L’exil n’est pas un eldorado, le passage par nos Alpes n’est pas sans danger...

Nous sommes toutes et tous concerné·e·s par l’accueil des exilé·e·s !
mardi 25 septembre 2018

Les situations politiques locales, les guerres, le dérèglement climatique entraînent famines et épidémies et poussent d’importants flux de populations à prendre les chemins de l’exil. Hommes, femmes, enfants partent d’Asie centrale, d’Europe de l’est, d’Afrique traversent continents et océans dans l’espoir d’arriver enfin dans un monde meilleur.

Beaucoup de ceux et celles qui se sont résigné·e·s à l’exil ne survivent pas aux périples dans les déserts, aux geôles de la Libye, aux canots de la Méditerranée… Seul·e·s les plus fort·e·s, les plus chanceux et chanceuses arrivent en Italie où ils et elles ne peuvent ni ne veulent rester. Pour la majorité de ceux et celles qui parlent français, la France, terre d’asile, patrie des droits de l’homme, ex puissance coloniale, est perçue comme un eldorado et ils et elles pensent y être accueilli·e·s correctement. Encore faut-il arriver à entrer en France !

Depuis que la vallée de la Roya a été cadenassée par la PAF, l’armée, la police, que toutes les gares ont été bloquées, que les militant·e·s ont été régulièrement arrêté·e·s, le passage par Vintimille est devenu quasiment impossible.

Depuis le début de l’année 2017 la route de l’exil passe donc par le Briançonnais, les cols de l’Échelle et du Montgenèvre. Malgré le froid, la neige, les chutes de pierres, le plus souvent chaussé·e·s de simples tennis, sans aucun équipement, ils et elles étaient nombreux et nombreuses chaque nuit à tenter de passer la frontière quels que soient le temps ou la saison.

Le col de l’Échelle commence lui aussi à être cadenassé par les forces de l’ordre (application de l’état d’urgence) obligeant jeunes, adultes et familles à prendre des chemins de plus en plus difficiles à partir de Bardonnechia, dernier village italien avant la montagne.

JPEG - 502.4 ko

Alors pour tenter d’éviter le pire, les montagnard·e·s de nos vallées, se sont transformé·e·s en “milivoles” (concentré de militants et de bénévoles, terme inventé à Calais par les premiers touchés par cette migration) et continuent à entrer en action quotidiennement :
- maraudes toutes les nuits dans chaque coin de la montagne,
- dépôt de vêtements, de couvertures, de nourriture, de bois pour se réchauffer, dans les cabanes,
- passage régulier en voiture pour recueillir ceux et celles qui appelleraient au secours.

Préférant sauver des humains plutôt que défendre cette frontière, toutes et tous se font un devoir d’aide humanitaire et/ou de secours en montagne. Ils et elles n’écoutent que leurs valeurs et leur cœur, tout en sachant que les véhicules ayant des migrant·e·s à bord sont arrêtés par les forces de l’ordre qui invitent alors les conducteurs et conductrices à se présenter au commissariat, où ils et elles seront considéré·e·s comme passeurs !

Quant aux personnes interpellées, après un tour au commissariat ou dans le camion de la gendarmerie, elles sont ramenées sur la route, quel que soit leur sexe ou leur âge, quelle que soit l’heure, la météo ou la température, sans avoir été ni nourries, ni réchauffées avec pour ordre de rejoindre à pied l’Italie.

Pour c elles etceux qui arrivent enfin dans la vallée, des portes leur sont ouvertes pour un premier accueil(les réchauffer, les nourrir, les laisser se reposer, leur donner les premiers soins) avant que ceux et celles de Briançon et le personnel hospitalier prennent le relais.

Actuellement ce sont essentiellement des mineurs isolé·e·s venu·e·s de l’Afrique de l’Ouest qui arrivent dans les Hautes-Alpes. Selon le droit international toutes et tous devraient être accueilli·e·s et pris·es en charge par le Conseil départemental qu’ils et elles soient mineur·e·s ou majeur·e·s demandeurs et demandeuses du droit d’asile.

Pallier les carences de l’État

JPEG - 770.2 ko

Les nombreuses associations dont le Collectif “Un toit un Droit”, la Cimade, ATTAC, RESF, Réseau Hospitalité, Tous migrants, Enfants en danger, et tant d’autres, toutes animées par des bénévoles pallient aux carences de l’État.

