Un mois dans le monde

mercredi 24 janvier 2018

Yémen

Cette guerre n’est pas religieuse et on a du mal à comprendre son fond politique. Sa cruauté est juste le résultat de la désagrégation des États dans la région et des prétentions hégémoniques du voisin saoudien. Les féodaux d’Arabie Saoudite prétendent combattre les Houthis “hérétiques” et liés à l’Iran, mais ils ont soutenu pendant des décennies une dynastie houthie. Les habitant.e.s du Yémen du Sud ont vécu pendant des années dans un régime marxiste. Leur région se partage à présent entre les islamistes liés aux Saoudiens et ceux liés à al-Qaïda qui sont parfois les mêmes. Les Houthis ont participé à la lutte pour la démocratie en 2011-12 qui a fait tomber l’ancien dictateur Ali Abdallah Saleh (au pouvoir depuis 1978). Ils se sont ensuite alliés avec lui avant que cette alliance ne se brise. Les Houthis ont tué Saleh, le 4 décembre, et la milice de l’ancien dictateur s’est ralliée au camp saoudien.

Lafarge et Macron

Pour celles et ceux qui croient en la moralité des patrons, la déception doit être intense. Pour continuer à exploiter leur cimenterie syrienne, les dirigeants de Lafarge auraient versé plusieurs centaines de milliers de dollars à Daesh. Vraiment, à qui se fier ?

La France aurait-elle compris qu’on ne fait pas n’importe quoi dans la région ? Pas vraiment : le bilan de la visite de Macron au Qatar est impressionnant. 12 avions Rafale supplémentaires, 490 blindés sans compter le métro de Doha. Si la brouille Qatar/ Arabie Saoudite dégénère, c’est à coup d’armes françaises que la bataille se déroulera. Cocorico !

Égypte

305 personnes ont été massacrées le 24 novembre dans la mosquée soufie de Bir al-Abed, au Nord du Sinaï. Les assaillants ne sont pas venus de l’extérieur. Depuis des années, plusieurs tribus bédouines de la région, estimant être abandonnées par le régime, se sont ralliées à divers groupes djihadistes. Les migrant.e.s qui traversent le désert sont rançonné.e.s et torturé.e.s et les attentats suicides contre l’armée se multiplient. En mettant hors la loi et en persécutant les Frères Musulmans qui n’étaient jamais sortis de la légalité, la dictature de Sissi alimente le djihadisme dans le pays arabe le plus peuplé.

Catalogne

Empêcher un référendum et mettre en prison les dirigeants indépendantistes aura juste servi à réduire l’électorat de Rajoy à quasiment rien. Les anti-indépendantistes se sont repliés sur un parti de droite qui sert de porteur d’eau à Rajoy : Ciudadanos. Mais la réalité est têtue : les indépendantistes restent majoritaires. C’est quand même une gigantesque claque au néo-franquisme, quoi qu’on pense de l’indépendance. Il faut à présent exiger la libération sans condition des prisonniers politiques.

Amérique latine

Au Honduras, les premiers résultats des élections présidentielles donnaient le candidat de gauche, Salvador Nasrala assez nettement en tête. Mais il y a toujours des “miracles” inexplicables. C’est le président sortant Hernandez, l’homme de l’oligarchie, qui a été proclamé vainqueur. L’oligarchie et l’armée sont coutumières des coups tordus : elles avaient renversé en juin 2009 l’ancien président Zelaya.

Au Chili, les résultats du premier tour des présidentielles laissaient entrevoir un résultat serré. L’ancien président de droite, le milliardaire Pinera, obtient une très confortable majorité au second tour. Visiblement, une partie de l’extrême gauche, qui avait dépassé les 20 % au premier tour, ne s’est pas reportée sur le candidat du parti socialiste, sans doute parce que le bilan des différents présidents socialistes, depuis la fin de la dictature, est particulièrement décevant : ils n’ont jamais aboli toutes les mesures ultralibérales de Pinochet. À titre d’exemple, l’avortement est toujours interdit et les droits d’entrée à l’université sont exorbitants.

