Un mois dans le monde

jeudi 1er mars 2018

Hassan Diab

En dehors de Notre-Dame-des-Landes, les bonnes nouvelles ne sont pas si fréquentes. Hassan Diab est libre. Cet universitaire canadien d’origine libanaise était accusé, contre toute évidence, d’être le responsable de l’attentat antisémite contre la synagogue de la rue Copernic en 1980. Il a été incarcéré en France en novembre 2014. Il aura fallu huit demandes de mise en liberté des juges et finalement un non-lieu prononcé le 12 janvier pour en arriver là. Le président du CRIF, François Kalifat s’indigne : “cette libération sans procès du principal suspect est une injure à la mémoire des victimes et une douleur supplémentaire pour leurs familles”.

On croit rêver : faire condamner sciemment quelqu’un qui est manifestement innocent, n’est-ce pas la pire des injures à la mémoire des victimes ?

Pour les amateurs d’arithmétique : j’ai eu une indemnité de 9 ?000 euros pour six heures de garde-à-vue en 2015. Hassan Diab vient de passer trois ans et demi à Fleury-Mérogis…

Davos

Pour celles et ceux qui n’en sont pas persuadéEs, la pub, c’est l’aliénation, et les maîtres du monde n’ont vraiment aucune pudeur. Le forum de Davos a pris pour devise “un avenir partagé dans un monde fracturé” !! Nous on préférerait fracturer ces requins. On n’est même pas pour partager le fric avec eux. Avec tout ce qu’ils ont piqué, une confiscation pure et simple ne serait que justice.

Panama

On a eu très peur. L’Union Européenne, dirigée par celui qui a transformé le Luxembourg en blanchisserie à fric, avait publié une liste noire des pays favorisant la fraude fiscale. Elle vient d’en retirer le Panama. Nous voilà rassurés ! En France, on légifère contre la fraude aux prestations sociales qui coûte 65 millions chaque année au budget de l’État. On n’a pas légiféré contre la fraude fiscale des plus riches qui coûte 65 milliards.

Iran

L’explosion sociale qui vient de se produire dans une quarantaine de villes du pays était spontanée. Alors que la lutte entre “conservateurs” et “modernistes” se poursuit dans le clergé chiite et que la concurrence entre l’Iran et l’Arabie Saoudite pour la suprématie dans la région contribue à ensanglanter le Proche-Orient, la population exprime sa soif de justice sociale. Elle refuse le chômage massif, la corruption, la répression et l’absence d’issue, même pour les nombreux diplômés. Les manifestations de soutien organisées par le régime cachent mal l’exaspération qui monte.

Tunisie

Le 7e anniversaire de la révolution a été douloureux. Ben Ali n’est plus là, mais sa base sociale, une bourgeoisie insolente qui essaie d’imposer l’austérité à une population paupérisée, est toujours au pouvoir. La police ne dépend plus de Ben Ali, mais elle est toujours aussi violente. Il y a eu un mort à Tébourba. Le parti islamiste Ennahda ne domine plus l’État, mais ses conceptions obscurantistes demeurent : un Français et son amie tunisienne ont fait de la prison pour un baiser dans la rue. Pourquoi la Tunisie ne s’en sort pas ? Peut-être avant tout parce que les institutions internationales continuent à lui imposer le même système, la même obligation de privatiser, de liquider les services publics et de servir de sous-traitant au monde occidental.

Turquie

Au moment de la bataille de Kobané (2014-2015), les forces turques toutes proches avaient laissé faire “l’État Islamique” et il s’en était fallu de peu que cette ville ne subisse le sort tragique de Mossoul et de Raqqa. Pire, tous les témoignages montraient à l’époque qu’un trafic intense d’armes et de carburant venu de Turquie alimentait Daesh.

