Lettre au maire d’Azé

Dossier
dimanche 23 décembre 2018

Nous publions ci-dessous une lettre de notre camarade Philippe Corbin au maire d’Azé (53). Elle montre bien que la question des “fusillés pour l’exemple” n’est pas qu’un problème idéologique. Elle renvoie à une mémoire ancrée dans les territoires et les familles depuis un siècle

Le 8-11-2018

À M. Le Maire d’Azé.

C’est en qualité de petit-fils de M. François Jambu inhumé au cimetière d’Azé et ancien combattant de la guerre 14/18 que je m’adresse à vous.

En passant cet été au cimetière d’Azé, accompagné de ma mère Mme Corbin-Jambu Andrée, fille de François, nous avons découvert votre appel à se faire connaître. Elle vous a écrit un courrier à ce sujet. Ayant appris cette semaine que la cérémonie a lieu le 10 et non le dimanche 11 novembre, une obligation ne me permet pas d’être présent ce samedi. J’avais prévu de venir le 11. En tout état de cause, si j’avais été présent j’aurais aimé avec votre accord, dire ces quelques mots :

En ce centenaire de la fin de la guerre il est impérieux de célébrer la mémoire de ces combattants, et en ce qui me concerne la mémoire de mon grand-père, grand père que j’ai connu.

Au début 1917, au sein du 227ème régiment d’infanterie il montait en première ligne sur le front de Verdun, dont la sanglante bataille du Chemin des Dames lors de laquelle 270 ?000 Français sont morts en 24 jours. Mon grand-père est revenu de cette guerre, presque neuf millions de combattants des deux camps n’ont pas eu cette chance ! Ces hommes issus bien souvent de conditions sociales modestes n’ont pas eu le choix : il fallait combattre au nom des couleurs.

Mon oncle M. Paul Jambu, fils de François, a recueilli ces mots suivants auprès de son père :

“François Jambu a dit avoir fait un parapet avec des soldats morts au moment de l’invasion allemande en Belgique ; a dit aussi avoir vu des soldats français fusillés devant les troupes sur un plateau.”

Il est bien évident que mon grand-père fait référence au plateau de Craonne et aux mutins de 1917 fusillés pour l’exemple. La chanson de Craonne en témoigne. Ces mutins du Chemin des Dames refusent de continuer à servir de “chair à canon” et manifestent leur exaspération face à des offensives meurtrières, provoquant des sacrifices inutiles. Des exécutions ont également eu lieu dans l’armée allemande. Cent ans après cet évènement dramatique, ces fusillés n’ont toujours pas été réhabilités. Ils doivent réintégrer aujourd’hui pleinement notre mémoire collective nationale.

Que ces commémorations délivrent un message de paix vers les générations futures.

Avec mes remerciements, je vous prie M. Le Maire de faire lire ma lettre lors de la cérémonie, ceci en la mémoire de mon grand-père.

Recevez M. Le Maire l’expression de mes respectueuses salutations.

Philippe Corbin