Gaza, la solidarité des gens de mer : flottilles de la liberté

samedi 16 juin 2018

Le navire “Al Awda” (le retour), un ancien bateau de pêche norvégien, pavoisé aux couleurs de la Palestine, a quitté le 30 avril le port de Bergen, salué par des centaines de solidaires venuEs souhaiter bonne chance au navire partant briser le blocus de Gaza . Il a fait escale le 11 mai à Oslo, et commencé son périple sud. Plusieurs escales, une douzaine si possibles, sont prévues dans des ports de la Méditerranée, pour populariser les objectifs de la flottille avant de mettre le cap sur Gaza en juillet. En France, dès avant l’entrée en méditerranée, il a fait escale à la Rochelle du 8 au 11 juin.

Il ne sera pas seul, d’autres navires, en particuliers suédois, viendront constituer cette Flottille de la Liberté. Les CanadienNEs, dès l’origine piliers de la coalition internationale des flottilles de la liberté (FFC, the international Freedom Flotilla Coalition), préparent un équipage mêlant significativement les origines, les âges, les activités professionnelles (1). Participent également dans la campagne FFC 2018 des organisations solidaires italienne, malaise, néo-zélandaise, turque, sud-africaine, espagnole, états-uniennes, australienne. En France sont impliquées les deux structures (le collectif national et la plate-forme des ong) qui fédèrent le mouvement pro-palestinien.

Briser le blocus par la mer

Comme l’explicite clairement le nom d’une des organisations fondatrices de la FFC, le “comité international pour briser le siège de Gaza” (ICBSG, International Committee for Breaking the Siege of Gaza (2)), si de tous les points du globe des équipages s’apprêtent à embarquer sur les navires de la flottille, c’est pour s’opposer en actes à un crime : l’enfermement sur une mince bande de terre de quelque deux millions de personnes. Des “restrictions de mouvements”, pour utiliser l’euphémisation bien pensante, pèsent sur les Gazaouis depuis une bonne vingtaine d’années. Mais c’est un siège hermétique qu’ils subissent depuis 2007, par terre, par air et par mer.

Pour celles et ceux qui connaissent bien la mer, face à la brutalité du blocus, la route maritime s’est imposée comme un espoir. Vittorio Arrigoni et ses compagnons/compagnes réaliseront l’exploit en août 2008, menant les bateaux de la mission “Free Gaza” jusqu’au port de Gaza.

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Ils/elles seront les seul.e.s à passer. En 2010, la première grande Flottille de la Liberté (huit bateaux, 700 solidaires, une très importante cargaison de matériaux de construction et d’aide humanitaire) sera arraisonnée avec une insigne brutalité en eaux internationales, laissant neuf morts sur le Mavi Marmara. Sûr de l’impunité (effective suite au rapport Palmer), Israël actionne ses soutiens européens pour verrouiller le blocus maritime : c’est en Crète que les bateaux de la Flottille II (2011) seront bloqués (3) (le Dignité parviendra à s’échapper, avec entre autres à son bord Olivier Besancenot et Annick Coupé. Il sera arraisonné en eaux internationales, ses passagers transbordés en Israël puis expulsés). Si le beau voilier norvégien Estelle est lui aussi arraisonné (octobre 2012), il était à une cinquantaine de kilomètres de Gaza : les gens de mer apprennent et s’organisent. En 2015 la Flottille suivante (qui comptait à bord du Marianne l’ex-président tunisien Moncef Marzouki ainsi que plusieurs parlementaires européens et arabes) arrive aux limites des eaux gazaouies. Les axes de campagnes médiatiques se diversifient : 2016 verra les pays maghrébins organiser une Flottille, et le bateau des femmespour Gaza, le Zaytouna-Oliva, qui compte à son bord une quinzaine de femmes, dont la prix Nobel de la Paix Mairead Maguire, parviendra lui aussi à une cinquantaine de milles des eaux de Gaza (octobre 2016) et percera (un peu !) le mur des médias.

