Quelle reconnaissance pour les AED ?

mercredi 26 septembre 2018

Nous publions ici une version condensée de la contribution de la section SNES du collège Henri Nans à Aups (Var), qui a alimenté les débats au congrès académique de Nice. Si elle ne reprend pas les positions d’Émancipation, elle éclaire la complexité de la situation.

Aujourd’hui l’exercice des fonctions de ceux et celles qu’on appelait autrefois les “pionNEs” (terme renvoyant à leur disposition arbitraire), a évolué et nécessite une véritable reconnaissance de leur situation professionnelle.

Des missions complexes, un vrai métier

Aucun établissement ne peut fonctionner sans s’appuyer sur son équipe de vie scolaire.

Le rôle des AED va bien au delà de simples actions de surveillance.

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Les personnels de direction et les CPE délèguent des mises en œuvre d’organisations qui demandent aux AED une capacité à repérer des difficultés, à assurer un suivi avec les familles, à proposer et conduire une action éducative ou de prévention.

Les familles elles aussi exigent des AED une maîtrise de la situation de leur enfant. Elles leur demandent un positionnement éthique, professionnel. Elles réclament une rigueur dans la transmission des informations qui les concernent et bien sûr s’attendent à ce que leur enfant soit en sécurité.

Ils représentent pour les élèves des personnes référentes pour discuter de leurs projets, parler de leurs problèmes. Les AED doivent savoir à la fois recueillir cette parole, mais aussi accompagner et étayer les projets.

Malgré toutes ces missions complexes, être AssistantE d’Éducation n’est pas reconnu comme un métier ! C’est une activité temporaire, rémunérée par un salaire minimum qui ne nécessite ni qualification ni formation.

Injonction paradoxale quand on leur demande de maîtriser et transmettre les règles de l’institution.

Injonction paradoxale quand on sait que nombre des enfants accueilliEs sont hébergéEs dans des lieux de vie adaptés ou sont accompagnéEs par des professionnelLEs diplôméEs de l’éducation spécialisée.

Injonction paradoxale quand on leur demande de présenter une synthèse d’une situation d’élève en commission, d’assurer un temps de remédiation scolaire.

Cette non-reconnaissance des fonctions d’AED en tant que métier est sans doute due aux préjugés liés aux profils et aux parcours de ceux et celles qui l’exercent.

D’une part les étudiantEs, contingent historique des surveillantEs, qui tirent leur légitimité de leur expérience scolaire récente. D’autre part des personnes plus âgées, surtout en milieu rural, qui sont contraintes dans leur organisation personnelle et ne sont reconnues à ce poste que par leur expérience de maman le plus souvent.

Mais le SNES peine à se positionner sur la réalité de cette variété de profils d’AED, malgré plusieurs contributions de congrès.

Quelles compétences et pourquoi les reconnaître ?

Les compétences du référentiel du métier de moniteur éducateur, diplôme d’État de niveau IV sont quotidiennement exigées des AED.

Les moniteurs/trices éducateurs/trices interviennent auprès de tous les publics en difficulté. Ils/elles sont reconnuEs dans leurs compétences et pour leur autonomie à encadrer des personnes vulnérables. Pourquoi n’est-ce pas le cas des AED ?

Reconnaître ces compétences aux AED, c’est reconnaître la qualité de l’accompagnement qu’ils/elles mettent en œuvre, valoriser leur implication, leur importance dans la vie de l’établissement. S’appuyer sur un tel référentiel permet aussi de se situer professionnellement et faire valoir au quotidien, dans son rapport à sa hiérarchie, le chemin parcouru, les savoir-faire acquis au gré des contrats. Cela permet de situer son action quotidienne dans le cadre d’une visée à long terme et pas seulement d’une succession d’urgences.

Valoriser les parcours pour ouvrir des perspectives

Il est intolérable que l’Éducation nationale ne reconnaisse pas les compétences des personnels qu’elle a essoréEs 41h par semaine pendant six ans ! Le parcours d’unE AED doit être valorisé, matérialisé, que celui/celle-ci se projette dans une carrière éducative ou pas.

L’AED en fin de parcours doit pouvoir valider les acquis de son expérience dans l’Éducation nationale, et cette validation doit être également reconnue hors de l’EN.

Pour celles et ceux qui ne souhaitent pas mener leur carrière dans l’éducatif, cette validation doit aussi être exigée pour mettre en avant les tâches complexes effectuées et les responsabilités endossées.

L’État employeur doit valider les acquis de l’expérience des AED ayant exercé au moins quatre années.

Quelles revendications pour l’avenir ?

Les étudiantEs seront recrutéEs comme fonctionnaires stagiaires (pour 8 ans sous réserve de la présentation d’un justificatif d’inscription universitaire ou à un concours), par le rectorat, sur critères sociaux. Pour leur permettre d’étudier dans de bonnes conditions, leur temps plein sera de 28h par semaine. Selon la durée de leurs fonctions, une validation des acquis de l’expérience doit leur ouvrir une qualification.

De nouveaux/nouvelles fonctionnaires, qui pourraient être dénomméEs ConseillerEs de Vie Scolaire, seront recrutéEs sur concours externe de catégorie A. Un concours réservé sera ouvert aux AED actuelLEs.

Ils/elles seront forméEs en ESPE pendant un an (année de stage) à la conception et l’animation d’interventions transdisciplinaires auprès des élèves. Leur temps de service sera de 28h (un temps plein de MI-SE) + 7h (pour préparer les interventions) = 35h.

La grille indiciaire doit être celle des professeurEs certifiéEs, une reconstitution de carrière prendra en compte les années d’expérience antérieure.

Raymond Jousmet, d’après la motion SNES du collège Henri Nans (83)