“C’est partout le bruit des bottes, C’est partout l’ordre en kaki” (seconde partie)

Dossier
dimanche 23 décembre 2018

La première partie de ce dossier (voir notre revue précédente) entendait contribuer à mettre en lumière plusieurs points importants dans un contexte lié aux commémorations de la Première Guerre mondiale.

Mais il en est un qui n’était qu’incidemment abordé, c’est celui du mouvement ouvrier : plus précisément les résistances à la guerre dans le mouvement ouvrier. Question centrale s’il en est ! Car qui d’autre qu’un mouvement conçu en son origine pour aider l’humanité à s’émanciper de l’exploitation, de la misère, des discriminations… et des guerres, pourrait fournir une opposition de masse à la guerre ? Il n’est pas étonnant que le reniement des directions bureaucratisées ait entraîné dans un premier temps stupéfaction, démoralisation, repli sur soi, au nom d’une politique du “moindre mal” (1). Il n’est pas étonnant non plus que cette question de la guerre (et d’autres qui lui sont liées, la révolution et la contre-révolution), guerre ouverte ou guerre froide, soit à l’origine des scissions et divisions qui ont suivi. L’alignement sur les intérêts de tel ou tel État mène tendanciellement à justifier y compris des entreprises de conquête et de guerre le cas échéant. Les résistant·e·s à la guerre ont été sommé·e·s de s’aligner, avec à chaque fois la même rengaine : défendre un impérialisme “démocratique” contre un impérialisme “barbare”. Ils et elles ont fait face à l’isolement, la censure, la répression, l’emprisonnement voire pire… de la part de l’État. Mais aussi à la calomnie et la vindicte des dirigeants du mouvement ouvrier.

Aujourd’hui encore dans des conflits, les militant·e·s sont régulièrement sommé·e·s de prendre partie pour le camp du progrès et de la “démocratie” contre celui de la “barbarie”. Alors que dans bien des cas les deux constituent une impasse sanglante. En Syrie par exemple, dans un champ de ruines enjeu des différentes puissances, “on” nous somme parfois de choisir : le camp “progressiste” d’Assad (un dictateur qui massacre son peuple), ou les groupes “révolutionnaires” (le plus souvent des islamistes réactionnaires) ?

Les articles de cette partie montrent certaines facettes du combat internationaliste contre la guerre. En premier lieu celui de la seule fédération de la CGT qui a refusé l’Union sacrée : celles des instituteurs – et surtout institutrices (p. II). D’autres militant·e·s comme Monatte (p.VII) ont œuvré sans relâche dans la même direction. Cela a fini par produire ses effets, avec de premières réactions dans la CGT (p.V) mais aussi dans d’autres organisations ouvrières de différents pays. Nous terminons sur l’histoire de cette guerre : encore aujourd’hui elle constitue un enjeu, jusque dans la préparation des nouveaux programmes de Première (p.X).

Nos lecteur·e·s verront non seulement le courage intellectuel, mais aussi les doutes, les hésitations, les difficultés pratiques auxquels les militant·e·s étaient confronté·e·s. Elles et ils ont en tout cas confirmé la pertinence du souhait formulé par Loïc Le Bars dans son ouvrage sur les instituteur·e·s et la guerre : “Puisse la lecture de ce livre convaincre ceux qui, luttant pour un monde meilleur, sont parfois gagnés par le doute et le découragement, qu’à l’image de ces instituteurs et institutrices, aussi courageux et déterminés que modestes, engagés dans une lutte à l’issue pour le moins incertaine, ils ne doivent jamais abaisser les bras et abandonner le combat”.


SOMMAIRE

page II Le pacifisme des instituteurs syndicalistes

page V Motion Merrheim-Bourderon

page VII Pierre Monatte, un révolutionnaire sous l’uniforme

page IX Lettre au maire d’Azé

page X La guerre au prisme de la réforme Blanquer

(1) Le dirigeant de la CGT Jouhaux inaugure la “politique de la présence” – autrement dit la participation à des organismes contribuant activement à l’effort de guerre – en arguant que le syndicat ne devait pas pratiquer la politique de la chaise vide (“la politique du poing tendu”) : car la CGT doit être “présente partout où se discutaient les intérêts ouvriers”. Aujourd’hui, on appelle cette orientation “le dialogue social”.