Par manque de moyens matériels et financiers, par manque de personnels formés à l’accueil, mais aussi par manque de volonté le Conseil départemental des Hautes-Alpes ne remplit pas les missions qui sont les siennes en ce qui concerne tous et toutes les majeur·e·s, tous et toutes les mineur·e·s, arrivé·e·s dans le département… alors que les besoins de tous ordres sont multiples et que tous les bénévoles épuisé·e·ssont au bord du burn out !

“Génération Identitaire” veille...

Après une opération médiatique de blocage du col de l’Échelle, et depuis son arrivée dans le Briançonnais le 21 avril, ce mouvement est engagé dans une “mission Alpes”… Ces activistes font signer des pétitions sur le marché, font du collage sauvage dans plusieurs endroits de la ville, mais surtout se substituent aux autorités, ils traquent les migrant·e·s, n’hésitent pas à les reconduire à la frontière, voire à les remettre au commissariat ou à la gendarmerie. Ils et elles cherchent à alimenter un climat de peur selon le directeur de cabinet de la mairie de Briançon.

Malgré les alertes du maire de Briançon auprès de la préfecture, l’inaction de l’État est totale !

Le procureur de la République de Gap “enquête sur les membres du groupe afin de déterminer s’il y a ou non délit d’immixtion dans un travail de la Fonction publique lors de maraudes dans la zone frontière”.

Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb parle d’agitation et ne donne pas d’instruction pour rétablir l’État de droit au col de l’Échelle…

... et la répression s’abat sur les citoyen·ne·s solidaires !

Lors d’une manifestation pacifique de 150 habitant·e·s des vallées frontalières, engagé·e·s dans la solidarité concrète avec les migrant·e·s transitant dans cette région, six personnes furent interpellées et trois arrêtées : Éleonora, Bastien et Théo, inculpé·e·s “d’aide à l’entrée d’étrangers en situation irrégulière, en bande organisée” risquent 10 ans de prison et 750 ?000 euros d’amende !

Ils et elle ont été incarcéré·e·s 11 jours aux Baumettes (à Marseille), puis laissé·e·s en liberté provisoire avec interdiction de quitter les Hautes-Alpes, de prendre la parole, de communiquer avec la presse.

JPEG - 786.1 ko

Le 31 mai, “les trois de Briançon” ont été remis en liberté totale, sans contrôle judiciaire dans l’attente du procès renvoyé au 8 novembre prochain en attendant que le Conseil constitutionnel se prononce sur le délit de solidarité.

Près de 600 personnes se déclarant toutes et tous “délinquant·e·s solidaires en bande organisée” ont acclamé cette décision certes provisoire mais qui permettra à Éléonore, Bastien et Théo de rentrer chez eux, en Italie ou en Suisse et de continuer leurs études.

Lors d’un rassemblement “Pour l’Hospitalité”, le 28 avril dernierà Gap, pendant lequel plus de 300 personnes ont pu écouter de nombreuses interventions à dimension nationale dont celles de Marie-Christine Vergiat députée européenne, d’accueillant·e·s du briançonnais, d’une militante italienne, toutes dénonçant la fermeture de la frontière dans l’espace Schengen, les conditions de l’accueil dans les Hautes-Alpes et ailleurs…

Malgré tout les activistes identitaires sont toujours présent·e·s, ils et elles continuent leur sale besogne…

Malgré tout cela, les exilé·e·s continuent à arriver…

En ce mois de mai nos montagnes se sont transformées en cimetière

Matthew Blessing, jeune nigériane de 20 ans, est morte noyée dans la vallée de la Clarée, affluent de la Durance, très vraisemblablement après une course poursuite avec des gendarmes. Lundi 7 mai, aux alentours de 5h du matin trois personnes étrangères (deux hommes et une femme) marchaient suivant la nationale 94 en direction de Briançon. À la hauteur du hameau de la Vachette, cinq policiers les ont pris en chasse.Effrayée, la jeune femme a disparu, son corps a été retrouvé quelques jours plus tard !

Le corps de Mamadou, migrant mort d’épuisement a été découvert par des randonneurs vendredi 18 mai en fin d’après midi. Son compagnon d’infortune a lui aussi frôlé la mort.

Quelques jours plus tard, le corps d’un homme “noir” a été découvert sur le versant italien du col de l’Échelle. Les autorités italiennes cherchent à l’identifier...

Ce sont trois morts de trop !

Ces trois décès dans nos montagnes nous appellent au recueillement et à la réflexion.

