Contre la précarité, se mobiliser sur des revendications claires et offensives

Dossier
mercredi 26 septembre 2018

Le président des riches renforce sa croisade pour adapter les services publics aux exigences capitalistes : renforcement des catégories de la Fonction publique spécialisées dans la répression et la coercition, dont LREM comme la droite rêvent de faire, au motif qu’elles seraient régaliennes, les seules dont les personnels resteraient fonctionnaires. Et aussi développement des emplois de non-titulaires, on ne peut plus rentables, puisque travaillant plus et dans des conditions bien pires que les titulaires… pour gagner moins et être licenciables à volonté... Cette armée de réserve de plus d’un million de contractuelEs, de vacataires, de “CDI” publics, d’emplois aidés, n’existe que parce que l’État et les administrations contournent la loi en gérant ces personnels sur des crédits provisoires, en les baladant d’un sous-statut à un autre, en confondant la limite entre bénévolat et emploi, avec l’incitation à l’engagement des jeunes, aux services civiques (voir en page VI de ce dossier l’article sur l’éducation populaire mise en grand péril par une circulaire du 24 juillet) ou encore en imposant l’autonomie des établissements, comme dans le supérieur où la globalisation des crédits de fonctionnement et de personnels pousse à recruter au moindre coût possible.
Mais Macron et Philippe vont largement plus loin : ils osent annoncer dans leur programme “action publique 2022”, qu’ils entendent privilégier le contrat, contre le statut. On ne peut être plus clair. Et la Cour des comptes en rajoute en suggérant que ces contrats soient de droit privé.
Un tel cynisme, après des décennies de précautions législatives visant à limiter le recours aux emplois précaires dans la Fonction publique, a été facilité par l’irresponsabilité de la plupart des directions syndicales. Elles ont privilégié la défense des statuts en refusant de voir qu’ils étaient grignotés par l’accroissement d’un volant de précaires, moins protégéEs dans l’emploi, moins payéEs pour faire le même boulot, moins défenduEs et donc peu syndiquéEs.
Pour stopper cette politique il faut donc à la fois mobiliser d’urgence dès la rentrée les personnels sous statuts en montrant que ceux-ci sont menacés frontalement, mais aussi les personnels non-titulaires, en les défendant vraiment, en les syndiquant, en les aidant à s’organiser en collectifs unitaires.
Cela suppose des revendications claires :
Cesser de se contenter de fausses titularisations, comme les plans Sauvadet ou les CDI publics et exiger le réemploi et la titularisation immédiate de tous les non-titulaires sans conditions de concours, ni nationalité et l’arrêt du recrutement de précaires.
Refuser et combattre le contrat “de projet” ou “de mission” qui vise à faire sauter les verrous juridiques encadrant les contrats temporaires, pour les multiplier en les assortissant de la disparition de toute perspective de titularisation par la limitation de leur durée à six ans maximum (la règlementation européenne oblige à proposer un emploi pérenne à la septième année).
Ces contrats de 6 ans maximum, on en a un exemple dans l’Éducation nationale : le grand “corps” des assistantEs d’éducation (AED), sans perspectives de titularisation, sans prime ZEP, avec des horaires, des droits à la formation soumis à l’arbitraire, de même que les durées et renouvellements de contrats. Les AED se sont mobiliséEs cette année pour le réemploi et la titularisation, et au niveau interpro (voir l’article en page III). Les positionnements syndicaux vis-à-vis des 70 000 AED évoluent, notamment dans le SNES, (voir la position des AED du Var en page II). Mais, pour mobiliser ces personnels, qui peuvent par leur seule grève faire fermer les établissements, il importe de revendiquer le retour au statut de MI-SE pour les AED étudiantEs qui le désirent, et pour touTEs, y compris les AESH, la création d’un corps Fonction publique d’animateurs/trices scolaires à négocier avec les AED et les organisations syndicales, mais a minima à gestion rectorale, à 35 h de service maximum, avec un réel droit à formation et payé au moins 1700 euros net.

SOMMAIRE
page II Quelle reconnaissance pour les AED ?
page III Retour sur une année de mobilisation dans un lycée parisien
page V Vie scolaire sous pression, améliorer les conditions de travail et offrir des perspectives
page VI Dans l’animation, une précarité structurelle
page VIII Résorber la précarité pour s’opposer à la précarisation de la Fonction publique