Victoire politique des zadistes et de leurs soutiens

La première semaine de la tentative d’évacuation de NDDL
samedi 19 mai 2018

À Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement avait affiché sa volonté d’expulser les zadistes indésirables et de raser leurs habitations assez rapidement. Pour cela, il n’a reculé devant rien : 2500 gendarmes dépêchés sur place, deux véhicules blindés, deux hélicoptères, un nombre incalculable de grenades et d’armes de toutes sortes… Plus de 400 000 euros par jour, d’après France Inter. Macron est donc allé jusqu’à annoncer lors de sa première intervention télévisée, le jeudi 5 avril, que les opérations étaient terminées...

Mais il n’avait pas estimé à sa juste valeur la résistance des occupantEs de la ZAD et de leurs soutiens. Bref, il s’est vite embourbé et se retrouve actuellement dans une véritable impasse…

Lundi 9 avril,

première grosse erreur, première riposte

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Le 9 avril au matin, avant même les aurores, les 2500 gendarmes mobilisés pour l’évacuation, attaquent les cabanes où dorment encore les habitantEs. La préfète, Nicole Klein, comme le gouvernement, avaient promis que seules seraient touchées les habitations “illégales”, celles où se trouvaient des “réfractaires” à toute déclaration et à toute loi régissant la vie agricole capitaliste. Il y aurait une trentaine de “squatts” visés sur la centaine de constructions sur la ZAD. Or, dans la matinée même, la Ferme des 100 noms est rasée. Ses habitantEs ont à peine eu le temps d’évacuer leur troupeau de brebis que leur travail de six ans est anéanti… Grosse erreur politique et stratégique ! Les jeunes qui l’occupent ont des liens solides avec les paysanNEs restéEs sur la ZAD et ont participé aux négociations avec la Préfecture sur l’éventuelle évacuation et la régularisation de l’installation des zadistes. Ils ont même déposé un dossier à la Chambre d’Agriculture pour leur régularisation. La nouvelle de leur agression se répand comme une trainée de poudre : l’ACIPA, organisation historiquement la plus ancienne et la plus importante, jusque là en retrait sur l’attitude commune après l’abandon du projet d’aéroport, sort un communiqué virulent de dénonciation et reprend la lutte unitaire. Partout, dans le département, les collectifs de soutien organisent des rassemblements, devant préfecture et sous-préfecture, mairies et autres lieux. Les militantEs qui le peuvent rejoignent la ZAD et vont soutenir sur place les camarades agresséEs et quelques-unEs viennent rendre compte, dans les rassemblements de soutien, de la situation sur la ZAD. Dès le premier jour, un nombre de blesséEs deux fois plus importants chez les occupantEs de la ZAD que chez les gendarmes, une violence inouïe, avec utilisation de toutes les armes à disposition : lacrymos, grenades assourdissantes, grenades de désencerclement et… flashball !!! Les restes de munitions utilisées sont en partie ramassés et entassés par les militantEs agresséEs : impressionnant !!! Une dizaine d’interpellations ont été effectuées, neuf transférées au commissariat de Nantes, une à la gendarmerie de Saint-Nazaire.

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La riposte de soutien s’organise : à Nantes, ce sont 2 à 3000 personnes qui se retrouvent à 18h devant la Préfecture et défilent dans les rues, réclamant la libération des camarades arrêtéEs et l’arrêt immédiat de l’intervention militaire. À Saint-Nazaire, nous sommes 2 à 300 devant la sous-préfecture à 18h également, avec interventions de paysans et de jeunes de la ZAD qui nous apprennent la rétention, soit à l’hôtel de police soit à la gendarmerie, d’un jeune. Nous décidons, donc, de nous y rendre pour exiger sa libération. La manif est jeune, animée et pleine de punch ! Elle dure jusqu’à 20h15 avec engagement de se retrouver chaque soir à la même heure en diversifiant nos actions. Ainsi, sous les mots d’ordre conjugués “des ZAD partout !” et “Ils détruisent, nous reconstruisons”, dès le lendemain, mardi 10, nous construisons une cabane sur le parvis de l’Hôtel de ville de Saint-Nazaire, sur laquelle nous laissons pancartes et drapeaux et nous décidons d’organiser des covoiturages pour nous rendre le lendemain au pique-nique sur le Camping des Cheveux Blancs, sur la ZAD.

