Égalité femmes/hommes

jeudi 24 janvier 2019
par  Rosine

La questions des violences sexistes et sexuelles a pris de l’ampleur depuis le mouvement MeToo. Il a fallu le poids des réseaux sociaux pour construire un mouvement social qui aujourd’hui s’incarne dans l’appel à une déferlante féministe (NousToutes) le 24 novembre prochain. Si le mouvement vient d’abord des réseaux sociaux, c’est parce que chacune des propositions – quand elles existent – portées par le gouvernement en matière d’égalité femmes-hommes et de violences sexuelles et sexistes ne peut plus être prise au sérieux.

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Comment avancer des idées en la matière alors même qu’on censure, au sein même du Gouvernement, la parole des femmes qui osent parler ? Comment réduire les inégalités et violences sans dénoncer le système patriarcal qui les sous-tendent, sans en exiger la fin et sans remettre en cause le système économique qui lui est lié ? Travailler à la reconnaissance des oppressions subies par les femmes ne peut se faire que dans une lutte contre toutes les oppressions et le système qui les autorise.

Ce sont ces contradictions qui aujourd’hui éloignent les luttes sociales des organisations syndicales et politiques quand elles devraient s’en rapprocher. Il est donc de notre responsabilité non seulement de soutenir ces mouvements, mais aussi d’avoir des revendications fortes et cohérentes.

Dans ce contexte, travailler à un nouveau protocole sur l’égalité femmes/hommes est certes indispensable, mais insuffisant si ce travail n’est pas doublé d’une réflexion en profondeur sur le système qui impose ces inégalités et si la théorie n’est pas appliquée à la lettre – chose qui fait cruellement défaut aujourd’hui.

La nécessité d’un travail d’enquête

Pour lutter efficacement contre les inégalités, discriminations et violences sexistes et sexuelles, un travail d’enquête est nécessaire. Un tel travail, qui porterait spécifiquement sur la Fonction publique, n’a pas été mené, ou seulement très partiellement. Or, le nombre de saisines effectuées par des femmes fonctionnaires reste très faible, notamment parce que la voix des victimes est encore trop étouffée et que les mesures qui devraient être prises à l’encontre des auteurs de harcèlement ou violences ne sont pas appliquées. Les employeurs publics sont rarement appelés devant les tribunaux, ce qui contribue à censurer d’autant la parole des victimes.

Il est nécessaire, dans ce contexte, d’insister sur l’incohérence de tout propos qui renverrait toutes ces violences à des déviances individuelles et de montrer le caractère systémique du problème.

Il faut donc travailler à l’application de tous les textes existants et de s’en emparer dès que la situation l’exige. Mais travailler sur l’existant n’est possible qu’avec des moyens supplémentaires.

L’urgence de parler des moyens et de les exiger

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Former tous les personnels de la Fonction publique est un travail indispensable sur lequel le projet de protocole revient abondamment. Mais il ne peut être efficace que si des moyens supplémentaires sont alloués à toutes les structures qui sont supposé combattre inégalités, discriminations et violences. Réduire un problème systémique à un défaut de formation des personnels, c’est en appeler à a responsabilité de ces personnels sans souligner le problème structurel qui sous-tend toutes les difficultés : l’absence de moyens. Un tel discours masque les difficultés réelles sous un apparat que le Gouvernement a su se donner depuis le début sur cette question précise notamment.

Il est donc urgent de demander de vrais moyens pour traiter le problème des inégalités, discriminations et violences sexuelles et sexistes.

Ces moyens permettraient en outre de poser certains questionnements supplémentaires qui ne sont pas envisagés par le nouveau protocole, notamment en matière de congés de parentalité.

Parentalité : un vrai congé paternité pour l’égalité

On le sait, si les inégalités salariales persistent aujourd’hui, c’est parce que la division sexuée du travail reste ancrée dans nos mœurs. Travail à mi-temps, congé maternité… font que les femmes ont un avancement de carrière bien plus lent que leurs homologues masculins. Si le protocole insiste (en tout cas en théorie, il faudra l’appliquer) sur la nécessité d’une prise en compte de ces congés et sur d’avantage de souplesse pour permettre un arrangement travail/vie de famille moins complexe, rien n’est dit sur la nécessité de mettre en place un véritable congé paternité. Or, il est la base d’une véritable égalité salariale mais aussi en termes de répartition des tâches ménagères, familiales… Nous devons revendiquer la mise en place d’un congé paternité à hauteur de celui possible pour les femmes, mesure qui seule, pourra concrètement réduire certaines inégalités.

C’est pourquoi le mouvement du 24 novembre doit constituer une étape vers la nécessité d’un véritable plan de lutte, qui exige une vigilance accrue concernant l’application des textes, ainsi que des réflexions en profondeur contre toutes les violences. Il doit nous forcer à prendre la mesure des carences en matière de revendications et nous pousser à nous interroger davantage sur les oppressions et le système qui les porte.

Émancipation tendance intersyndicale

Texte présenté au CDFN de la FSU

les 13/14 novembre 2018


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