Françoise Héritier

L’ethnologue, anthropologue et féministe Françoise Héritier est morte dans la nuit du 14 au 15 novembre à l’âge de 84 ans.
jeudi 21 décembre 2017
par  Catherine

Dans sa dernière interview au Monde, Françoise Héritier affirmait, à propos de l’affaire Weinstein : “Que la honte change de camp est essentiel. Et que les femmes, au lieu de se terrer en victimes solitaires et désemparées, utilisent le #metoo d’Internet pour se signaler et prendre la parole me semble prometteur. C’est ce qui nous a manqué depuis des millénaires : comprendre que nous n’étions pas toutes seules ! Les conséquences de ce mouvement peuvent être énormes. À condition de soulever non pas un coin mais l’intégralité du voile, de tirer tous les fils pour repenser la question du rapport entre les sexes, s’attaquer à ce statut de domination masculine et anéantir l’idée d’un désir masculin irrépressible.”

Des différences imposées par l’homme depuis Neandertal

Spécialiste des questions touchant à la parenté, au mariage, à la famille, aux liens entre sexe et genre, son champ de recherche s’est particulièrement porté sur l’étude de la domination masculine et de la valence différentielle des sexes. Ce travail, présenté dans Masculin-Féminin I (Odile Jacob, 1996) et Masculin-Féminin II (Odile Jacob, 2002), a démontré que les différences physiques entre les femmes et les hommes n’étaient pas des données biologiques originelles, donc naturelles, justifiant la domination, mais des différences construites imposées par l’homme depuis l’ère de Neandertal, notamment liées au fait que ce dernier a voulu s’approprier le ventre des femmes.

En dehors de ses nombreux travaux et publications d’ethnologie puis d’anthropologie, elle écrit Le sel de la vie (2012), Le Goût des mots (2013) et enfin Au gré des jours (2017), tous édités aux Éditions Odile Jacob
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Une femme engagée

Engagée dans la lutte contre la discrimination, elle a pris part, ces trente dernières années, aux réflexions institutionnelles sur les grands débats de société, à la tête du Conseil national du Sida et au comité consultatif d’éthique notamment. Ses travaux sur la parenté ont nourri la réflexion sur l’accouchement sous X, l’adoption, la procréation médicalement assistée. Elle fut la deuxième femme élue professeure au Collège de France après Jacqueline de Romilly.

Redécouvrons son œuvre dont les thèses révolutionnaires, continuellement combattues par les tenants de la domination masculine, continueront à irriguer la société.

A. C.

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 4/12/2017 page 7