Mercredi 11avril,

sur la ZAD, premier pas pour interdire et réprimer violemment toute manifestation de soutien

Deux convois de covoiturage partent donc ce jour-là de Saint-Nazaire et de Guérande, composés essentiellement de retraitéEs, de paysanNEs et de paludiers pour ce qui concerne Guérande. Dès l’entrée ouest de la zone, les voitures de Guérande sont arrêtées et contrôlées par des gendarmes. Visiblement, ce sont ceux du coin : ils vérifient nos coffres, nos sacs et devant notre volonté affichée d’aller pique-niquer sur la ZAD (nos sandwichs faisant foi), ils nous laissent partir jusqu’aux Ardillaires d’où nous comptons rejoindre le camping. Là, le décor change : la route est barrée par des gendarmes en armes et boucliers au poing, et il nous est interdit d’aller plus loin. Après négociations, nous pouvons repartir – non sans difficultés – par où nous sommes venuEs et après deux tentatives, nous allons pouvoir rejoindre, après une longue marche, les Fosses Noires et le terrain de camping.

Il est presque 13h, l’heure prévue pour le pique-nique : nous avons mis trois bonnes heures, dont plus deux de marche, pour arriver à notre point de ralliement. Là, comme toujours sur la ZAD, ambiance bon enfant, avec cantine, barnum et camarades de toutes parts, assisEs dans l’herbe ou sur les bancs sous le barnum. Quelques journalistes présentEs, dont une revient en pleurs après s’être fait agresser par les gendarmes, un peu plus haut sur le chemin. Ses collègues la consolent… Ils et elles veulent des images autres que celles fournies par les forces gouvernementales, comme au bon vieux temps de l’occupation !... Avec la batucada – l’orchestre local de la ZAD – nous allons sur les allées de la Ferme des rouges et noires qui jouxte les Fosses Noires et nous nous prêtons aux demandes journalistiques : prises de vue et interviews. Puis, le cortège d’un petit millier de personnes décide d’avancer vers la zone d’affrontement soutenir les résistantEs, près de la D81. Nous n’allons pas loin. Très vite, les grenades fusent : lacrymos, assourdissantes, désencerclement ; les premiers blessés arrivent, qu’on tente de soigner rapidement puis d’évacuer ; mais l’ambulance est bloquée par les forces armées. Les gendarmes ont décidé d’avancer sur le rassemblement ; certainEs refluent sur le camping, d’autres sur le chemin du retour et… se retrouvent face à un mur de gendarmes : nasséEs en pleine nature !!! Fuite à travers champs et bois ; heureusement, plusieurs d’entre nous connaissent la ZAD comme leur poche ! Celles et ceux restéEs sur place sont gazéEs, blesséEs comme une camarade de Guérande et son compagnon, tous deux retraitéEs, de dangereux individus ! De loin, à la ferme de Bellevue où nous nous reposons et prenons des nouvelles, nous voyons un deuxième hélicoptère survoler les bois : les dernierEs fuyardEs y sont poursuiviEs !!!

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Une répression et un acharnement inexplicables, mais sans aucun doute correspondant à la volonté politique de Macron et de son zélé ministre de l’intérieur : écraser dans l’œuf toute contestation, toute manifestation et, bientôt, toute grève comme certains projets de loi en témoignent. Nous sommes revenus dans l’ère de la Monarchie absolue : faisons peur, terrorisons et réprimons, gare à la révolution qui s’annonce !

Jeudi 12 et vendredi 13,

les collectifs de Saint-Nazaire et Guérande poursuivent leur action

Premier rendez-vous, le jeudi, à la gare SNCF de Saint-Nazaire, pour une distribution de tracts et une animation et, surtout, le vendredi, création d’une ZAD symbolique sur le plus grand rond-point de Guérande, à l’entrée de la quatre voies allant vers Nantes. Trois cabanes sont construites, les arbres couverts de pancartes revendicatives et un paysan laboure un champ où nous semons immédiatement des engrais verts : moutarde et phacélie… Le tout terminé par un apéritif : la mobilisation est toujours une fête, ici ! Des copains et copines qui passent par là d’émerveillent devant la bonhommie des gendarmes locaux qui regardent de loin sans intervenir…

