Réforme du bac et du lycée et école capitaliste

lundi 21 mai 2018

Les réformes du bac, du lycée et la loi ORE (Orientation et Réussite des Étudiants) qui instaure Parcoursup font système. Alors que la lutte contre Parcoursup s’étend, la mobilisation contre le lycée Blanquer peine à s’amplifier, et le ministère en profite pour dérouler son projet. Ainsi, les projets de grille horaire communiqués aux organisations syndicales fin mars confirment toutes les craintes que les grands axes de la réforme laissaient présager. Nous publions ci-dessous la motion école défendue au congrès national du SNES (26 - 30 mars) suivi d’une première analyse du projet de grille horaire.

Depuis près de vingt ans (préconisations de l’ERT, European Round Table of Industrialists créé en 1983, Traité de Lisbonne concernant “l’économie de la connaissance” en 2001,…) les pouvoirs successifs ont œuvré à la soumission du système éducatif français, de la maternelle à l’université, aux nouveaux impératifs du capitalisme libéral et mondialisé. Cela s’est traduit par un empilement de régressions, du “socle commun” de 2003 à la réforme du collège de 2016, en passant par la réforme Chatel du lycée de 2010, du statut des personnels de 2014, l’accord PPCR de 2017,… Personnels, élèves et parents en subissent déjà les effets cumulés, même si certains aspects ont pu être retardés ou mis en échec (comme le LPC), et si le système éducatif actuel n’est pas encore totalement conforme aux exigences du patronat et de la finance internationale.

Le projet de réforme du bac et du lycée

Présenté le 14 février 2018 par le gouvernement, en cohérence totale avec les projets annoncés concernant l’enseignement ainsi que la formation professionnels et l’organisation de la sélection à l’entrée de l’université avec “Parcoursup”, il vient compléter la reconfiguration du système éducatif :

  • Le bac serait réduit à quatre épreuves terminales (dont un oral interdisciplinaire), complété par les épreuves anticipées de français (dont le contenu serait revu).
  • Tout le reste relèverait du contrôle continu ou ponctuel et compterait pour 40 ?% de la note finale. L’organisation des partiels en première et en terminale serait à la charge des établissements !
  • Le lycée serait réorganisé de façon modulaire : les élèves choisiraient trois disciplines de spécialité en première puis deux en terminale, dans une logique d’individualisation des parcours, de lycée à la carte. Une trentaine de combinaisons seraient possibles !
  • Des disciplines disparaîtraient du tronc commun (maths, SES, physique-chimie, SVT), des enseignements “transversaux” seraient créées en particulier dans les spécialités (humanités scientifiques et numériques ; histoire géographie, géopolitique et sciences politiques ; sciences informatiques et numériques ; humanités, littérature et philosophie ; droit et grands enjeux du monde contemporain)

Ainsi il n’y aurait plus un bac national, mais des bacs établissement par établissement. Ce serait la fin du bac comme diplôme national, ayant la même valeur sur tout le territoire, premier grade universitaire !

Ce projet est relié à la loi Vidal dans le supérieur autorisant les universités à sélectionner les candidatEs sur la base “d’attendus”. Il s’inscrit dans la logique du bac-3/bac+3, il constitue le prolongement de la réforme du collège.

Il signifierait la mise en concurrence des disciplines et des enseignantEs, des “économies” importantes, l’explosion des inégalités et l’intensification de la concurrence entre lycées. Ce qui ne peut mener qu’à des conséquences désastreuses pour élèves et enseignantEs, en lycée comme en collège, et au renforcement de la sélection sociale.

Un tel projet s’inscrit dans la logique d’une autonomie décuplée, et s’accompagnerait de mesures contre les personnels. Qui peut croire que le lycée modulaire, les parcours individuels et l’introduction de nouvelles matières seraient compatibles avec le statut des enseignantEs ?

Le SNES considère que le projet ministériel n’est ni amendable ni négociable, il doit être retiré. Aucune “concertation” n’est possible sur de telles bases.

Il est de sa responsabilité :

  • d’exiger le retrait de cette contre réforme du bac et du lycée, comme il revendique déjà le retrait du projet de loi sur l’orientation et la réussite étudiante, car c’est la même logique qui est à l’œuvre ;
  • de mobiliser pour le maintien du bac national, terminal, anonyme, premier grade universitaire ;
  • de proposer aux autres organisations syndicales de personnels, de parents et lycéenNEs d’amplifier le travail d’information à destination des personnels, des lycéenNEs et des parents, avec comme perspective la reprise de l’action après les congés de février, plusieurs départements et AG de mobilisation s’étant déjà prononcés pour la grève reconductible à compter du 19 mars.

L’impérieuse nécessité d’un projet alternatif

Dans la mesure où le système éducatif constitue l’un des piliers de l’édifice social, et où la conservation du système éducatif actuel ne saurait s’inscrire dans une alternative anticapitaliste, ni même répondre aux contradictions qui traversent la société et s’expriment par l’aspiration sociale à une réelle démocratisation scolaire, il est du devoir du SNES, en tant que syndicat des travailleuses et travailleurs de l’éducation, de contribuer à l’élaboration d’un projet alternatif, crédible et donc mobilisateur dans son secteur, s’intégrant dans un projet plus vaste d’alternative sociale.

C’est pourquoi le SNES revendique, dans une perspective d’alternative anticapitaliste, pour le Second degré :

  • Une culture scolaire émancipatrice, polytechnique et polyvalente garantie à touTEs les jeunes.
  • Une scolarité sans orientation jusqu’à 18 ans.
  • Un lieu unique de socialisation et de formation des jeunes, de taille modeste.
  • La mise en pratique des pédagogies émancipatrices dans le cadre de la liberté pédagogique collective .
  • Une autre approche des savoirs et de l’interdisciplinarité.
  • L’exercice de la démocratie dans les établissements, pour les élèves et les personnels.

Motion déposée par Émancipation tendance intersyndicale au congrès de SNES de Rennes

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