Non au statut de directeurs/directrices !

vendredi 25 janvier 2019

“Les esprits sont mûrs pour une évolution du statut des directeurs d’école” ! C’est dans le rapport commandé par Blanquer, que Mesdames Bazin-Malgras et Rilhac justifient ainsi la mesure phare qui va permettre au gouvernement de mettre un chef dans les écoles.

Celles-ci ensuite seraient transformées en établissements avec un nouveau statut juridique. Blanquer en a un besoin urgent pour contrôler le processus de mise en place de l’école du socle. Selon le rapport, il s’agit en premier de regrouper maternelle et élémentaire en une seule école primaire puis rapprocher celle-ci du collège en mutualisant postes et locaux. C’est la poursuite de la déclinaison des réformes préconisées par la loi Peillon d’une part et de manière anticipée par les futures lois Blanquer et Fonction publique annoncées pour 2019.

Il y a 30 ans déjà

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La grève avait imposé l’abrogation d’une loi sur le statut de maîtres directeurs !

Le mûrissement (ou pourrissement c’est selon) du statut de directeurs, a commencé il y a 30 ans sous le gouvernement Chirac. Celui-ci avait tenté de l’imposer en force. Une grande grève des enseignants et enseignantes l’a obligé à abroger sa loi. C’était en 1987, juste après une autre grande grève victorieuse, contre la sélection à l’université en 1986 (tiens donc !). C’est en s’organisant en coordinations nationales avec leurs syndicats, que les enseignants et enseignantes eux et elles-mêmes ont toujours pu garder le contrôle du mouvement et gagner. Cette grève contre la casse du statut a marqué longtemps les esprits et les gouvernements – qui n’ont plus osé s’y attaquer frontalement. Mais les coups n’ont jamais cessé depuis. Et aujourd’hui, Blanquer et ses rapporteures estiment que les conditions sont “mûres” pour imposer ce statut de directeur/directrices. Il espère enfin réaliser cette même vieille “nouvelle” école à laquelle la Coordination nationale enseignante s’opposait déjà en 1987, à savoir une école sur “le modèle de gestion des entreprises [où on] impose : hiérarchie, rentabilité, compétitivité” (texte de l’AG régionale du 6 février 1987).

Une hiérarchie intermédiaire et une gestion managériale pour appliquer des contre-réformes

Une des missions du directeur ou de la directrice consisterait à contrôler l’application des mesures Blanquer, entre autres la mise en œuvre des nouveaux parcours des élèves (véritable début de formatage et de fichage), le partenariat (externalisation de l’enseignement) et les projets divers dont le projet éducatif territorial qui fait le lien entre l’Éducation nationale et la commune, particulièrement crucial donc pour mener à bien la territorialisation de l’éducation. Cette mission de contrôle introduirait de ce fait la gestion managériale des ressources humaines, à l’échelle de la plus petite structure de l’EN, l’école. Il s’agit d’en finir une fois pour toute avec son fonctionnement démocratique contre lequel tous les gouvernements qui se succèdent depuis 1987 s’acharnent. Un véritable coup de grâce serait asséné à ce fonctionnement encore un peu démocratique avec la nouvelle fonction d’employeur (public) du directeur ou de la directrice qui en tant que supérieur hiérarchique, aurait son mot à dire dans les mobilités imposées annoncées pour certains par le ministère et attribuerait de nouvelles missions à d’autres et les primes qui vont avec, tel que préconisé par la future loi Fonction publique prévue pour 2019 avec le salaire au mérite.

La territorialisation et l’entrepreneurisation de l’école

Autre danger, l’accès au nouveau grade qui se ferait par concours, ce qui ouvrirait la possibilité à des non-enseignants ou enseignantes de diriger l’école. Cela serait facilité par le fait que le directeur ou la directrice pourrait échanger sa responsabilité de classe contre des missions de direction dans le périscolaire qui dépend, on le sait, de la commune. L’“entrepreneurisation” et la territorialisation de l’école franchiraient alors une étape à l’égal des hôpitaux qui ne sont plus dirigés par des médecins. Rappelons que le gouvernement vient d’autoriser la nomination de 40 % des recteurs ou rectrices n’ayant aucun rapport avec l’enseignement. De plus, on se doit de faire le lien avec des mesures très récentes de Blanquer comme les nouveaux stages militaires commandos réservés aux directeurs/ directrices et chefs d’établissements, et les détachements il y a peu de temps, de deux personnels de gendarmerie, l’un sur un poste de proviseur et l’autre pas moins qu’à la direction de la DGESCO, ce qui donne le la en ce qui concerne la nature des changements de statuts qui s’opèrent, très éloignée de la bienveillance ministérielle affichée.

