Revue Emancipation n°6 (février 2007) : l’edito

samedi 10 mars 2007
par  QD, Administrateur

Rendre coup pour coup, et préserver l’avenir

Le 13 février Robien a publié le décret qui organise la fin des décharges, l’arbitraire des chefs d’établissement, la redéfinition des obligations de service, la bivalence et qui, après les EP1 et les "super profs", après l’annualisation des horaires et le remplacement à l’interne parachève le démantèlement des statuts des enseignants du second degré… Il s’apprête à faire la même chose dans le premier degré, avec les EPEP et le passage en force sur les directions d’école et dans l’enseignement professionnel, comme dans les autres secteurs, avec les audits. Ces attaques directes contre les statuts, sont les plus dangereuses portées depuis l’après guerre. Associées à l’austérité budgétaires, aux fermetures de classes, de postes, aux dotations horaires de misère, ainsi qu’à l’offensive de la précarité (non-titulaires licenciés, embauches de plus en plus précaires, notamment à la faveur du plan de cohésion sociale…), elles marquent la détermination du gouvernement d’en finir avec les services publics, à travers les garanties d’indépendance, comme à travers les conditions de travail, d’emploi et de salaires de leur personnels. Elles s’accompagnent d’un accroissement de la répression. Robien, exemplaire une fois de plus, a menacé Roland Veuillet d’abandon de poste alors qu’il était en grève… et à plus de 50 jours de grève de la Faim.

Si près d’échéances électorales qui peuvent lui être fatales, cet acharnement du Pouvoir montre à quel point le capitalisme industriel et financier juge impérieux d’en finir avec tous les acquis les luttes sociales, pour continuer à accroître de façon exponentielle les bénéfices et les pourcentages servis aux actionnaires. Ce Pouvoir ne peut signifier plus clairement qu’il ne craint pas plus une éventuelle alternance politique, qu’un sursaut syndical.

Il faut dire que la candidate à l’alternance, Royal, n’a pas, loin s’en faut, prouvé sa détermination à revenir concrètement sur les textes qui organisent la casse de l’école et des statuts de ses personnels, ni à combattre le libéralisme. Le ralliement à sa campagne de Fabius, défenseur dans le PS du NON au traité constitutionnel européen n’est pas tant à analyser comme une correction de tir sur cette question du soutien du PS au libéralisme, mais plutôt comme un effritement de plus du front antilibéral victorieux le 29 mai 05.

Quant au mouvement syndical, il n’a pas tiré toutes les conséquences du fait qu’il n’y a plus de grain à moudre. Une bonne partie des directions syndicales, au lieu de se préparer à une lutte de classe de plus en plus sans quartier, continue à miser sur le paritarisme, à courir derrière d’illusoires "dialogue social", "reconnaissance de la représentativité"…

En fait la question qui est posée au syndicalisme est celle de sa survie. Elle passe par deux étapes essentielles : d’abord la résistance contre l’offensive libérale, en défendant pied à pied chaque acquis attaqué, et ensuite la définition d’une alternative progressiste au règne du seul capitalisme sur la planète (qui par ailleurs durera ce qu’elle pourra durer, confrontée à la surexploitation des ressources naturelles par ce système).

L’affaire des statuts, comme celle de l’explosion de la précarité, qui lui est liée, en termes de causalité comme de conséquence, se situent à la charnière entre résistance (le statut comme réglant les condition de travail) et alternative (le statut de titulaire, condition de l’indépendance des personnels par rapport à l’Etat, et aux pouvoirs locaux et donc de définition des services publics, facteurs d’égalité).

Même si l’unité syndicale très large sur les décharges de service recoupe des motivations très diverses, et si les surenchères de certains révèlent une réelle inertie collective, les personnels eux ont montré, et souvent fait connaître aux directions syndicales, qu’ils étaient prêts à se mobiliser sur ces deux aspects. Ils n’ont pas reçu les réponses qu’ils escomptaient…

Quand on doute de son avenir, il est souvent intéressant d’interroger son passé. La plupart des directions syndicales, à l’exception notoire de la FSU, revendiquent une filiation de la Charte d’Amiens , comme elles l’ont rappelé, en ordre dispersé, en fêtant il y a à peine trois mois le centenaire de cette motion du congrès CGT de 1906. Il faut donc leur rappeler (y compris à la FSU) la nécessité de concilier la bataille immédiate pour améliorer notre quotidien de travailleurs, avec la conception et l’administration de la société de demain, en toute indépendance par rapport aux partis comme aux gouvernements.

Voilà qui peut nous armer pour exiger, avec plus de succès que dans les dernières mobilisations, une impulsion de luttes immédiates ou à défaut un soutien à celle qui s’engagent, et en même temps une disponibilité pour aller vers la grève générale, avec gestion démocratique du mouvement, dès que le rapport de force unitaire le permet.

Olivier VINAY

25 février 2007


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