Dix ans après le début de la crise, où en sommes-nous ?

jeudi 22 mars 2018

La dépression économique qui a débuté en 2008 se poursuit et une nouvelle récession mondiale se profile.

Cela fait désormais dix ans que la crise économique mondiale s’est déclenchée, et nous ne sommes toujours pas sortis de cette longue dépression. Pourtant, les économistes bourgeois nous expliquent que tous les signaux sont désormais au vert. La croissance repart enfin partout dans le monde. Y compris au Brésil ou en Russie qui ont connu une violente récession ces deux dernières années. Mais les taux de croissance restent plus faibles qu’avant crise. Aux États-Unis, le taux de chômage officiel est revenu à son niveau de 2007 (autour de 4%), mais le taux de participation au marché du travail de la population en âge de travailler est de quatre points inférieur à son niveau d’avant crise.

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Pour qu’il y ait une reprise économique, il faudrait une purge du capital excédentaire. Ce n’est pas ce qui s’est passé : l’intervention massive des États au service des grands groupes capitalistes a permis de limiter l’ampleur de la récession, mais elle a en contrepartie limité l’ampleur de la reprise qui s’en est suivie. Le taux de profit a été partiellement rétabli grâce à la hausse du taux d’exploitation (notamment aux États-Unis et dans les pays d’Europe du Sud), mais la dévalorisation du capital a été limitée. Les entreprises capitalistes restent fortement endettées alors qu’un désendettement significatif est une condition d’une réelle sortie de crise. Le taux d’endettement des entreprises n’a pas sensiblement baissé aux USA et en France depuis le déclenchement de la crise. Il a explosé en Chine, passant de 120 % du PIB en 2010 à 166 % en 2016. Cela signifie que la croissance n’est pas soutenable.

Fin 2014 et jusqu’à mi 2016, les profits ont baissé aux États-Unis. On pouvait penser que cette baisse était annonciatrice d’une nouvelle récession en 2017. Cela n’a pas été le cas : les profits sont repartis faiblement à la hausse depuis mi 2016. Mais la hausse des cours boursiers est sans commune mesure avec les profits réalisés dans l’économie réelle. Cela signifie qu’une immense bulle financière se forme, et qu’elle explosera dès que les profits recommenceront à baisser. Les capitalistes cherchent à retarder au maximum l’échéance : ils ont pour cela besoin d’amplifier les contre-réformes pour augmenter encore davantage le taux d’exploitation. Les récessions se déclenchent régulièrement tous les 8-10 ans : 1980-1981, 1992-1993, 2000-2001, 2008-2009... on s’en approche, et cette récession au sein d’une longue dépression sera d’autant plus forte que les gouvernements ont déjà largement grillé leurs cartouches : les taux d’intérêt sont déjà très bas, l’endettement public est au plus haut. Autrement dit, les instruments monétaires et budgétaires ne pourront pas faire de miracles pour les capitalistes.

Pas de reprise du pouvoir d’achat des travailleurs/euses en France

La dernière note de conjoncture de l’Insee prévoit une croissance autour de 2 ?% début 2018... mais une baisse de la croissance du pouvoir d’achat. Les gains de pouvoir d’achat par unité de consommation étaient (en variation trimestrielle) de 0,6 % au 2e trimestre 2017, de 0,4 % au 3e, de 0 % au 4e et ils deviendraient négatifs (-0,4 %) au premier trimestre 2018. En 2018, les mesures fiscales du gouvernement amputeraient de 4,5 milliards le pouvoir d’achat des ménages : l’Insee apporte ainsi un violent démenti à la propagande gouvernementale qui nous explique depuis des mois que ses mesures augmenteront le pouvoir d’achat de 5 milliards en 2018. En outre, le pouvoir d’achat va augmenter pour les plus riches qui bénéficieront de la forte baisse de l’imposition des revenus du capital (avec la mise en place du prélèvement forfaitaire unique et la sortie des actifs financiers de l’assiette de l’ISF). En revanche, la hausse des impôts indirects (tabac et essence) est régressive et anti-redistributive ? : elle va frapper davantage les plus pauvres en proportion de leur revenu.

Les patrons peuvent aussi se frotter les mains : le Conseil constitutionnel a ordonné à l’État de rembourser les grandes entreprises de la taxe sur les dividendes qu’elles avaient payée. Le gouvernement compensera par une surtaxe temporaire de l’impôt sur les sociétés (IS), mais le gain net sera de 5 milliards pour les grands groupes ! Le taux de l’IS diminuera en outre à 25 % en 2022 (contre 33 % aujourd’hui), et, dès cette année, il est ramené à 28 % pour les bénéfices inférieurs à 500 000 euros. Merci qui ? C’est donc un choc fiscal de grande ampleur qui aura lieu cette année, en attendant la prochaine récession. Sur ce plan, Macron et Trump convergent, puisque ce dernier va baisser massivement les impôts des entreprises (le taux de l’impôt sur les sociétés passant de 35 à 21 %) et des plus riches (la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu passant de 39,6 à 37 %).

