À côté du “secteur marchand” : les associations “à but non lucratif”

mardi 29 mai 2018

Les associations loi 1901 ont connu un foisonnement extraordinaire dans de nombreux domaines, culture, sport, art, éducation populaire, petite enfance, social, médicosocial, humanitaire, caritatif… La souplesse du dispositif a permis des créations innombrables, des plus petites aux plus grandes, des plus éphémères aux plus durables, des plus légères (un noyau de bénévoles, un budget infime) aux plus lourdes (des milliers de salarié-e-s à travers le pays, voire au-delà, de nombreux biens et d’énormes moyens financiers).

Mais le but n’est pas le profit, et, dans une société capitaliste, maintenir un secteur non marchand, sans rémunération des actionnaires, s’avère insupportable. Dès 2002, une note du MEDEF annonce la couleur : “intégrer le secteur social dans le secteur marchand”, tel est l’objectif, et donc grignoter, réduire la part du secteur associatif dans l’accompagnement des personnes âgées (EHPAD), dans les crèches, les foyers de personnes handicapées ; en effet, la santé et le social peuvent rapporter gros.

Un modèle entrepreneurial qui veut s’imposer

Crèches parentales, petites associations de parents gérant des foyers pour les enfants handicapé-e-s se retrouvent dans l’œil du cyclone libéral. Faudra-t-il tout sacrifier sur l’autel de la “Phynance” ? La sociologue Brigitte Chamak, citée par la revue Sésame Autisme , souligne la “tendance à promouvoir les puissants groupes gestionnaires liée à la volonté politique de modifier le secteur social et médicosocial”. Elle donne l’exemple d’une “association de parents d’enfants autistes, dont le projet était centré sur le développement et le bien-être des personnes [qui] a subi des semonces de la part de l’agence régionale de santé qui a demandé à l’association de fusionner avec le groupe SOS, groupe d’intérêt économique qui se présente comme mettant « l’efficacité économique au service de l’intérêt général »” Elle poursuit : “Le pouvoir de l’économie sur le milieu médical et le secteur médicosocial se traduit par la promotion de la performance, de la rationalisation et de l’efficacité, et se manifeste par des réformes managériales qui affaiblissent la position des professionnels.

De plus la logique d’appel à projets de l’ARS (agence régionale de santé) induit la mise en concurrence des associations et l’uniformisation des structures”. Le vocabulaire associatif change, le personnel devient “ressources humaines” (l’expression, aujourd’hui banalisée, ne vient-elle pas du nazisme ?) et les termes du monde de l’économie envahissent le champ associatif : “optimisation des moyens”, “environnement concurrentiel”, “valorisation des actifs”… Les associations doivent se rapprocher du monde de l’entreprise, voire s’identifier à son fonctionnement en matière de démarche qualité, d’évaluation, et même de financement, le moindre déficit faisant courir un grand danger, celui notamment d’être repris par plus gros que soi.

Face aux dérives, défendre les valeurs de l’activité non lucrative

Les risques et dérives existent aussi dans les secteurs associatifs liés aux vacances, aux loisirs, aux domaines socioculturels. Tentations consuméristes, recherche de rentabilité, conflit de valeurs. Quelques exemples tirés de l’expérience des AIL (Ami-e-s de l’Instruction Laïque) : l’on veut pratiquer la modération des tarifs d’activité pour s’adresser à tout public, mais les animateurs et animatrices aux statuts précaires (intermittent-e-s du spectacle, auto entrepreneur-e-s…) demandent des prix plus élevés pour être correctement rémunéré-e-s. L’équilibre est délicat à trouver entre les légitimes aspirations des adhérent-e-s et des intervenant-e-s. Difficile aussi de préserver l’esprit AIL (sens du collectif et décisions collégiales – les réunions sont peu fréquentées – café de la libre expression et club de réflexion citoyenne, événements conviviaux et festifs pour l’ensemble des adhérent-e-s) dans un univers où priment les initiatives commerciales (demande de vide-grenier), les désirs individualistes (préférence pour le one man/woman show au théâtre, la valorisation individuelle). On a parfois l’impression de ramer à contre-courant pour préserver la vie associative des influences qui la dénaturent, des évolutions qui la poussent à adopter à la fois les méthodes des entreprises privées et les pesanteurs institutionnelles, loin de la souplesse, de la liberté, de la solidarité qui la caractérisaient initialement.

Marie-Noëlle Hopital


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