Solidarité antifasciste

jeudi 15 mars 2018
par  Catherine

La complaisance judiciaire et policière en faveur d’une nébuleuse fasciste de clocher laisse la bride sur le cou à des énergumènes, délinquants avérés, pour passer gravement à l’acte. La secrétaire départementale du Syndicat National des Personnels de l’Éducation et du Social - Protection Judiciaire de la Jeunesse (SNPES/PJJ/FSU) de l’Hérault en est l’une des victimes désignée.

La Ligue du Midi :
genèse d’une association de délinquants politiques avérés

Né à Béziers (34) à la fin des années 40, Richard Roudier, le patriarche du clan familial, père de Martial et Olivier, rejoint dans les années 60 la Fédération des Étudiants nationalistes (FEN), puis, au début des années 70, participe à la fondation du groupe Poble d’Oc, petit mouvement occitaniste se présentant comme “auto-gestionnaire” et libertaire. Richard Roudier, apparemment à l’aise au sein de cette mouvance tente d’infléchir un milieu a priori “gauchisant” vers des thématiques régionalistes et identitaires. Ce type d’approche se révélera être un échec et en 1998 le père Roudier rejoindra l’Unité radicale dont la trame idéologique désormais sans équivoque, déploiera fièrement l’étendard du droit... de cuissage : “Mouloud, touche pas à ma race les Françaises aux Français !”. Cette radicalité pousse inéluctablement au crime et le groupe est dissout après que l’un de ses membres, le plus inspiré ou illuminé d’entre eux, a tenté d’assassiner Chirac lors du défilé du 14 juillet 2002.

Le groupe renaît par la fondation du Bloc identitaire, puis, pour faire bonne mesure se constitue en Comité d’Entraide aux prisonniers européens (CEPE) dont Roudier père s’avère être le président. Les visées explicites du CEPE sont de porter assistance aux militant.e.s d’extrême-droite emprisonné.e.s. Maxime Brunerie l’apprenti terroriste qui pointa sa carabine sur Jacques Chirac en sera un des premiers bénéficiaires, mais aussi Michel Lajoye, ancien militaire incarcéré pour avoir déposé un explosif dans un café fréquenté par des arabes, puis bien d’autres suivront tous aussi sinistres. Les dissensions toujours récurrentes dans les milieux fascistes feront que le Bloc identitaire se désolidarisera du CEPE lequel se rebaptisera “Entraide et solidarité”, association léguée par le patriarche à son fils Martial qui prendra en charge le suivi d’Esteban Murillo, meurtrier de Clément Méric... et sa propre destinée suite à des poursuites judiciaires le concernant. Quant à Richard Roudier lassé par ses déboires avec ses frères du Bloc identitaire il déposera, en janvier 2011, les statuts de la Ligue du Midi.

La Ligue du Midi : pestilence idéologique

Le clan Roudier réside dans le château d’Isis ce qui lui confère une certaine notoriété dans la commune de Saint- Julien-de-la-Nef et les bourgades alentour, dans le Gard. L’assise sociale donne allant à la Ligue du Midi pour tenter une percée électorale, laquelle se soldera par un échec patent faute d’espace dans le tissu électoral régional déjà marqué par la prégnance du Front National. Le besoin d’exister et de s’inscrire dans le paysage politique local, poussera les membres de la Ligue du Midi à transgresser le cadre républicain du débat démocratique en passant gravement à l’action militante violente.

Les fils Roudier avaient déjà manifesté une dangereuse agressivité. Olivier Roudier, en juillet 2011, lors d’une fête publique à St-Nazaire-de-Pezan s’adresse au maire, vociférant et avec saluts nazis : “Ratons, bicots les Arabes dehors ! On est chez nous ! On va tous vous crever ! !”. Cette intervention intempestive et brutale le conduira en juin 2012 en prison pour six mois. Son frère Martial est lui condamné à quatre ans dont deux avec sursis pour avoir poignardé dans le dos un jeune antifasciste de seize ans lors de la féria des vendanges de Nîmes le 20 septembre 2008. Le tabassage de militants LGBT à coups de chaînes de fer et des patrouilles de nuit “anti-racaille” dans les rues de Montpellier alimenteront la chronique de ces fascistes locaux.

Maîtres chez nous

En 2013, la machine infernale de la Ligue du Midi s’emballe. Elle lance un mouvement dit “anti-rabas” ( anti-blaireau en occitan) dirigé contre “les bobos, gauchos et punks à chiens” (qui se rendent au festival) et déploie une banderole à l’entrée du village de Sumène “Maîtres chez Nous”.

Laissés en liberté, ces énergumènes s’autorisent lors d’un festival musical Transes Cévenoles, voisin du château des Roudier à agresser à coups de poings le 23 juillet 2017 Clara, femme célibataire, mère d’une enfant métisse, militante d’un réseau d’accueil aux immigré.e.s. Pire, sa fille de 11 ans, est visée par une embardée du véhicule d’Olivier Roudier lequel menaçe en hurlant : “Rabas, tu pousses comme une plante et un jour on va te cueillir !”. L’enfant traumatisée n’ose plus sortir de chez elle.
Les Roudier sont donc maîtres chez eux, se lâchent sur leur site internet de la Ligue du Midi et stigmatisent directement une professeure de l’école publique de Sumène qui se rendrait coupable d’un enseignement dans lequel “aucune place n’est faite pour que les enfants envisagent un quelconque effet négatif dans la perception de l’immigration”.

L’équipe pédagogique vit dans la peur et se dit ébranlée. L’Inspecteur d’Académie, dans sa tour d’ivoire, pourtant alerté, n’a pas réagi !