Pas d’alternative aux politiques d’austérité dans le cadre d’un capitalisme en crise

Les gouvernements du monde entier ont mis en place le même type de politiques : limitation des dépenses publiques, baisse des salaires, baisse des impôts sur les bénéfices des entreprises. Les antilibéraux nous expliquent que ces politiques sont irrationnelles et qu’elles sont responsables de la crise ou du moins de sa persistance. Le taux de profit ne serait pas la variable clé qui déterminerait le niveau de l’investissement et de la croissance. Pour sortir de la crise, il faudrait augmenter le niveau de la demande, en augmentant les dépenses publiques et les salaires : cela permettrait de remplir les “carnets de commandes” des entreprises et donc de relancer la machine. Tout le monde serait gagnant : les patron.ness et les travailleurs/euses ! Le raisonnement serait valide... à condition de faire abstraction des lois fondamentales de l’économie capitaliste qui font du taux de profit le moteur de l’économie. La hausse des salaires ou des dépenses sociales amputent la plus-value et ne font qu’accroître la crise de rentabilité du capitalisme. C’est pourquoi en période de dépression il n’y a pas de marge de manœuvre pour des politiques réformistes. Pour relancer l’accumulation du capital, les capitalistes doivent dévaloriser massivement le capital constant (valeur des moyens de production) et le capital variable (les salaires) pour restaurer leur taux de profit.

Les politiques de “relance” par la demande ont systématiquement échoué. Au début des années 1970 au Chili ou en 1981 en France, ces politiques ont fait baisser le taux de profit, puis l’investissement. Elles ont nourri l’inflation, creusé le déficit commercial, ce qui ne pouvait conduire qu’à une austérité accrue faute d’engager une réelle rupture avec l’ordre capitaliste. Mais les antilibéraux croient avoir trouvé dans le Portugal la preuve du succès des politiques keynésiennes antilibérales. Le gouvernement d’union de la gauche au pouvoir depuis deux ans aurait sorti le Portugal de la crise grâce à une politique de relance de la demande. Or, d’une part, la croissance portugaise n’a rien de spectaculaire : elle se situe tout juste dans le moyenne européenne (autour de 2 %). D’autre part, il n’y a pas de réelle politique de relance : l’austérité a été stoppée mais les mesures des gouvernements précédents n’ont pas été annulées, à commencer par la très dure réforme du marché du travail ; les dépenses publiques stagnent. Le rebond de la croissance date de 2013 (avant l’arrivée de la gauche au pouvoir) et elle s’explique par le redressement du taux de profit permis notamment par la hausse du taux d’exploitation. Entre 2011 et 2013, la part des salaires dans la valeur ajoutée a fortement baissé (-5 points). Les profits sont repartis à la hausse en 2012, ce qui a permis une hausse de l’investissement à partir de 2013. La baisse des salaires a également permis d’éliminer le déficit commercial en restreignant les importations et en dopant les exportations. On voit bien que les mécanismes de la reprise n’ont pas grand chose à voir avec les remèdes antilibéraux.

Renouer avec une perspective communiste

L’ampleur de la crise du système et l’impasse des solutions antilibérales rendent plus nécessaire que jamais de penser au fonctionnement d’une autre société, débarrassée de la propriété et des institutions capitalistes. Des intellectuel.les nous y invitent, comme Bernard Friot qui insiste sur la nécessité de ne pas s’enfermer dans une lutte pour une meilleure répartition de la valeur, pour un autre partage des richesses, mais d’oser poser la question de “qui décide ?” et “qui contrôle ?”. En un mot, renouer avec le projet historique du mouvement ouvrier, qui est d’en finir avec l’exploitation et toutes les oppressions. Cela nécessite, pour être audible, de faire une critique radicale du stalinisme, et plus largement de toutes les conceptions autoritaires et substitutistes du socialisme, qui ont conduit à la dictature d’une bureaucratie sur la classe ouvrière. Et de travailler à un projet communiste autogestionnaire, fondé sur le pouvoir des travailleurs/euses, afin de montrer qu’une issue anticapitaliste à la crise est non seulement nécessaire mais possible.

Un correspondant de l’INSEE


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