Or noir

dimanche 24 décembre 2017
par  Catherine

À la demande générale (!), je vais vous parler de ma dernière lecture, OR NOIR, La grande histoire du pétrole, de Matthieu Auzanneau. Comme le titre l’explicite il s’agit de l’histoire du pétrole, son origine, l’utilisation qui en a été faite depuis l’antiquité et les conséquences qui en résultent.

La recherche du pétrole et son utilisation, à partir du XIXe siècle, va bouleverser la production de biens par l’accaparement d’une source d’énergie peu coûteuse, facile à prélever et à transporter et qui se trouve en quantité apparemment sans limite. Cette source d’énergie va démultiplier les moyens mécaniques de production et, en retour, les besoins en pétrole de l’industrie, des transports, etc. vont augmenter continuellement.

La construction de ce modèle productiviste a été menée par des groupes capitalistes qui ont, dès le XIXe siècle, imprimé leur contrôle sur le développement des forces productives, sur les grandes banques et, aussi sur la politique des grandes puissances (USA et Grande-Bretagne, principalement). Les deux principaux “pionniers” de “Big Oil” sont, à l’origine, Rockfeller et Rothschild, le premier en Pennsylvanie, le second à Bakou. L’un et l’autre, à partir de méthodes de brigands, ont construit des empires qui ont progressivement réalisé des recherches et des exploitations un peu partout dans le monde et ont bâti les empires bancaires les plus puissants.

Le rôle du pétrole et de ces compagnies ont été décisifs au cours de la Première Guerre mondiale puis de la Seconde, tout autant au cours des suivantes. Les crises de surproduction, comme en 1929, tiennent, entre autres, à la débauche de pétrole utilisable pour une industrie euphorique manquant de débouchés.

Les diverses complicités, depuis la Seconde Guerre mondiale, entre l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Irak et les États-Unis, qui suivront des trajectoires forts sinueuses contradictoires et même conflictuelles, sont fondamentalement liées au besoin insatiable de pétrole de la première puissance mondiale dans un temps où elle épuise ses ressources propres. La mise en place du Shah en Iran après la prééminence des compagnies britanniques, le soutien de l’Irak pendant la guerre contre l’Iran, les guerres contre l’Irak, tous ces événements sont liés à la politique d’approvisionnement en pétrole.

Le rôle que jouent les compagnies est flagrant sachant que les présidents des États-Unis, depuis la Seconde Guerre se trouvent mêlés de très près au monde du pétrole ainsi que leurs ministres, conseillers, etc. Les hommes en charge, à la sortie de la guerre, de l’organisation pratique de l’ONU, de la Banque mondiale et du FMI sont tous trois directement en rapport avec “Big Oil”.

Il reste que, les réserves de pétrole n’étant pas illimitées, les compagnies vont devoir investir de plus en plus pour assurer le ravitaillement de la société de plus en plus dépendante du pétrole. Le premier pic pétrolier aux USA, dans les années 60, va nécessiter les forages offshore de plus en plus coûteux. Le choc pétrolier de 73, promu par l’OPEP, va leur permettre de rassembler les sommes nécessaires pour exploiter ces nouvelles sources. Depuis, d’autres chocs ont eu lieu, les variations de prix sont de plus en plus violentes et rapprochées. Les raisons sont multiples, mais les principales tiennent aux difficultés de plus en plus importantes à trouver de nouvelles sources de brut et aussi de nouveaux moyens d’extraction (plate-formes offshores profondes – plus de 2 000 m, gaz de schistes, sables bitumineux, etc.) dans un monde où les pics pétroliers se suivent (USA, Mer du Nord, Mexique, Venezuela, URSS).

La conclusion de ce livre extrêmement documenté et qui ne laisse aucun événement hors du champ de son sujet, est que le moment est proche où, les pics se multipliant, cette source d’énergie sera plus rare et plus chère. L’auteur pense que le charbon prendra le relais prochainement. Cela ouvre des perspectives extrêmement pessimistes entre effondrement de l’économie mondiale sevrée de son carburant et la destruction des équilibres écologiques par la consumation du pétrole qui reste et du charbon.

Michel Bonnard

Matthieu Auzanneau tient un blog depuis 2010 sur le Monde.fr qui apporte de nombreux éléments extrêmement intéressants :
http://petrole.blog.lemonde.fr/
Sur ce blog :
http://petrole.blog.lemonde.fr/peak-oil-le-dossier/

OR NOIR, la grande histoire du pétrole, Matthieu Auzanneau, La découverte, 2015, 26€.

À commander à l’EDMP (8, impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com).

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 4/12/2017 page 13