De la libération de la parole à l’action

Tribune féministe
vendredi 20 avril 2018
par  Catherine

“L’affaire Weinstein”, qui a marqué l’actualité des luttes féministes depuis l’automne dernier, a apporté avec elle une libération de la parole des femmes au sujet des violences sexuelles et sexistes, ainsi qu’une volonté d’auto-organisation des mouvements de luttes, dont on peut d’ores et déjà tirer un bilan.

Mais pour comprendre ces conséquences, il faut d’abord saisir que les violences sexuelles ne peuvent être pleinement décorrélées du contexte social et politique qui les induit. Ce contexte, c’est celui de la crise économique de 2008, mais aussi celui de l’ère du néolibéralisme. Dans les deux cas, la reproduction devient une valeur prépondérante : il s’agit d’un côté de gérer la reproduction comme marché potentiel dans un contexte de libéralisation accrue et de l’autre de réassigner les femmes et minorités de genre à la norme de la reproduction. Dans un tel contexte, les attaques contre les acquis féministes (attaques contre les droits reproductifs, remise en cause de la parole des victimes, remise en cause des droits des personnes LGBTQ+…), s’accompagnent de discours réactionnaires, visant à garder une main mise sur la reproduction, mais aussi d’une prolifération des violences faites aux femmes.

Face à un tel renforcement de la violence, on pouvait s’attendre à des ripostes en masse. La libération de la parole via les réseaux sociaux et dans certains milieux médiatisés a été une première étape, le succès de la journée du 8 mars, en Espagne et en Amérique latine notamment, en est une seconde et doit nous inspirer. Ce qui s’est joué le 8 mars dans toute l’Espagne est d’une ampleur manifeste : le contexte social et politique, couplé à l’incapacité des structures dirigeantes à comprendre les mouvements en cours, a permis l’organisation d’un mouvement quantitativement significatif, mais aussi un saut qualitatif dans l’organisation du 8 mars et de sa compréhension. Ce qui s’est passé en Espagne ce jour-là, c’est la construction d’un réseau de femmes, organisées en collectifs pour mettre fin à l’isolement face aux difficultés et violences individuelles.

En France, la libération de la parole des femmes à partir de la vague “MeToo” a trouvé un écho considérable, et les réseaux sociaux s’en sont emparés, rapidement et de manière organisée, afin de la maintenir et de la renforcer. Ainsi se sont multipliées les plateformes de témoignages mais aussi de soutien et d’aides concrètes aux victimes. Et si le mouvement social n’a pas été aussi massif qu’en Espagne, on a vu se constituer des AG et des collectifs auto-organisés, dans les milieux étudiants notamment.
Le gouvernement a profité de la date du 8 mars pour annoncer des mesures dans le vent, soit parce qu’elles existent déjà sans être appliquées, soit parce qu’elles n’étendent pas les moyens nécessaires à leur mise en place. Or, pendant qu’on n’investit pas de moyens supplémentaires pour les droits des femmes et minorités de genre, l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) maintient la fermeture de son accueil faute de moyens, les salaires ne sont toujours pas égaux, et les victimes de violences sont toujours isolées.

C’est sur ces difficultés persistantes que revient ce dossier, avec l’article “L’égalité au travail, c’est pô gagné” ; mais il présente aussi les coulisses de l’auto-organisation des femmes et alliéEs à travers l’article “Militantisme féministe à Nantes” ainsi qu’un entretien avec une militante nantaise. Enfin, parce que les associations sont toujours présentes pour lutter contre les violences faites aux femmes, ce dossier revient aussi sur le projet “Harassment No More”, visant à dénoncer le harcèlement dans l’enseignement supérieur et organisé à l’Université de Nantes par l’association Féministes Plurielles, mais aussi sur l’histoire et les luttes du Planning Familial.

SOMMAIRE
page II : L’égalité au travail : c’est pô gagné !
page III : Militantisme féministe à Nantes
page IV : Un collectif féministe à Nantes
page VI : Harassment No More
page VII : Le Planning dans les luttes féministes
page XI : Le Planning Familial aujourd’hui
page XIII : “Bord de route”

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 3/04/2018 - page 9


Brèves

2 mars - Appel à l’action et à la grève pour les droits des femmes le 8 mars

Les luttes féministes ont permis de conquérir des droits et de progresser vers l’égalité entre les (...)