Des Assises en vue de casser l’école maternelle

mardi 29 mai 2018

Les Assises de l’école maternelle semblent nous rejouer la mélodie déjà entendue des rythmes scolaires basés sur la recherche scientifique.

Les nouveaux rythmes se basaient sur la science de la chronobiologie. C’est sur cette base que l’État a fait de la commune, un partenaire privilégié de l’Éducation nationale. Le Projet Éducatif Territorial, généralisé sous Hollande, en est la concrétisation.

La science s’est invitée cette fois aux Assisses de la Maternelle pour y jouer, semble-t-il, une partition similaire. Encore une fois l’État va proposer des mesures à la commune. Et dans le contexte très particulier de 15 milliards d’économies sur cinq ans, une aide financière sera utilisée pour convaincre les acteurs territoriaux, comme pour les rythmes. Cette fois-ci, il s’agit de donner aux ATSEM (Agents Territoriaux Spécialisés des Écoles Maternelles) des activités pédagogiques. Exit les programmes, pour laisser place au langage et à l’affect. La maternelle pourrait ne plus appartenir à l’Éducation nationale mais à un pôle petite enfance de zéro à six ans. Et l’État est pressé et veut prendre les mesures très vite, avant la réflexion des intéressés. L’urgence, avant de tout comprendre, pour empêcher la résistance à ces mesures, pour poursuivre la casse de l’Éducation nationale de la maternelle à l’université. Les ATSEM en feront les frais en tout premier.

Les Assises ont commencé par la conclusion

Normal, c’est le dialogue social façon gouvernement !

Dès l’ouverture des assises, Macron en personne, a annoncé sa réforme de la maternelle, montrant bien que l’objectif des Assises n’étaient aucunement, comme il l’a dit, d’orienter les décisions gouvernementales mais de les illustrer. Les Assises, c’était l’opération communication, sur fond de vérité, destinées à faire passer les mesures. Cela a été démontré de façon assez caricaturale quand, après deux jours de conférences, l’“organisateur” B. Cyrulnik, a été prié d’abréger une conclusion à peine ébauchée. Inutile ! Il fallait laisser tout le temps à Jean Marc Huart, le chef de la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO), de répéter les annonces de Macron en d’autres termes.

L’annonce phare

L’école obligatoire à trois ans : une attaque du principe de laïcité mais pas que...

Certains médias l’ont justement pointé, cette obligation n’affectera que 3 % environ des enfants de trois ans car la majorité des enfants est déjà scolarisée. Un effet d’annonce qui lui permet d’attaquer entre autres :

1) le droit à la scolarité à deux ans ;

2) le principe de laïcité, ce que le Comité de réflexion et d’Action Laïque (CREAL) dénonce au mieux quand il dit que “[…] cette disposition fait entrer en toute discrétion l’école maternelle dans la compétence de la loi Debré (aggravée par la loi Carle) qui ne fait obligation de financement public que dans le cadre de […] l’obligation scolaire. Jusqu’à présent les municipalités n’étaient tenues au versement du forfait scolaire que pour les élèves des écoles élémentaires privées sous contrat. Cette obligation sera mécaniquement étendue à ceux des maternelles privées”.

Le coût supplémentaire estimé pour les collectivités locales, dans un contexte de diminution drastique des aides de l’État, serait de 1 milliard d’euros, alors que 3 milliards d’euros sont accordés au privé dans le budget de l’Éducation nationale (chiffres de 2015). Le CREAL poursuit “[…] Nous comprenons mieux le silence du Président Macron à l’occasion de la Journée nationale de la laïcité ce 9 décembre [...] la mesure d’obligation scolaire à trois ans est dès lors une aubaine pour l’enseignement privé à 95 ?% catholique qui de plus ne manquera pas de proposer ses services dans les secteurs abandonnés par le service public”.

On le voit, l’abrogation des lois Debré et Carle est plus que jamais d’actualité. D’autant plus que les dernières déclarations de Macron devant l’assemblée des Évêques confirme que la loi 1905 de séparation de l’Église et de l’État pourrait être sérieusement remise en cause par le gouvernement.

Une maternelle nouvelle formule qui garde le nom mais dont le contenu n’est plus le même : moins coûteux, moins exigeant. Et des mesures qui ouvrent la voie vers un pôle petite enfance.

L’absence des enseignants à ces Assises

Sans les enseignants, un nouveau décor a été planté lors de ces Assises. Celui d’une maternelle d’où l’Éducation nationale semble retirer ses billes, où l’enseignant serait de moins en moins l’acteur principal. Il s’agit d’une remise en cause du bien fondé de l’école maternelle et de ses objectifs pédagogiques sur la base d’économiser tout ce qu’il est possible d’économiser. Conséquence, une transition avec diminution du besoin en professeurs de maternelle, pour diminuer la masse salariale de l’Éducation nationale, le plus gros poste du budget de l’État, avec toujours l’objectif de baisser de trois points la part de la dépense publique dans le PIB. Des sacrifices supplémentaires en perspective pour les communes, mais aussi la lourde responsabilité d’hériter de la gestion de millions de jeunes enfants. Il s’agirait ici, comme le préconise l’AP22, du transfert de l’État vers le local, de la prise en charge des 3-6 ans.

Le statut des ATSEM

Il est remis en cause et voient leurs missions décuplées.

