Basculement ?

Édito
mercredi 7 février 2018

Beaucoup ont fait l’analyse que l’élection de Macron pouvait constituer un basculement. Car il veut procéder à un démantèlement sans précédent des conquêtes sociales et démocratiques, provoquer des changements irréversibles en faveur du grand patronat et des secteurs réactionnaires de la société : le Thatcher français est là.

Mais…

En même temps, le mécontentement face à une politique qui reprend et approfondit celle des gouvernements précédents… peut déboucher sur une contestation globale et généralisée. Le feu couve sous la cendre, comme le montrent les grèves dans des secteurs pourtant surexploités et précarisés (grèves d’ONET, à Holiday Inn…). Mais aussi la conclusion de la longue mobilisation autour de Notre-Dame-des-Landes : une défaite, certes actuellement ponctuelle, des logiques capitalistes d’“aménagement” de l’espace. Alors même que l’État avait utilisé tout le panel médiatique, juridique et répressif pour faire plier les opposant-e-s.

La question qui est posée est donc de cristalliser ces refus, de porter un coup d’arrêt à ce gouvernement. Ainsi dans l’éducation : le rapport Mathiot qui vient d’être rendu officiel indique bien les objectifs de la contre-réforme projetée du lycée général et technique. Le lycée professionnel est lui aussi durement menacé (voir la présente revue et nos numéros précédents).

Il s’agit donc de construire la mobilisation et la grève pour le retrait de la réforme. Contrairement à ce qu’on peut entendre parfois dans des instances syndicales, demander le retrait d’un tel projet, considérer qu’il n’est ni négociable ni amendable… ne veut pas dire se priver d’une réflexion sur l’école publique (sauf à considérer qu’elle doit se mouler dans le cadre imposé par le pouvoir). En effet le système éducatif est déjà miné par les inégalités, la sélection sociale, des conditions de travail et d’études dégradées… en partie liées aux “réformes” récentes. Le mouvement ouvrier s’est fait le porteur d’une vision de l’école comme lieu d’une éducation intégrale embrassant l’ensemble des domaines du savoir, dans un cadre débarrassé de la concurrence scolaire, sans spécialisation professionnelle précoce. Donc un dépassement de l’école publique actuelle, dans le cadre d’une rupture avec le système capitaliste.

Mais si tout un chacun connait la situation actuelle des lycées publics, tout un chacun voit bien aussi ce que veut le gouvernement : encore plus d’inégalités, de sélection, de saccage des conditions d’études des élèves et des garanties statutaires des personnels, de destructions d’emplois d’enseignant.e.s. En d’autres termes, porter un coup majeur à la lente démocratisation, certes imparfaite et durement conquise, appauvrir de manière décisive les contenus culturels. Cela pour le plus grand profit d’un patronat qui ne désire qu’une main d’œuvre flexible et précarisée, objectif central de la récente loi “Travail”.

Dès lors, défendre une éducation émancipatrice commence par organiser l’action pour mettre en échec ce projet. L’action directe, avec comme première étape les grèves du 1er et 6 février, en partant des établissements plutôt que d’espérer gagner que ce soit dans des “concertations” surtout utiles au gouvernement. En organisant la convergence des personnels, parents, jeunes… qui commencent à se mobiliser, en réalisant l’unité de leurs organisations pour le retrait du projet ministériel.

Quentin Dauphiné

le 24/01/2018


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