Un contexte pour le moins délétère

C’est dans ce climat politique qu’en juin 2017, a lieu, au centre ville de Montpellier le saccage des locaux du RAIH (Réseau Accueil Insertion Hérault), association qui accueille et évalue la situation des mineurs isolé.e.s étrangèr.e.s. Une vidéo du commando fasciste responsable de la mise à sac a été mise à disposition auprès du Procureur du TGI de Montpellier. Sur cette vidéo, il est loisible d’observer les acteurs de l’agression dont Olivier Roudier qui profère des slogans racistes, disperse le matériel et les documents et porte des accusations contre le Conseil départemental dénoncé à cette occasion comme responsable de doter des associations anti-françaises avec l’argent des contribuables. Les trois personnels permanents de l’association présentes sont atterrées. Le procureur ne retiendra que le délit de vandalisme.

Un procès “exemplaire” !

Suite à la plainte déposée pour ces faits avérés de saccage de locaux à caractère raciste en juin 2017, les membres de ce commando comparaîtront en septembre 2017.

Les soutiens militants aux agresseurs racistes assisteront goguenards, intra-muros, au déroulement du procès, alors que les soutiens aux victimes seront contenu.e.s par les forces de l’ordre à l’extérieur de l’enceinte du tribunal.

Cécile Fortunato, secrétaire du SNPES/PJJ/FSU 34, prendra seule la parole sur les marches du tribunal en présence d’une centaine de personnes représentatives du panel politique et syndical de gauche et d’extrême-gauche, afin de rendre compte des attendus du procès. Elle déplorera que le délit à caractère raciste n’ait pas été retenu. Suite à son allocution de soutien à l’association RAIH, elle invitera les représentant.e.s des syndicats, partis, associations présentes, à prendre la parole dès lors qu’une chaîne locale télévisée se proposait de réaliser un reportage de l’événement. Dans ce contexte aucun.e militant.e ne prit le micro pour affirmer les soutiens attendus.

Absence de mobilisation : ses conséquences

Faute de mobilisation de l’ensemble des organisations syndicales et ouvrières, l’intervention de Geneviève Blanc, conseillère départementale EELV, canton d’Alès 1, auprès du cabinet de la Préfecture de Nîmes, en août 2017, est demeurée sans effet. Quant au maire de Sumène interpellé : “Je ne souhaite pas communiquer sur la Ligue du Midi”.

Chez les gendarmes, les plaintes ne sont pas enregistrées comme telles mais relèvent de simples mains courantes. Dès lors la Ligue du Midi peut poursuivre ses exactions auprès des immigré.e.s en les harcelant sur un mode qui relève du délit raciste à caractère violent : menaces d’écraser des immigré.e.s sur la voie publique, destruction de tentes de toiles distribuées par la Cimade aux sans-abris. La plainte de cette association a enfin pu être enregistrée comme relevant de biens privés volontairement dégradés.

Également harcelée et insultée sur le site de la Ligue du Midi, Cécile Fortunato, portera plainte, le 21 décembre 2017, auprès de la gendarmerie de Montpellier. À l’accueil un gendarme, réticent à enregistrer sa déposition, fit valoir qu’elle pourrait être génératrice de conflits et donc de désordres, “vous n’avez pas peur de porter plainte contre eux” a-t-il insisté.

Les femmes sont systématiquement ciblées. Outre les agressions physiques, ces fascistes utilisent sur leur site un “humour” sexiste et raciste pour disqualifier la femme en tant que genre et a fortiori quand elle est militante. Ainsi la députée France Insoumise Danièle Obono sera élue “Miss Goulag”, Cécile Fortunato sera moquée pour n’avoir obtenu que la deuxième marche du podium, etc.

En février 2018, le secrétariat du SNPES/PJJ/FSU34 portera plainte pour appuyer celle de la secrétaire départementale et accusera à son tour la Ligue du Midi pour violence raciste.

Que recherchent les pouvoirs publics ?

Le Front national n’est pas propriétaire de son programme, de son idéologie et de sa stratégie propagandiste. Au delà de sa sphère d’influence directe il génère et nourrit des nébuleuses d’organisations satellites dont les évolutions propres et autonomes infestent l’espace public, social et politique. La propagation de l’idéologie fasciste manifeste d’autant plus de virulence auprès des populations quelle est tacitement soutenu par une pratique raciste institutionnelle juridique et policière.

Faudra-t-il attendre que la Ligue du Midi ait commis des actes meurtriers pour que les pouvoirs publics mettent un terme à ces agissements ?

Le Bureau National du SNPES a compris l’enjeu en faisant peser tout le poids de notre syndicat qui l’oppose aux forces réactionnaires et fascistes locales mais à l’évidence de résonance régionale. L’osmose idéologique entre, semble-t-il, les institutions d’État et ce groupuscule fasciste actif, à l’évidence dangereux lors de ses passages aux actes ciblés nécessitent une large concertation entre les organisations syndicales et organisations ou partis engagés aux côtés des travailleurs et travailleuses.

La FSU et l’ensemble du mouvement syndical et ouvrier de l’Hérault et du Gard se doivent d’amplifier le rapport de force de notre syndicat.
Les locaux du RAIH ont été saccagés, des immigré.e.s, des femmes engagées à leurs côtés, ont été agressés, notre secrétaire syndicale régionale insultée. Cela suffit ! La peur doit changer de camp ! Les nazillons de la Ligue du Midi n’ont que trop eu droit à la libre circulation et à la parole dans l’espace public !

Claude Marill, Syndiqué SNPESPJJ/FSU 93, retraité

Note : les infos relayées par cet article ont été produites par des membres du syndicat SNPESPJJ/FSU et par le journal militant local (34) Le Poing.

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 5/03/2018 - page 12 & 13


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