Avec les cheminotEs, contrer Macron

Édito
mardi 6 mars 2018

Le démontage en cours des acquis sociaux et le rapide retour sur investissement pour les plus riches, confortent Macron à droite et chez les capitalistes. Du coup, il attaque frontalement le secteur public pour le gérer comme le secteur privé, qu’il a déjà tant dégradé, et pour casser les bastions de résistance dans l’enseignement et l’hôpital public... et à la SNCF, ce qui n’était pas prévu dans le programme présidentiel !

Les syndicats de la Fonction publique et de la SNCF ont posé des lignes rouges. Mais Macron a prouvé avec sa politique sur la Syrie que les lignes rouges ne sont faites que pour permettre leur transgression. Les statuts des fonctionnaires et des cheminotEs doivent être défendu non comme d’ultimes protections mais comme les éléments d’un réseau reliant les personnels, les usagerEs, les régions et l’histoire (CNR). Ce qui impose de contrer, là aussi, la méthode frauduleuse de Macron pour présenter comme archaïque, coûteux chaque service public sur lequel il jette son dévolu :

  • d’abord le pilonnage de l’opinion avec un rapport à l’objectivité souvent douteuse, puis une campagne du pouvoir et des médias de type fake news (exemple : le coût de la SNCF par habitantE) ;
  • ensuite des concertations-diktats, où sont imposés d’emblée les thèmes… comme les décisions. Dans la Fonction publique une centaine “d’entrevues” annoncées sur l’attaque des CAP et des CHSCT, le recrutement massif de précaires, les salaires au mérite et le flicage des agents ;
  • puis le projet du gouvernement avec ou sans ordonnances, inchangé, et même aggravé par la cavalerie parlementaire, ou l’introduction à la sauvette d’amendement comme le contrat annuel horaire offert aux entreprises pour annuler les maximas hebdomadaires.

Et à peine une attaque est-elle suffisamment engagée qu’une autre survient comme préconisé par les dogmes ultralibéraux (1).

Outre la désinformation de l’opinion, cette méthode intègre deux paramètres importants : le temps et la division des opposantEs. À la SNCF, les syndicats viennent de se faire avoir : ils ont décidé d’attendre la mi-mars, pour appeler au 22 /03, après les concertations qui captent en pure perte beaucoup de temps et d’énergie des militantEs, et après le projet de loi d’habilitation des ordonnances, avec toutes les marges de manœuvres que cela laisse au gouvernement. S’il s’en prend au rail c’est parce qu’il va y avoir des élections professionnelles, avec leur cortège de divisions, de compétitions pour les moyens alloués par l’État ; cela peut expliquer les surenchères dans les déclarations des syndicats de cheminotEs. C’est la même raison qui le pousse à attaquer la Fonction publique. Les principes du mouvement syndical d’indépendance, y compris financière, par rapport à l’Etat, et d’unité la plus large pour espérer gagner, s’imposent alors.

L’unité syndicale, et la convergence des luttes sont à construire, mais il ne faut pas rater cette fois l’unité public-privé et au sein du secteur public, l’unité avec les cheminotEs, dont les pseudos avantages statutaires et de retraite sont très proches des garanties de la Fonction publique. Une défaite des unEs fragiliserait les autres.

Les cheminotEs peuvent bloquer les transports et l’économie. C’est décisif pour infliger un premier recul à Macron, qui en appellerait d’autres. À condition de contribuer à la bataille d’opinion (comités d’usagers, pétitions), et à ce que les cheminotEs ne se retrouvent pas isoléEs. Comme en 1995 et en 2003 il importe de proposer des AG interpro, des actions et des piquets communs. Ne laissons pas refaire le coup des PTT. Macron rêve certainement de casser les cheminotEs, comme Thatcher avait cassé les mineurs, pour imposer sa politique libérale (dont les Anglais constatent les méfaits, particulièrement dans l’éducation et le ferroviaire, secteurs tests pour Macron). L’intersyndicale Fonction publique commet une grave erreur en considérant l’appel intersyndical des cheminotEs pour le 22 mars comme “une difficulté”. La SNCF vient de reculer devant la détermination de quelques nettoyeuses des gares et “chibanis” ; elle le fera d’autant plus – et avec elle Macron – face à ses 150 000 employéEs, soutenuEs par des millions de personnels et d’usagerEs des services publics.

Olivier Vinay, le 2 mars 2018

(1) https://www.monde-diplomatique.fr/2018/03/HALIMI/58473


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