Brèves féministes (septembre 2018)

mercredi 10 octobre 2018
par  Rosine

Argentine : le combat pour la dépénalisation de l’IVG continue

Après la victoire des militantes irlandaises pour la dépénalisation de l’avortement en mai dernier, l’espoir était grand que l’Argentine devienne, après l’Uruguay et Cuba, le troisième pays latino-américain à légaliser l’IVG. Les députés avaient, par une courte majorité – 129 contre 125 – accueilli favorablement le projet de loi, mais le 9 août dernier, le Sénat l’a mis en échec.

Or, le conservatisme du Sénat argentin n’est pas le fruit du hasard : bien au contraire, il repose entièrement sur l’influence de l’Église catholique qui, pour l’occasion, a fait fi de ses conflits avec les Églises évangéliques pour faire obstacle à la légalisation de l’IVG. Et pour arriver à ses fins, le Pape (argentin) n’a pas ménagé son sens des comparaisons, n’hésitant pas à mettre côte à côte la terreur du régime nazi et l’avortement.

Le recours à l’IVG reste donc un délit en Argentine : une femme qui avorte (sauf si la grossesse est le fruit d’un viol ou si elle met la santé physique ou mentale de la mère en danger) risque aujourd’hui entre un et quatre ans de prison. Dans les faits, les avortements clandestins sont très nombreux en Argentine : 450 000 par an en moyenne selon l’ONG Amnesty International. Entre 2014 et 2016, on dénombre une cinquantaine de morts suite à un avortement. Ces avortements à risque touchent les populations les plus démunies, qui n’ont pas accès aux cliniques privées qui pratiquent des avortements illégaux dans des conditions sûres mais onéreuses. La prison ou la mort : voilà le choix qui est laissé aux femmes argentines.

Mais la bataille continue : la mobilisation autour de l’IVG a permis de rendre visibles plusieurs problèmes interconnectés. La question du droit à l’avortement, comme celle des violences sexuelles dénoncées par le mouvement “Ni Una Menos” ne sont plus taboues, et avec elles le problème de la séparation de l’Église et de l’État se pose de manière accrue. Tous ces débats devraient peser dans les prochaines élections en 2019.

Karine

Le Chili, entre mobilisation étudiante et pouvoir réactionnaire

Au Chili, les stigmates de la dictature fascisante de Pinochet, où le sabre s’est naturellement allié au goupillon, se constatent aussi concernant les droits des femmes : selon les chiffres du gouvernement lui-même, 38 % des Chiliennes affirment avoir été victimes de violences physiques en 2018. L’interdiction totale de l’avortement n’a été supprimée qu’en 2017. Mais en avril 2017, suite à une série de harcèlements sexuels contre des étudiantes et employées d’une université, des étudiantes décident en assemblée générale d’occuper une faculté de philosophie. À la surprise générale, le mouvement “prend” et en deux mois une trentaine de facultés sont occupées, il y a des manifestations d’une ampleur inattendue. Les étudiantes réclament non seulement la fin de l’impunité pour les affaires de harcèlement, mais aussi des droits dans tous les domaines  : “Nous sommes toutes victimes de la précarisation : étudiantes, migrantes, mères et travailleuses dans la rue !” clamait une de leurs grandes banderoles lors de l’imposante manifestation du 6 juin. Le président réactionnaire Piñera a dû manœuvrer et annoncer un plan en faveur des femmes, mais qui contient peu de droits réels : “Piñera, Piñera, ton agenda ne me représente pas !” clamait le cortège étudiant le 6 juin dernier. Les mobilisations ont secoué le Chili, le droit à l’avortement et à la contraception sera probablement le prochain terrain d’affrontement.

Quentin


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