Samedi 14 avril,

à Nantes, deux manifestations et des forces de “l’ordre” plus que provocatrices

Après rencontres et discussions, les organisations syndicales (CGT, Solidaires, FSU et UNEF) et les représentantEs de la ZAD se mettent d’accord pour organiser deux manifestations à Nantes, la CGT cheminots tenant à maintenir un mouvement autonome de travailleurEs en lutte à la SNCF comme dans d’autres secteurs (Carrefour, Hôpitaux et facs notamment), l’une à 14h30, l’autre à 16h30, toutes deux Place du Cirque. Le déploiement militaire est impressionnant : une très grande partie des compagnies de gendarmes présentes sur la ZAD sont là, armées jusqu’aux dents. Le premier cortège de plusieurs milliers de personnes s’ébranle, fortement encadré par les forces de “l’ordre”. De nombreux arrêts leur sont imposés et un parcours guidé et canalisé par les militaires en armes. Au niveau de la préfecture, le passage est barré, certaines voies de circulation sont bouchées : tout est fait pour empêcher les manifestantEs qui le souhaitent de rejoindre la Place du Cirque et la deuxième manif. CertainEs – comme nous – ont vu venir le blocage et l’ont contourné en passant sur l’autre rive de l’Erdre ; d’autres ont bataillé pendant une bonne demi-heure pour arriver à passer. Bref, vers 17h, ce sont près de 10 ?000 manifestantEs qui partent, avec la batucada et autres musiques et slogans, pour un défilé animé et déterminé, affirmer leur soutien aux occupantEs de la ZAD. Les slogans fusent  : “Ils ont voulu nous enterrer, ils ne savaient pas que nous étions des graines” ou  : “Libérez nos fossés, expulsez les blindés”, par exemple…

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Malheureusement, nous n’irons pas loin : moins d’une demi-heure plus tard, au niveau du Château, un mur de gendarmes et CRS nous barrent la route ; quelques pavés sont déterrés sur la ligne de tram et lancés sur les véhicules de police et la charge violente des CRS a lieu. Rebroussant chemin avec la banderole de tête nous découvrons face à nous à la croisée des trams (à 200m environ) deux camions à eau et le même mur de CRS. Les plus courageux/euses continuent à avancer ; d’autres tentent de sortir de la nasse par des rues adjacentes et se retrouvent partout face à d’autres CRS… Grâce à notre célérité et à notre connaissance de petites ruelles du quartier, nous arrivons à sortir du piège et à une bonne centaine à rejoindre la Place du cirque et à y bloquer les cars de CRS vides qui sont là pour la relève… Vers 19h, nous en serons chasséEs de façon musclée… En ville, les affrontements se poursuivent jusqu’à la station de tram Chantiers Navals, près des Machines de l’île… Ils sont d’une violence extrême et aveugle (une terrasse de café a même été gazée sur le passage des CRS) entraînant des dizaines de blesséEs et 12 interpellations. La police va même jusqu’à annoncer 62 blessés dans ses rangs !

Cette fois encore, c’est la même tactique et la même volonté politique : tuer la manifestation dans l’oeuf et empêcher toute contestation radicale de ce gouvernement et de son monde, provoquer et casser du jeune et même du moins jeune !

Dimanche 15,

le rassemblement sur la ZAD renverse le rapport de force malgré les interventions policières

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Pourtant, la volonté était évidente d’empêcher ou de limiter à l’extrême le rassemblement de soutien : la plupart des accès à la ZAD étaient barrés, le ballet des camionnettes de CRS et de gendarmes incessant ; mais les soutiens aux zadistes, armés de leurs cartes détaillées des lieux, se sont regroupés, organisés et ont fini par rejoindre divers points pour converger ensuite, après quelques affrontements, vers la ferme de Bellevue. Un rassemblement énorme, enjoué, mangeant, buvant et dansant sur place, bien décidé à rester sur la ZAD a attendu dans la solidarité et l’amitié militante la prise de parole annonçant l’action décidée par les habitantEs de la ZAD : transporter une charpente pour la reconstruction d’une habitation détruite au Gourbi, de l’autre côté de la D81. Un défilé de près de 20 ?000 manifestantEs, armés des bâtons plantés lors de la manifestation du 8 octobre 2016, déplantés pour l’occasion, et bien décidés à les replanter autour de cette charpente pour la protéger, qui a mis plus d’une heure pour s’écouler sur le chemin de Suez, s’est mis en marche. Encore une fois, les CRS et gendarmes l’ont attaqué, nous obligeant à la rapatrier dans un autre champ pour mieux la re-transporter plus tard dans la nuit. Au matin, bien entendu, les CRS l’ont découpée à la tronçonneuse…