Embaucher sous contrat temporaire local

À terme, le gouvernement ne veut conserver que les fonctions régaliennes (armée, justice, police, diplomatie). L’annonce de la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires dans toute la Fonction publique, dont 50 000 dans celle d’État, sous son seul mandat de cinq ans, n’est donc qu’un début. En conséquence, le gouvernement veut que le recours au contrat, hors concours donc, soit facilité puis normalisé en remplacement de l’embauche statutaire avec concours. Deux mécanismes sont actuellement mis en place pour y recourir massivement. Le premier qui s’appuie sur la pénurie de personnel enseignant remplaçant (orchestrée en haut lieu sachant que le recours aux listes complémentaires a toujours été possible), consiste à embaucher sous contrat d’un ou plusieurs mois pour pallier au manque, au plus près des besoins. Le second consiste à imposer aux enseignants et enseignantes stagiaires un stage sous statut contractuel, qu’ils et elles devront trouver eux et elles-mêmes en démarchant les écoles ou établissements. Ces sont les proviseurs/proviseuses et les directeurs/directrices d’écoles, nouveaux employeurs publics qui vont les embaucher sous contrat. Le danger de pérennisation de ce contrat après la période de stage est réel et justifié quand on sait que le gouvernement ne précise pour l’heure que les modalités de pré-recrutement après un premier concours qui habiliterait à enseigner et qu’il ne s’embarrasse pas pour le moment de définir précisément les modalités du concours de titularisation post-stage. Dans le rapport en référence, les deux rapporteures ne cachent pas qu’elles prennent exemple sur le privé.

Une autre liberté pédagogique porteuse de casse du statut !

Pour en finir avec la liberté pédagogique de l’enseignant ou de l’enseignante, et pour faire avaler la pilule, le gouvernement, au travers de ce rapport, use d’un subterfuge en promouvant la liberté pédagogique, mais celle de l’équipe pédagogique et non plus celle de l’enseignant/enseignante intrinsèque au métier. Elle est basée sur la confiance de la hiérarchie vis à vis de l’enseignant/enseignante et de ses choix pédagogiques dûe au fait que la méthode doit s’adapter aux classes qui sont toutes uniques pour tout un tas de raison. Quant à la “liberté pédagogique d’équipe” imposée par le gouvernement, elle peut être définie comme un choix d’équipes. Ces choix d’équipes ont toujours existé. Ce qui est nouveau aujourd’hui c’est leur institutionnalisation qui va passer par l’équipe pilotée par le directeur ou la directrice et sera rendue obligatoire. Au contraire de l’autre, cette “liberté pédagogique” – ou choix d’équipe – se base sur la méfiance vis à vis de l’enseignant ou de l’enseignante et l’équipe et le directeur ou la directrice se transforment ici en garant/ garante donc d’une certaine manière en moyens de pression quant au suivi des choix de l’équipe.

Par ailleurs, ces choix sont porteurs d’attaques statutaires pour diverses raisons. Ils peuvent entraîner une annualisation du temps de travail s’ils s’effectuent dans le cadre d’expérimentations telles que prévues par la future loi Blanquer. Ces choix, sous surveillance et sous influence, ont pour rôle de définir la spécificité des établissements, indispensable pour mettre en œuvre la politique d’autonomie. Objectif, instaurer la compétition entre tous et rentrer dans le cadre de la culture de l’évaluation mise en place actuellement par Blanquer. Le rôle du directeur serait ici d’orienter les choix et de contrôler leur application au niveau des classes.

Au delà, les autres mesures que préconisent le rapport

L’école du socle est amenée à se concrétiser. Le rapport préconise la fusion des deux écoles, maternelle et élémentaire, en une seule école primaire. Sachant que la maternelle a, jusqu’à présent, été un modèle au niveau mondial, sa disparition est lourde de sens. Il s’agit ici de supprimer les frontières entre les niveaux. Blanquer préconise dans nombre de ses récentes expressions que l’élève doit évoluer d’un niveau à l’autre sans entrave. Et nos deux rapporteures avancent également que c’est pour éviter les ruptures. La disparition de la maternelle met en évidence les économies drastiques de moyens faites par le gouvernement. Au delà, avec l’absence de redoublement, les réductions de postes, il est clair que tout va dans le sens de l’accentuation du tri social le plus précoce possible pour limiter l’accès de l’ensemble des élèves à une scolarité complète. Trop cher, trop dangereux pour ceux qui nous dirigent. Les écoles se regrouperont par bassins de vie et seront au service de l’économie avant tout locale.

Non à la casse du statut !

Non aux personnels contractuels !

Non au statut de directeurs/directrices !

Abrogation des lois Peillon et retrait des projets de loi Blanquer et Fonction publique !

Soutien aux lycéens et lycéennes contre les réformes du bac et du lycée, contre ParcoursSup, les études payantes !

Sans rapport de force, aucun dialogue avec le gouvernement ! Arrêt du dialogue social !

GD Bouches-du-Rhône de l’Émancipation


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