Un mois dans le monde

mercredi 27 décembre 2017

Glyphosate

Ma génération se souvient de la campagne effrénée de publicité il y a près de 50 ans pour les “enzymes gloutons”. Ces petites bêtes étaient censées bouffer la saleté du linge. On oubliait juste de dire qu’elles foutaient aussi en l’air les nappes phréatiques et avaient été interdites aux États-Unis puis en Allemagne. Du coup, ces pays avaient revendu leur stock à la France. Coupable de cette ancienne pollution à très grande échelle : la firme Unilever. Avec le glyphosate, on a affaire à Monsanto. Ce produit est cancérigène. Il contamine l’air et l’eau. Des paysan-ne-s, aveuglés par l’agriculture industrielle et une FNSEA hyper productiviste, en redemandent (sauf ceux et celles qui en crèvent). L’Union Européenne a des “experts”. Dans cette Europe des patrons, ces experts sont bien souvent liés aux multinationales. La décision urgente d’interdire cette saloperie n’est toujours pas prise et le précédent de l’amiante n’aura servi à rien. Quant à Nicolas Hulot, comme dit son ex-ami Yannick Jadot, ce ne sont plus des couleuvres qu’il avale, mais des boas constrictors.

Arabie Saoudite

Le roi Salmane a 82 ans. Dans sa carrière bien chargée, il a fourni de l’aide et de l’assistance à Al-Qaïda, avant et après le 11 septembre 2001. Il a été le principal “parrain” d’Oussama Ben Laden. Son règne est ponctué par un rythme soutenu d’exécutions capitales et de tortures. Ce grand ami de l’Occident a décidé, le 21 juin dernier, de destituer le prince héritier et de le remplacer par son propre fils Mohamed Ben Salmane (MBS) âgé de 31 ans.

À peine au pouvoir, MBS a entrepris une purge sans précédent en faisant arrêter des dizaines de princes, ministres ou hommes d’affaires saoudiens pour “corruption”. Si vous avez quelques millions de dollars dans votre bas de laine, il y a des hôtels luxueux de Beyrouth en vente depuis que les princes qui les possédaient sont en prison. MBS n’est pas vraiment le “Gorbatchev” de ce régime féodal et patriarcal. La guerre du Yémen avec ses milliers de mort-e-s et à présent l’arrivée de la famine et du choléra, c’est lui. L’homme qui a décidé de domestiquer le Qatar et de mettre toute sa puissance financière pour abattre son concurrent dans la région (l’Iran), c’est lui. L’homme qui propose ouvertement à Israël une alliance, c’est toujours lui. Dernier épisode en date : MBS s’acharne à rallumer la guerre civile libanaise. Il a obligé le Premier ministre libanais Saad Hariri à démissionner et à dénoncer le rôle de l’Iran au Liban. Cette démission a eu lieu à Riyad, comme pour bien indiquer qui prend les décisions. Depuis Hariri est venu en France sans qu’on lui demande de payer les 20 millions de dollars qu’il doit à des salariés et organismes français car l’homme de l’Arabie Saoudite est aussi un homme d’affaires de son temps. Dans la désagrégation du Proche-Orient où Daesh est en recul, MBS s’annonce comme le principal incendiaire.

Zimbabwe

Mugabe a 93 ans dont 37 ans au pouvoir. Il a dirigé un véritable nettoyage ethnique dans le Matébéléland dans les années 1980 qui a provoqué des dizaines de milliers de mortEs. Chaque fois qu’il a été mis en minorité ou contesté par des mouvements sociaux, il a eu recours au coup d’État, aux arrestations massives, aux disparitions d’opposantEs. Les anciennes terres coloniales exploitées par les Blancs ont été systématiquement données à ses partisans. La situation économique aujourd’hui est au-delà de la catastrophe : hyperinflation et quasi-totalité de la population dans la pauvreté et sans emploi.