Mais le combat continuera et, déjà des victoires sont engrangées :
- Les occupantEs de la ZAD étaient 250 à 300 le 9 au matin. Ils/Elles sont plus de 700 une semaine plus tard et les renforts ne cessent d’arriver. Les forces de police, elles, sont passées de 2500 à 3000…
- La détermination de toutes et tous est de plus en plus grande devant la violence policière et l’aveuglement et le double langage du gouvernement.
- Les collectifs de soutien locaux reprennent chaque jour de la vigueur et la solidarité entre Zadistes, paysans, paludiers et militantEs de tous horizons s’affirme tous les jours.
- Une première rencontre a eu lieu aujourd’hui à la préfecture de Loire-Atlantique en présence de Nicolas Hulot et, même si l’ultimatum du dépôt de dossiers individuels est maintenu, son contournement est encore possible.
- Une deuxième rencontre est programmée pour vendredi prochain. Nous jugerons, alors, de ce qui pourrait advenir dans cette dernière semaine d’avril.

D’ici là, ne baissons pas la garde et restons mobiliséEs et déterminéEs. Faisons du prochain rassemblement du dimanche 22 au Taslu une nouvelle démonstration de notre force collectiveÀ Guérande, nous avons procédé à l’extension de notre ZAD, hier soir mardi. Partout, il faut maintenir la pression :

la ZAD vivra, la ZAD vaincra !

Éliane Paul-Di-Vincenzo, le 18 avril

Non à la violence de l’État contre les communs !

La destruction violente des communs de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes par le gouvernement français est un acte infâme et révoltant. L’actuelle offensive policière, menée par plusieurs milliers de gendarmes et de CRS, avec engins blindés et hélicoptères n’est que l’exercice de la violence étatique la plus pure contre un ensemble de pratiques collectives en cours ou en gestation, dont les fragiles conditions matérielles (bâtiments, lieux de réunion, outils de travail, troupeaux) sont anéanties par les bulldozers et les escouades policières.

Dès la première journée d’assaut contre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, la destruction de la ferme des “cents noms” constituait une véritable déclaration de guerre sociale et politique. La destruction de ce lieu ne s’imposait nullement au regard des critères invoqués par le gouvernement dans sa “communication”. Nicole Klein, préfète des pays de Loire, justifie l’opération policière en prétendant que les “cents noms” n’avaient pas déposé de projet agricole. Ce qui est de toute évidence faux : les habitants de cette ferme étaient porteurs d’un projet agricole alternatif et certains d’entre eux avaient déposé une demande de régularisation.

Quelle est la véritable raison de cette rage destructrice ? Ce n’est pas l’absence de projet, c’est la nature des projets qui est en cause. Ce que ne supportent pas l’État et ses représentants c’est que s’expérimentent depuis 10 ans des formes de vie qui préfigurent ici et maintenant ce que pourrait être une société libérée de l’emprise de la logique propriétaire sous toutes ses formes. De ce point de vue, il est de la plus haute valeur symbolique que les habitants et défenseurs de la zone aient proposé dès le début que l’Assemblée des usages prenne en charge la gestion collective des terres et des espaces. Cette solution présentait l’avantage de prolonger directement l’expérience initiée et poursuivie durant tant d’années : faire prévaloir la logique de l’usage commun, qui est une logique de soin et d’entretien, sur la logique propriétaire, qui est une logique destructrice et mortifère.

Ce n’est pas “l’État de droit” qui se défend, comme le soutient le premier Ministre, c’est un État de force qui veut éliminer le plus vite et le plus complètement possible tout ce qui pourrait relever du principe en acte du commun : associations, coopératives de consommation et de production, projets agricoles et artisanaux, modes d’échange et de vie conviviaux. L’État veut empêcher par ses moyens policiers démesurés ce qui est une véritable invention dans la manière de produire et de vivre, il veut faire table rase d un modèle de vie collective et écologique dont nous avons besoin aujourd’hui.

L’État apparaît ici sous son vrai visage : il n’est pas simplement le garant de la propriété privée, il est lui-même soumis de fond en comble à la logique propriétaire, il est l’État propriétaire en guerre contre les communs. Il faut lui faire échec coûte que coûte pour préserver le trésor menacé des communs.

Pierre Dardot et Christian Laval


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