Pour le droit d’avoir des droits

mercredi 26 décembre 2018

La publication par les éditions Non Lieu des mémoires d’Abdulnabi Al-Ekry est à n’en pas douter un évènement important. Cette version française n’est pas une simple traduction de la version arabe originale. Elle est la traduction d’une synthèse de deux tomes, incluant la période 2001-2011, la seconde partie en arabe, 2011-2017, restant non publiée.

C’est à l’université américaine de Beyrouth, où il est étudiant boursier et suit des études d’agronomie, qu’ Abdulnabi Al-Ekry s’engage dans la lutte politique. Il rejoint le Mouvement Nationaliste Arabe, au sein duquel il se rapproche du courant de gauche et se familiarise avec l’idéologie marxiste.

Un militant du mouvement révolutionnaire arabe

Il adhère aussi à la Ligue des étudiants bahreïniens de Beyrouth, dans laquelle il milite activement pour soutenir l’intifada de 1965 qui éclate à Bahreïn. De retour à Bahreïn au lendemain de la défaite de la Guerre des Six Jours, il assiste à l’éclatement de l’opposition de gauche qui en résulte, et se rallie au Mouvement révolutionnaire populaire d’Oman et du golfe Persique, laïque et prônant la lutte armée pour le regroupement des émirats et sultanats en une seule République du Golfe.

L’expérience du Dhofar

En septembre 1970, le Mouvement lui confie la mission d’organiser des expérimentations agricoles dans le Dhofar. Cette région montagneuse qui dépendait du sultanat d’Oman, à la frontière avec le Yémen, était en guerre depuis 1964, sous la conduite du Front de libération du Dhofar avec le soutien actif du Mouvement révolutionnaire d’Oman et du golfe Persique. L’auteur raconte le Dhofar et le sud-Yémen révolutionnaires, les expériences agricoles, l’éducation, la fin de l’esclavage, la libération des femmes qui combattent aussi.

L’exil

De retour à Aden, il prend en charge les relations extérieures du Mouvement et multiplie les voyages à l’étranger, notamment en Europe et aux États-Unis, pour contribuer au développement des comités de soutien au Dhofar. Mais Abdulnabi Al-Ekry raconte aussi les efforts conjugués de l’impérialisme britannique, du Shah d’Iran et du roi de Jordanie pour écraser la révolution au Dhofar, finalement vaincue en 1976 avec l’intervention massive de l’armée iranienne. Sa participation à la création du Front Populaire de Bahreïn l’oblige à l’exil, à Beyrouth où il se retrouve au cœur de la guerre civile libanaise, puis à Damas. Il raconte la succession de défaites des gauches arabes, comment les impérialismes ont anéanti les mouvements démocratiques et progressistes, laissant l’espace libre pour le développement des forces islamistes.

La défense des droits humains

À partir des années 1980, le militant s’investit dans la défense des droits de l’Homme à Bahreïn, recherchant l’unité la plus large. Son action le conduit à approfondir ses relations avec Amnesty International, mais aussi à intervenir auprès de l’ONU, de l’UNESCO, du Parlement européen. De retour au pays, l’auteur évoque aussi les mutations de la société bahreïnienne et le soulèvement du 14 février 2011, dans le sillage du Printemps arabe.

Un témoignage de premier plan

Les mémoires d’Abdulnabi Al-Ekry ne sont pas seulement l’autobiographie d’un militant de premier plan, reflet et témoignage d’une génération de femmes et d’hommes engagéEs, porteuses et porteurs d’espoirs d’une transformation sociale, d’aspirations à une démocratie réelle et à des droits effectifs pour toutes et tous. Elles constituent aussi une contribution d’un grand intérêt à 50 ans d’histoire de l’ensemble du Moyen-Orient. Illustré de nombreuses photographies, l’ouvrage est complété d’une préface de Bernard Dreano, qui contextualise très utilement le parcours militant de l’auteur et souligne la portée de cette publication. Un livre à ne pas manquer pour celles et ceux qui s’intéressent à l’histoire du Moyen-Orient et à son actualité.

Raymond Jousmet

  • Du Dhofar à Bahreïn. Mémoires de luttes et d’espoirs 1965–2011 , Abdulnabi Al-Ekry, Paris, éditions Non Lieu, 2018, 208 p., 19 €.

À commander à l’EDMP (8 impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com)


Brèves

8 décembre 2017 - Réunion publique - jeudi 14 décembre à 19h - Après les récentes défaites de Daesh, où va la Syrie ?

Réunion publique avec :
Joseph Daher, militant syrien originaire d’Alep
Sakher Achawi, (...)

7 juillet 2017 - RELAXE POUR ELIE DOMOTA !

Message de soutien d’Émancipation à Élie Domota
Le syndicaliste guadeloupéen Élie Domota, (...)

14 février 2017 - Réunion publique - Jeudi 23 février à 19h - Alep : un tournant ?

Résistances populaires en Syrie et manœuvres internationales
Réunion publique avec :
Ziad (...)