux yeux, au parcours qui nous est ici présenté : une invention perpétuelle pour rejoindre le monde des élèves et du coup une remise en cause radicale des méthodes et des croyances pédagogiques comme existentielles avec le sens aigu de la nécessaire réparation de l’injustice sociale.

Implacable aussi, loin des clichés à la mode, et pouvant faire l’objet d’un débat public, le constat de l’attitude de certainEs jeunes enseignantEs incapables de cette épuisante révolution et abandonnant le navire, quitte à rejeter, avec les élèves, le copain ou la copine d’hier qui lui a résisté victorieusement.

Remercions cet auteur pour ce beau travail insufflant de l’espoir, de la joie, de l’amour dans un monde d’isolement et de détresse et souhaitons-lui, souhaitons-nous, sur d’autres sujets cruciaux, des oeuvres de même facture !

Marie-Claire Calmus

  • Les grands esprits , film d’Olivier Ayache-Vidal, 2017, 1h 46.

*Voir Paris-Mantes, éditions Éditinter, 2004.