Quel pays souhaitons-nous être ?

Quel fondement porte notre culture locale ou nationale ?

Que nous ont apporté les migrant·e·s d’hier, espagnol·e·s, italien·ne·s, polonais·es, portugais·es ou maghrébin·e·s dont nous sommes souvent issu·e·s ?

Ces morts dans nos montagnes étaient-ils de futur·e·s Édith Piaf, Marie Curie, Charles Aznavour ou Zinedine Zidane ? Nul ne le saura jamais.

Depuis, deux points qui pourraient sembler positifs sont à relever

Le 11 avril dernier en commission des lois, bien que très chahuté par des députés de droite et de la majorité, le Défenseur des Droits a été très critique sur le projet de loi sur l’immigration et le droit d’asile…

Le 6 juillet dernier, les “sages” du Conseil constitutionnel ont affirmé qu’“une aide désintéressée au séjour irrégulier d’étrangers ne saurait être passible de poursuite au nom du principe de fraternité”. En revanche l’aide à l’entrée irrégulière reste illégale.

Immédiatement le ministère de l’Intérieur a précisé dans un communiqué que “l’exemption pénale pour l’aide apportée dans un but humanitaire ne doit pas s’étendre à l’aide apportée dans un but militant ou aux fins de faire obstacle à l’application de la loi ou de l’action de l’État”.

Mais les représentants de l’État, dans les Hautes-Alpes ne tiennent aucun compte de ces “avancées” : le 17 juillet, quatre personnes dont deux responsables du collectif “Tous migrants” ont été mises en garde à vue lors de la manifestation du mois d’avril. Bien que relâchées, elles comparaîtront elles aussi le 8 novembre prochain pour “aide à l’entrée irrégulière d’étrangers en bande organisée”.

Nous sommes toutes et tous des délinquant·e·s en bande organisée…

Nous pourrions toutes et tous, un jour, être obligé·e·s de partir, de quitter notre pays, notre région, nos racines… et nous souhaiterions trouver ailleurs des conditions d’accueilhonorables pour construire de nouvelles vies.

Sans compter que certain·e·s, jeunes ou moins jeunes européen·ne·s, choisissant d’aller tenter de faire fortune dans des pays dont sont parfois issu·e·s “nos migrant·e·sactuel·le·s”, y jouissent de conditions de vie fort acceptables, vivent dans des quartiers réservés et ont un statut d’expatrié·e·s et non de migrant·e·s !

Nous sommes, toutes et tous, concerné·e·s par cette “crise des migrations”, nous nous devons toutes et tous d’aider et de soutenir ces hommes, ces femmes, ces enfants qui ne demandent qu’à être accueilli·e·s dignement, à s’intégrer et à vivre à nos côtés.

Nous devons toutes et tous revendiquer fermement et fortement le droit de libre circulation, de libre installation pour toutes et tous dans le pays de son choix.

Nous devons toutes et tous continuer à nous battre jusqu’au 8 novembre pour “les trois de Briançon et les quatre inculpés de juillet”.

Malgré la décision du Conseil constitutionnel et le communiqué du ministre de l’Intérieur, il faudra sans cesse rappeler que rien dans l’état actuel de la loi ne permet de les condamner.

Ils et elles n’ont pas commis d’autre faute que de participer à une manifestation pacifique contre la présence d’identitaires bloquant la frontière qui n’ont jamais été inquiétés par les forces de l’ordre, et que seule la fraternité est sur les bancs des accusés.

Nous seront nombreuses et nombreux le 8 novembre devant le tribunal de Gap pour défendre nos idées et nos camarades.

Nous nous devons toutes et tous, citadins et citadines, habitant·e ·s des plaines ou du bord de mer d’être solidaires avec ces“nouveaux justes” que sont les montagnard·e·s de nos vallées, en première ligne pour assurer accueil, nourriture et logement à ceux et celles qui arrivent épuisé·e·s et sans rien, après de si longs périples.

Claudie Roussel, retraitée SNES-FSU,

le 8 août 2018


Brèves

10 janvier - Débat avec Jean-Marc Rouillan

Le samedi 13 janvier à 14h
Jean-Marc Rouillan sera à l’EDMP au 8 Impasse Crozatier Paris 12ème (...)

26 juin 2017 - Mardi 27 juin - Rassemblement et meeting unitaire - 12 h - Paris - Invalides

Pas de code du travail sur ordonnance !
Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES, (...)