Japon

La peine de mort n’avait pas été appliquée pendant 20 ans. Depuis le retour au pouvoir de Shinzo Abe en 2012, on en est à 21 pendaisons. Détail sordide, le dernier condamné avait 19 ans au moment de sa condamnation et a passé 23 ans dans le couloir de la mort.

Trump

Le premier terme qui vient à l’esprit pour le qualifier est celui de “soudard”. Mais Hitler aussi procédait par fait accompli et, faute d’opposition, son ascension est devenue irréversible. On en vient à souhaiter que le procureur Robert Mueller (qui a dirigé le FBI de 2001 à 2013) qui vient de faire tomber l’ancien conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn (obligé de “collaborer”), pourra remonter jusqu’à Trump. On en vient à souhaiter que le parti démocrate soit moins moribond qu’il ne semble et que, après sa victoire surprise en Alabama, il en vienne à priver Trump de majorité parlementaire.

En attendant Trump avance. Il vient de faire un super cadeau fiscal aux milliardaires de son pays. En annonçant le déménagement de l’ambassade états-unienne à Jérusalem, il a définitivement enterré le soi-disant “processus de paix” et a déclenché une colère dans tout le Proche-Orient. Sa représentante à l’ONU a repris ses méthodes de soudard en menaçant ouvertement l’ONU de ne plus recevoir d’argent états-unien.

Israël/Palestine

Comme beaucoup de ses prédécesseurs, Nétanyahou s’approche inexorablement d’une démission forcée pour corruption. En attendant, c’est le chef de sa coalition, David Bitan, qui est tombé pour une broutille, les pots-de-vin qu’il a reçus de la mafia.

Pendant ce temps, la Palestine vit les pires heures de son histoire. Il y a eu plusieurs manifestants sommairement exécutés à Gaza, dont Ibrahim Abu Thuraya, qui avait perdu ses deux jambes pendant le massacre de “Plomb Durci” (2008/09). En Cisjordanie, les destructions de maisons et les arrestations se multiplient. La jeune Ahed Tamimi (16 ans), qui appartient à une famille de militant.e.s du village de Nabi Saleh, est en prison. Elle avait pris la parole à Bruxelles le 25 septembre à une journée sur la lutte des femmes palestiniennes, tenue au Parlement Européen.

Leila Shahid a écrit que “la phase diplomatique est terminée”. On est en droit de craindre le pire. La journaliste militante anticolonialiste israélienne, Amira Hass, pense qu’on ne peut plus exclure une nouvelle Nakba avec une déportation massive des Palestinien.ne.s.

Israël bénéficie de la complicité des féodaux du golfe : MBS qui dirige l’Arabie Saoudite, a “convoqué” Mahmoud Abbas à Riyad pour lui vendre le plan américain : quelques territoires épars qu’on appellerait État palestinien avec Abu Dis comme “capitale”. Abbas a prudemment refusé, estimant qu’il était un homme mort s’il signait.

Israël a aussi reçu un soutien sportif : le Giro d’Italie 2018 devrait partir… de Jérusalem. À nous d’empêcher cette ignominie !

Les étudiant.e.s de Science Po de Paris ont manifesté contre l’invitation faite à la présidente de la Cour Suprême israélienne. La cérémonie prévue a eu lieu à huis clos.

Une bonne nouvelle quand même : le géant des produits pharmaceutiques génériques Téva est au bord de la faillite. Les syndicats israéliens, qui n’ont jamais rien dit sur le rôle de cette multinationale contre le système de santé palestinien, ont appelé à la grève contre les licenciements prévisibles.

Pierre Stambul


Brèves

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7 juillet 2017 - RELAXE POUR ELIE DOMOTA !

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14 février 2017 - Réunion publique - Jeudi 23 février à 19h - Alep : un tournant ?

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