Finalement, Mugabe est chassé du pouvoir par son propre camp : l’armée, les vétérans de la guerre d’indépendance et son parti politique (la ZANU-PF). Pourquoi ? Parce que le 6 novembre, Mugabe a évincé son vice-président, Emmerson Mnangagwa, pourtant compromis dans tous les coups tordus du régime, au profit de sa femme.

La mise sur la touche du dictateur a provoqué des manifestations de joie particulièrement massives. Qui va gagner, la population ou les héritiers du régime qui essaient de faire oublier leur passé ? C’est l’enjeu de la période qui s’ouvre.

Barzani

La déclaration d’indépendance du Kurdistan irakien, pourtant ratifiée par le plébiscite du 25 septembre, débouche, pour son initiateur Massoud Barzani, sur un échec total. Dès la proclamation de cette indépendance, les troupes irakiennes ont repris, parfois avec des combats meurtriers, la ville de Kirkouk et les champs pétrolifères. Le Kurdistan irakien se retrouve sans ressources et isolé. Du coup, le Parlement Kurde a mis un terme au pouvoir présidentiel de Barzani (dont le mandat aurait dû se terminer en 2013). Silencieux jusque-là, les partis d’opposition sont vent debout contre le parti du président. Celui-ci a démissionné le 29 octobre.

Espagne/Catalogne

Je ne sais toujours pas si je suis pour ou contre l’indépendance de la Catalogne. J’aurais tendance à répondre comme une célèbre militante anticolonialiste israélienne (Nurit Peled) à qui on demandait si elle était pour un ou deux États et qui avait répondu : “pourquoi pas zéro État ?”. La population de la Catalogne est partagée. Ada Colau, maire (Podemos) de Barcelone et même des animateurs/trices du camp indépendantiste critiquent sévèrement la stratégie de Puigdemont. Mais ce qui est ahurissant et totalement insupportable, c’est de voir les dirigeantEs d’un courant représentant à peu près la moitié de la population catalane en prison. On aurait tort de croire que la nostalgie musclée du franquisme se limite à la Catalogne. Le rappeur majorquin Valtonic a été condamné à trois ans et huit mois de prison pour “apologie du terrorisme” et pour “graves insultes à la couronne espagnole”.

Israël/Palestine

Le 30 octobre, les Israéliens ont attaqué et détruit, avec de nouveaux moyens technologiques et des gaz toxiques utilisés pour la première fois un tunnel creusé depuis Gaza. Certain-e-s diront :“et pourquoi les Gazaouis creusent des tunnels ?” et je répondrai que dans toutes les prisons du monde, on cherche à s’évader et que, sans la résistance armée, la bande de Gaza aurait été totalement occupée et détruite lors de l’attaque de 2014 (“Bordure Protectrice”). L’attaque a provoqué la mort de plusieurs dirigeants de la branche armée du Jihad Islamique et de combattants du Hamas venus à leur secours. Le tunnel était connu depuis longtemps des Israéliens, l’attaque avait essentiellement pour but de provoquer une riposte pour donner un prétexte à une nouvelle attaque et pour torpiller la réconciliation palestinienne. Les deux groupes armés ne sont pas tombés dans le piège. Pendant ce temps, les dirigeant-e-s israélien-ne-s profitent à fond de leur impunité : ils/elles ont interdit à une délégation d’éluEs françaiSEs (dont Pierre Laurent et Clémentine Autain) de venir en Israël/ Palestine où ils avaient comme projet de rencontrer Salah Hamouri et Marwan Barghouti. L’an prochain en France, c’est l’année d’Israël (si, si !!!). Rendons-leur la monnaie de la pièce en empêchant tout dirigeant israélien de se rendre en France. Israël a de grands alliés. La ville de Dickinson au Texas avait décidé d’indemniser les victimes de l’ouragan Harvey à condition qu’ils s’engagent par écrit à ne pas boycotter Israël. Face au tollé, les initiateurs de ce texte ont reculé et parlent “d’erreur” …

Pierre Stambul


Brèves

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