Ce que démontrent inlassablement les Flottilles, c’est la brutalité du blocus de Gaza. Ce que nous apprenons des Flottilles, c’est que, tant qu’Israël pourra impunément prétendre que le blocus de Gaza est légal, il se comportera en pirate sur mer. Pour que les Flottilles passent, il faut un soutien des peuples : c’est depuis la terre, par notre action de popularisation, que nous fraierons la route des bateaux !

La mer vue de Gaza

En 2017, l’accent de la campagne FFC se porte logiquement sur le soutien aux pêcheurs (4), en partenariat avec le syndicat gazaouis des paysans et des pêcheurs, l’UAWC (Union of Agricultural Work Committees, union des comités de travailleurs de l’agriculture) (5). La campagne “Solidarité avec les pêcheurs de Gaza” veut lier la lutte des pêcheurs palestiniens, sous blocus et sous les attaques incessantes de la marine de guerre israélienne, avec leurs camarades pêcheurs de tous les pays du monde. La pêche durable, tout autour du globe, est menacée essentiellement par des facteurs politiques. Mettre en lumière la situation des Palestiniens à Gaza ne signifie pas seulement éclairer la nécessité de mettre fin au blocus inhumain et illégal imposé par les Israéliens, mais éclaire aussi l’indispensable respect pour tous les pêcheurs de toutes les mers.

Les pêcheurs de Gaza sont en effet pris entre les deux lames d’un étau qui les broient, littéralement : Ils sont soumis aux contraintes aussi absurdes que brutales, changeantes, de l’occupant, sous la menace constante des vedettes de guerre, typiquement en ce qui concerne la zone de pêche autorisée, qui peut être réduite comme peau de chagrin (la mer peut être interdite au delà de 3 milles !). Ces contraintes, l’armée n’en tient elle-même aucun compte, attaquant dans les eaux autorisée les hasakas, grandes barques pontées, dernier reste avec quelques sardiniers de la flottille de pêche qui comportait encore en 2011 des petits chalutiers : des pêcheurs ont été tués à proximité immédiate du rivage. Blesser par balles, obliger l’hiver les pêcheurs à sauter dans l’eau glacée pour rejoindre à la nage le navire de guerre, confisquer les bateaux, effectuer un chantage constant sur les pêcheurs capturés, à savoir la collaboration contre le rendu du bateau... et tuer encore et encore. Le dernier pêcheur qui a laissé ainsi sa vie (25 février 2018) s’appelait Ismail Abu Riyala et avait 18 ans. Et de plus les pêcheurs exercent leur activité dans des eaux polluées, sur-pêchées compte tenu de l’exiguïté des zones autorisées, et assistent impuissants à l’épuisement des ressources.

L’arbitraire sans frein

L’occupant ne s’est jamais donné la peine de justifier la situation inhumaine faite aux pêcheurs. Ils en serait d’ailleurs incapable : en dix ans d’une chasse féroce, pas une seule fois le moindre objet suspect n’a été trouvé sur un bateau de pêche. La seule raison est claire : montrer qu’on est le maître.

La même logique a présidé à la destruction de l’Arche de Gaza, beau projet astucieux et utile : briser le blocus de l’intérieur, en faisant sortir un bateau. Un vieux chalutier acheté à l’été 2013 a été entièrement réhabilité. Il devait être chargé de produits élaborés à Gaza pour montrer au monde que Gaza a de belles ressources. Dès qu’il a été capable de prendre la mer, au printemps 2013, il a été saboté au port, partiellement coulé, puis a nouveau attaqué et finalement détruit : rien ne doit entrer ni sortir de la cage, plastronne l’occupant.

Al Awda et ses bateaux compagnons ont pris la mer pour s’opposer à cette logique meurtrière. Du soutien de tou.te.s dépendra leur sort.

Sarah Katz

(1) Voir leur site http://canadaboatgaza.org/

(2) http://en.breakgazasiege.org/

(3) Voir la BD de Marie-Jo Parbot : Gaza, carnet de non-voyage .

(4) Les pêcheurs à Gaza sont des hommes, à la notable exception de Madleen Kulab, première, et seule à ce jour, femme pêcheure à Gaza, hautement respectée !

(5) https://sgf.freedomflotilla.org/about-solidarity-with-gaza-fishers


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