Sur le plan diminution de la dépense de la Fonction publique, tout s’articule. Les ATSEM, payées par les communes, ont un salaire bien inférieur à celui des professeurs. Mais plus grave, le nouveau décret qui les concerne, publié avant les Assises va bien au-delà. Il liste les missions de toujours mais aussi les nouvelles missions qu’ “ils peuvent” faire (à noter le ils).

Voyons les missions “classiques” de toujours : “[l’] accueil et l’hygiène des enfants... [la] préparation et la mise en état de propreté des locaux et du matériel servant directement à ces enfants”. Elles sont d’ores et déjà à la base des revendications portées par le collectif des ATSEM. Celles-là mêmes qui ont été écartées de ces Assises. Elles seraient pourtant le premier gage de reconnaissance de leur travail. À savoir, une ATSEM par classe (revendication à laquelle l’Association des Maires de France s’oppose), un déroulement de carrière C et B, un salaire minimum de 1 ?800 euros, la titularisation des précaires, mais aussi un temps de travail journalier avec un cadrage national car les plages horaires, à rallonge, restent à la discrétion des mairies.

Et puis il y a les missions qu’ “ils peuvent” faire. Ici comme ailleurs, il ne s’agit pas d’une reconnaissance d’un travail non reconnu, d’une simple formalité. On connaît la musique. C’est demander plus pour le même salaire, en novlangue, c’est l’augmentation de la productivité. Et l’enfant devient source de profits. Et ces nouvelles missions listées ouvrent, large, la boîte de Pandore : “[…] participer à la mise en œuvre des activités pédagogiques prévues par les enseignants et sous la responsabilité de ces derniers. […] assister les enseignants dans les classes ou établissements accueillant des enfants à besoins éducatifs particuliers [...] [surveiller] les enfants des classes maternelles ou enfantines dans les lieux de restauration scolaire [...] [participer à] l’animation dans le temps périscolaire ou lors des accueils de loisirs [...]”. D’une part, le “ils peuvent” du décret se traduira bien vite par “ils doivent”. Car la managérisation de la gestion des personnels basée sur une pression XXL se met en place avec les nouvelles mesures macroniennes qui parachèvent les hollandiennes (PPCR, RIFSEEP, futur nouveau pacte social, les inspections-accompagnement, etc.). D’autre part, ces missions vont permettre à l’État de supprimer des AVS, des personnels spécialisés dans la scolarisation d’enfants handicapés, allophones, malades, etc. et d’étendre l’“inclusion”, (sur fond de fermetures d’établissements spécialisés). Mais elles vont aussi permettre aux communes de les utiliser officiellement à la place des animateurs scolaires sur le temps périscolaire.

Les ATSEM vont donc bien voir reconnaître leur indispensabilité, mais pas pour améliorer leurs conditions de travail, bien au contraire. Quant au salaire, c’est celui au mérite que l’État leur concocte avec des possibilités de devenir chef rapidement. À la place du salaire qu’elles méritent, c’est le salaire au mérite que Macron leur offre.

Transfert des missions spécifiques d’enseignement

Et des postes qui valsent dans tous les sens !

Les classes maternelles actuelles surchargées sont incompatibles avec la maternelle des scientifiques invités aux Assises. Celle axée sur le langage et tenant compte de l’affect des enfants. S’ajoute à cela, le fait que les Assises se sont déroulées au moment de la carte scolaire 2018 et que l’évolution de la maternelle en dépend. Or les postes créés vont à l’encontre des vœux des scientifiques de diminuer les effectifs en maternelle. Selon les chiffres officiels, 900 postes environ vont manquer pour mener à bien la scolarisation obligatoire dès trois ans. Et dans le même temps, 1000 classes maternelles vont être supprimées partout à la rentrée 2018. Les postes libérés seront récupérés pour les besoins des CP et des CE1 à 12 en REP et REP+. C’est la mesure phare qui sert à cacher le reste.

Ces fermetures/ouvertures de postes partout, ressemblent à un grand jeu national de chaises musicales, en novlangue, la mobilité des personnels. L’école maternelle n’y échappe pas avec en plus, le transfert de missions pédagogiques des PE (d’État), aux ATSEM (de la Territoriale) sans la rémunération qui va avec. En clair, des maternelles qui fonctionneraient en petits groupes avec des ATSEM, et qu’on destinerait à intégrer un nouveau pôle de la petite enfance de zéro à six ans sous un autre ministère pour lequel il y aurait un seul curriculum comme préconisé par l’OCDE en juin 2017. On comprend l’intérêt du gouvernement à ces Assises de mettre à l’honneur les ATSEM, dont les missions vont décupler, et de laisser les professeurs dans l’ombre dont l’importance va diminuer voire disparaître. Et on comprend l’intérêt du gouvernement de remplacer opportunément le programme du cycle 1 des professeurs, par le langage et l’affect opportunément revendiqués par les Assises.

Les syndicats doivent se positionner : pour la nationalisation de l’école privée sans contrepartie ; pour toutes les revendications des ATSEM pour lesquelles elles ont massivement fait grève en 2016-2017, et avant tout pour un statut d’ATSEM fonctionnaire d’État de l’Éducation nationale ; pour le maintien d’un programme cycle 1 national, contre la gestion territoriale de la maternelle, et… pour le maintien dans l’Éducation nationale d’une maternelle que le monde entier nous envie… encore.

Émancipation GD 13


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