Désarmons la police

vendredi 16 février 2018

Dans son rapport du 10 janvier, le Défenseur des droits préconise l’abandon des LBD 40, mais aussi “que la technique de l’encagement […] soit strictement définie par un cadre d’emploi ; dans la mesure où elle serait jugée nécessaire face à certains types de manifestants”. Nous publions ci-dessous la réaction de l’Assemblée des blessés, suivie d’un témoignage à chaud d’un militant nantais de la LDH à propos de la gestion policière de la manifestation du 20 janvier à Nantes.

Nous apprenons ce jeudi 11 janvier 2018 la remise d’un rapport du Défenseur des Droits, préconisant notamment l’abandon des LBD 40 – Lanceurs de Balles de Défense 40 –, des fusils tirant des balles en caoutchouc, qui équipent la police depuis 2007.

JPEG - 364.9 ko

1 - Le Défenseur des Droits confirme que ces armes sont particulièrement dangereuses. Depuis 2007, nous recensons plus de 50 personnes gravement mutilées au visage, ayant perdu un œil, ainsi que deux morts, suite à des tirs de LBD 40. Des centaines d’autres ont été blessées à des degrés divers par des balles en caoutchouc. Le bilan a été particulièrement lourd ces derniers mois, avec deux adolescents mineurs qui ont perdu un œil à Cachan et Asnière-sur-Seine, et un décès à Auxerre. En novembre, une manifestante nantaise frôlait l’amputation de sa jambe suite à un tir policier. Le LBD 40 est une arme mortelle et mutilante.

2 - Le Défenseur des Droits n’émet que des avis symboliques. Le président de l’Assemblée nationale, François De Rugy, s’est empressé de le rappeler en précisant que ce rapport “n’engage en rien l’Assemblée”. Cela fait des années que le Défenseur des Droits produit des rapports mettant en lumière les violences policières, et que simultanément, le gouvernement arme d’avantage ses forces de l’ordre et que ces violences s’aggravent dans l’impunité généralisée. S’il n’est pas suivi d’effet, ce rapport n’a qu’un rôle cosmétique.

3 - Il y a quelques années, le Défenseur des Droits préconisait l’abandon du Flash-Ball, la première génération d’arme tirant des balles en caoutchouc. Le gouvernement avait répondu qu’il le remplaçait par le LBD 40, beaucoup plus puissant et plus précis. Aujourd’hui, le Défenseur des Droits prône l’abandon du LBD 40, alors que de nouvelles armes encore plus dangereuses sont données aux forces de l’ordre. Par exemple le PGL-65, qui équipe déjà les CRS, une sorte de fusil mitrailleur qui permet de propulser en rafale des balles en caoutchouc et des grenades sur des civils. Du reste, il n’est désormais plus exceptionnel de voir un policier sortir une arme de service dans une situation de maintien de l’ordre. Le changement de doctrine induit par les Lanceurs de Balles a banalisé, pour les policiers, le fait de tirer sur des individus.

Nous continuons de nous battre contre le processus de militarisation de la police, et l’impunité dont jouissent les membres des forces de l’ordre auteurs de violences. Les décisions de “non-lieu” qui viennent d’être rendus suite aux décès de Rémi Fraisse, à Sivens et d’Hocine Bouras, tué d’une balle dans la tête dans un véhicule de gendarmerie, en sont les exemples les plus éloquents.

L’Assemblée des Blessés par la police,

Nantes, 11 janvier 2018

Nantes : une gestion de manif scandaleuse

Aujourd’hui 20 janvier 2018, je suis scandalisé et outré.

Alors que 1000 personnes se sont réunies à l’appel d’associations pour la plupart humanitaires qui suppléent toute l’année aux carences de l’État dans l’aide aux plus démuni.e.s, et cela pour pas un rond ou presque, la réponse des autorités préfectorales n’est pas la table ronde demandée par celles-ci, mais la mobilisation de plusieurs centaines de CRS (près de 500 apparemment) avec deux camions "lance-à-eau" et autres véhicules de transports ou autres paniers-à-salade grand format...

Entre la prime de risque, prime d’astreinte, logement (hôtels), repas, frais de transports... on en a pour pas loin de 250 euros par jour et par CRS, ce qui fait un total de 125 ?000 euros par jour plus les faux frais (gas-oil et compagnie), on peut estimer notre encadrement très serré (les CRS nous ont encadré littéralement tout au long du parcours, armes ou matraques à la main au cas où sans doute) à 150 ?000 euros/jour hors salaire, et à 450 000 euros si on compte le jour pour arriver et celui pour repartir...

Non seulement j’ai eu l’impression de revoir les images (de mon enfance à la télé) de manifestations très encadrées sous les dictatures des colonels, d’Amérique du sud au temps de Pinochet ou d’Afrique du sud du temps de l’apartheid, mais j’étais sur place encadré par des CRS prêts à se battre (contre qui ?) flash-balls ou matraques sortis, prêts à servir...

Si c’est pas de l’intimidation, je sais plus comment je m’appelle...

En plus du message de mépris – faites votre boulot humanitaire, mais fermez vos gueules ! – ce message d’intimidation policier comme seule réponse me fait penser que ma République, je ne la reconnais plus, et qu’il s’est passé quelque chose et je n’ai rien vu venir : à des ordres honteux, nous constatons une "surdité" insupportable des autorités. La priorité à l’humain affichée sur les frontons des nos immeubles officiels et inscrite dans la constitution dans son préambule ne vaut apparemment pas plus aux yeux de ces gens qu’un bout de papier-toilette... NON , non et non, je ne peux accepter cela.

Et là que faire, à part s’indigner ?...

Romuald