Cette fois, l’armée turque intervient, mais contre les Kurdes de Syrie. Elle a envahi le canton d’Afrin. Elle a trouvé un allié : le groupe Tahrir Al-Cham, issu d’Al-Qaida. Elle semble avoir obtenu (à Astana) de la Russie et de l’Iran, alliés indispensables du dictateur Bachar Al-Assad, leur neutralité. Et bien sûr, comme la Turquie est membre de l’OTAN, l’Occident laisse faire.

Diplomatie

Le vote à l’ONU sur “Jérusalem capitale d’Israël” a montré un grand isolement de Trump. Même ses alliés européens l’ont lâché. Qui sont les exceptions ? Citons le Guatemala. Pendant la “sale guerre” dans les années 80 qui fit 200 ?000 morts dont une grande majorité de Mayas, il y avait (d’après la presse israélienne) près de 300 conseillers militaires israéliens auprès des escadrons de la mort. C’est donc quelque part un vote de reconnaissance de l’oligarchie. Il y a aussi l’île Nauru qui risque de disparaître avec le réchauffement climatique. L’explication est plus simple : un chèque de 72 ?000 dollars (toujours d’après la presse israélienne).

Palestine

Enfin ! L’OLP a fini par admettre l’évidence : les accords d’Oslo et la “solution à deux États” ont été une gigantesque tromperie permettant au rouleau compresseur colonial d’avancer. L’OLP ne reconnaît plus Israël et songe à revendiquer un État unique, ce qui était la position de l’OLP avant 1988. Elle n’a pas obtenu le soutien de l’Europe. Celle-ci financera l’UNWRA (l’office des réfugiés de l’ONU) à qui Trump a coupé les vivres. Mais l’Europe continue à affirmer, contre toute évidence, que la solution viendra de “négociations directes” entre le renard (l’occupant) et la poule (l’occupé) !

Seul bémol à la décision palestinienne : l’accord de réconciliation prévoyait l’entrée du Hamas et du Jihad islamique dans l’OLP. Ils n’y sont toujours pas. Le Jihad exigeait la fin de la “coopération sécuritaire” avec l’occupant. Cette décision n’a toujours pas été prise.

Israël

Comment ne pas parler de fascisation ? L’historien Zeev Sternhell (pourtant sioniste), qui est un spécialiste de l’histoire du fascisme, montre les ressemblances idéologiques entre sa société et l’Allemagne au moment de la montée du nazisme.

En quelques mois, l’armée israélienne a tué plusieurs enfants ou adolescents. Elle a envahi le camp de Jénine (deux morts). Les arrestations se sont multipliées. La députée Khalida Jarrar (FPLP) a vu sa détention administrative (donc sans jugement) prolongée de six mois. Un prisonnier (Hussein Attalah) vient de mourir d’un cancer, faute de soins. Omar Barghouti, un des initiateurs du BDS, s’est vu interdire de visiter sa mère, atteinte d’un cancer. Et la Knesset (le Parlement israélien) s’apprête à rétablir la peine de mort.

Israël a publié une “liste noire” d’une vingtaine d’organisations internationales dont les membres sont désormais interdits d’entrée en Israël/Palestine. Parmi elles, JVP (Voix Juives pour la Paix), une association de masse des États-Unis qui prône le BDS.

Du côté des relations entre le sionisme et l’extrême droite, tout est au beau fixe : la “Zionist Association of America” a invité à son congrès Steve Bannon, l’ancien conseiller (notoirement antisémite) de Trump. La vice-présidente de l’AFD (le parti xénophobe allemand) Beatrix Von Storch a parlé des raisons historiques et culturelles qui justifient une forte coopération avec Israël !

Ces convergences s’expriment aussi sur la question des migrantEs venuEs d’Afrique de l’Est en Israël. Nétanyahou leur a donné le choix entre la déportation ou un emprisonnement illimité. Trois pilotes de la compagnie El Al ont refusé publiquement de piloter des avions qui déporteraient des migrantEs. Et quelques dizaines de survivantEs du génocide nazi ont publiquement protesté contre cette politique qui leur rappelle fort ce qu’ils/elles ont subi.

Pierre Stambul


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