Savoir et science

Culture
samedi 31 mars 2018

Le savoir (sans majuscule) rapporté à un individu ou à un petit groupe, désigne un champ plus restreint que celui de science. Celle-ci dans son sens fort couvre toutes sortes de domaines différents, ainsi qu’ un éventail temporel large incluant le passé et l’avenir.

Les savoirs sont liés aux époques, varient, progressent ou se modifient avec elles. La science implique un corpus durable, en partie stable, même s’il comporte des évolutions.

Mais le Savoir (avec majuscule) englobe l’ensemble des sciences.

Le savoir se dit couramment des connaissances et des aptitudes de quelqu’unE. La science peut être celle d’une équipe, et plus largement désigner l’ensemble de savoirs spécialisés : la science médicale. Sur le plan intellectuel, la Science peut désigner l’ensemble des savoirs scientifiques en général, par exemple dans une comparaison avec la Philosophie. Alors que le Savoir inclut celle-ci.

Si cette généralité a permis d’utiliser science dans un sens figuré , parfois de dérision : “Ne ramène pas ta science !” (au sens d’un savoir limité qui veut passer pour étendu) savoir ne s’utilise qu’au sens propre.

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Il semble inséparable de la notion de compétence, ce qui à notre époque va dans le sens de l’efficacité libérale. C’est précisément son caractère précis, exploitable dans un délai court, applicable à une situation concrète et produisant des effets immédiats ou au moins rapides, qui intéresse les meneurs.

Ce qu’analyse bien Vincent de Gaulejac dans le livre cité précédemment : un savoir à l’ancienne, c’est à dire inséparable d’un contexte de culture générale, y compris dans le champ en question, attirera moins un chef d’entreprise qu’un savoir plus limité mais pointu permettant une application, un faire-valoir immédiat, une obtention de résultats. La science, elle, n’a que faire de la vitesse, d’un quelconque rendement, plus que jamais requis dans l’ensemble de la société. Le savoir, si. “La gestion consiste à canaliser les énergies et les pensées sur un ordre social soumis à des intérêts économiques.”

Pour Jacques Bidet (1), le savoir est lié à un pouvoir social.

Dans l’accélération actuelle du libéralisme, on peut se demander si ce qu’il restait de liberté et de valeur symbolique, culturelle et sensible, dans le savoir, ne sombrera pas totalement dans l’utilité circonscrite et visible escomptée par la recherche de profit. C’est en mineur ce dont témoigne la fameuse évaluation dans le domaine du travail.

M. C. Calmus

(1) Jacques Bidet, Marx et la loi Travail.Le corps biopolitique du Capital, éditions sociales, 2016.