Genèse de l’éducation hiérarchique

dimanche 18 mars 2018
par  Catherine

L’ouvrage que Philippe Geneste vient de publier, dont nous publions ci-dessous l’introduction générale, fait suite à son livre Le Travail de l’école : contribution à une critique prolétarienne de l’éducation, La Bussière, Acratie, 2009. Dans l’abondante production critique du système éducatif, son apport est de montrer comment, jusque dans son fonctionnement le plus quotidien, l’institution scolaire est soumise aux impératifs de la formation professionnelle imposée par la bourgeoisie, comment la division du travail commande la hiérarchie des savoirs, des comportements, des personnels. En soulignant qu’une critique révolutionnaire de l’école ne peut se limiter aux seuls cadres institutionnels, il ré-ouvre la perspective d’un projet syndical d’autonomie éducative laissée de côté durant presque tout le XXe siècle.

Une critique prolétarienne de l’éducation doit se développer sur l’ensemble de ce qui constitue le système éducatif, c’est-à-dire l’ensemble du cadre institutionnel qui organise les pratiques éducatives et enseignantes.

Le premier mouvement critique porte à scruter comment, à l’intérieur des écoles et des établissements scolaires, travaille la finalité de tri social par la sélection scolaire. On en vient alors à déjouer l’illusion de l’ordre éducatif bourgeois en montrant qu’il s’appuie sur la formation continue et professionnelle pour décider de l’organisation de la formation initiale et non l’inverse comme le discours dominant cherche à en imposer le sens de lecture.

Une critique prolétarienne ancrée dans les pratiques

Mais la critique ne saurait en rester là. Elle se doit de chercher, dans les pratiques qui traversent l’institution, les clés qui font vivre et tenir debout celle-ci et la rendent efficiente. Pour cela, on ne peut perpétuer la stéréotypie critique de l’école libérale qui a cours depuis les années 2000. En effet, ce serait poser un socle critique sur un fantôme d’école. La critique prolétarienne œuvre autant contre le mythe de l’école d’État, qui a la vie dure dans les milieux dits progressistes, que contre le mythe de l’éducation nouvelle individualiste.

C’est pourquoi elle part de la critique des sources où naît l’inégalitarisme bourgeois. Ce dernier, tissé par les notions de progrès, d’individualisation, d’égalité des chances et s’appuyant sur l’innéisme des aptitudes, est à l’œuvre aussi bien chez les libéraux des dix-neuvième, vingtième et vingt- et-unième siècles que chez les républicanistes. L’ordre médico-scolaire y rejoue l’ordre médico-social et une même conception fétichiste des savoirs y fonde les conceptions de l’enseignement. S’y déploie une conception hiérarchisante des êtres, des savoirs, des fonctions sociales, dans le but de reproduire la division sociale du travail.

Une nécessaire ouverture sur un projet syndical d’autonomie éducative

On étudiera, ici, la Réaction dans son ordre scolaire en suivant les évolutions historiques du système éducatif. On verra comment la notion anglo-saxonne patronale de l’innovation se joint au mythe républicain de la ségrégation scolaire pour imposer l’ordre hiérarchique des filières d’enseignement. On scrutera, par l’analyse de réalités minuscules enfouies dans les pratiques quotidiennes, comment l’éducation citoyenne et le civisme de soumission suturent l’ordre punitif scolaire. On analysera l’ordre moral à partir d’exemples concrets pris dans le quotidien des établissements scolaires. Ce sont ces réalités minuscules qui font la réalité majuscule de la vie scolaire et des parcours scolaires.

La critique prolétarienne tire sa force de son ancrage dans la réalité. Le militantisme syndical quotidien la nourrit tant par la défense des travailleurs dans laquelle il se trouve engagé que par la critique de l’ordre hiérarchique existant. Car ne nous y trompons pas, il n’y a pas de neutralité de l’observation, celle-ci est toujours impliquée dans les conflits qui opposent les classes sociales. C’est pourquoi, la genèse de l’éducation hiérarchique ayant été éclairée et analysée, l’ouvrage s’ouvrira à la problématique d’un projet syndical d’école d’autonomie éducative. Cette conclusion de l’ouvrage est en fait une ouverture d’ à-venir, tant théorique que pratique, pour une révolution éducative dans un cadre d’autonomie syndicale prolétarienne.

Philippe Geneste

Genèse de l’éducation hiérarchique. Le travail de l’école : contribution à une critique prolétarienne de l’éducation, Philippe Geneste, Collection CNFEDS, Chambéry, Éditions de l’université de Savoie Mont Blanc, janvier 2018, 274 p., 20 e.
À commander à l’EDMP (8, impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18,didier.mainchin@gmail.com).€
Philippe Geneste a contribué à L’École Émancipée puis à L’Émancipation syndicale et pédagogique jusqu’en 2006. Il s’est spécialisé dans la littérature prolétarienne et a publié plusieurs ouvrages, dont Politique, langue et enseignement, Éditions Ivan Davy, 1998. Il est actuellement membre du comité de rédaction de la revue Le Chiendent.

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 5/03/2018 - page 17