Coup de force àFO

mardi 19 février 2019

Nous revenons ci-dessous sur l’éviction de Pascal Pavageau de la direction de la Confédération de la CGT-FO en publiant l’éditorial, signé Marc Hébert, paru dans "L’anarcho-syndicaliste" n°206 d’octobre-novembre 2018.

La Confédération est secouée par un séisme sans précédent : le Secrétaire Général victime d’un “complot†(utilisons le mot sans complexe) est acculé àla démission !

Pascal Pavageau a été élu Secrétaire Général de la Confédération en avril 2018 après que son prédécesseur, Jean-Claude Mailly n’ait obtenu que 44 ?% de suffrages favorables sur son rapport d’activité (c’est-à-dire un désaveu total). Jean-Claude Mailly n’a jamais soutenu la candidature de Pascal Pavageau ; bien au contraire : il lui a miné le terrain !

Avant même la clôture du Congrès, àlaquelle Jean-Claude Mailly a refusé d’assister, ce dernier s’est répandu dans les médias en phrases assassines contre son successeur. Il a totalement vidé son bureau des dossiers en cours, laissant àson successeur un bureau vide.

De plus, une fronde a été organisée par ses soutiens toujours en place qui bénéficiaient de situations avantageuses et avaient activement fait campagne contre Pascal Pavageau.

La prise du mandat a donc été difficile, d’autant que des permanents mis àdisposition par des Fédérations, ouvertement hostiles au nouveau Secrétaire Général et àson équipe, ont été remerciés par lui.

Un climat tendu

Le climat était donc très tendu au sein de la Confédération !

Au dernier congrès, la résolution générale a été adoptée àla quasi-unanimité et le CCN a élu Pascal Pavageau à96 ?% des voix, provoquant la joie et la fierté des militants FO. Ceux-ci se sont sentis confortés et ragaillardis pour aller combattre les mesures de régressions sociales du gouvernement Macron-Philippe.

Mais, pour comprendre ce qui vient de se passer, il faut revenir sur le mode de vote au CCN pour désigner les membres de la C.E. confédérale : sont électeurs pour ce scrutin, les secrétaires d’UD et les secrétaires de Fédérations ; le vote est un vote sur mandat, donc les secrétaires doivent voter selon le mandat de leur propre Commission exécutive ou administrative d’UD.ou de Fédé.

Étant un vote sur mandat, ce vote devrait être publié afin que les C.E. ou C.A. respectives puissent contrôler le respect du mandat.

Contrairement aux règles démocratiques, ce vote n’est jamais publié. Seuls les membres de la commission de dépouillement et assesseurs le connaissent.

Ainsi, pendant que les participants au Congrès se réjouissaient de la nouvelle orientation, les membres du CCN se réunissaient pour élire le Bureau confédéral et la Commission exécutive.

Or, comme nous l’avons constaté pendant le congrès, au cours de différentes interventions (notamment celles de P. Hébert, H. Raguin, F. Homez...) une alliance s’est formée entre métaux et POI : le mariage de la carpe et du lapin au motif d’éviter la scission de l’organisation.

Nous avons vite compris que l’objectif était de faire cause commune pour l’élection de la C.E.

La manipulation des votes

Comment cela est-il possible demanderont certains camarades ?

C’est très simple : comme le vote n’est pas publié, chaque secrétaire d’UD ou de Fédé peut voter comme il veut en fonction de son mandat ou, s’il est proche d’un courant, comme le “chef de courant†(P. Hébert - F. Homez) le demande. Ces derniers ne font pas voter pour une liste complète : sur 35 postes àpourvoir, les secrétaires proches de ces deux courants votent alors pour une liste réduite aux noms des candidats “métallos†et “POI†. En conséquence, ces candidats creusent l’écart avec les autres candidats qui reçoivent des votes dispersés. C’est ainsi que la C.E. confédérale est quasi-majoritairement tenue par ces deux courants.

Cette situation est connue de tous et les “vierges effarouchées†qui stigmatisent Pascal Pavageau sur “son†prétendu fichage politique ne se trompent pas et tiennent leurs fiches àjour !

Elle plaçait Pascal Pavageau dans un étau : la C.E. confédérale majoritairement contre lui, une partie du Bureau confédéral en opposition ouverte contestant auprès des membres de la C.E. confédérale la répartition des responsabilités au sein du Bureau confédéral et des opposants salariés au sein de la Confédération.

D’autant que, dans ce contexte, il convient d’avoir en tête que le Secrétaire Général, P. Pavageau, s’est engagé au CCN de septembre 2018 àeffectuer une expertise financière de la confédération. Ce qui, en clair, signifie que de graves “anomalies†financières ont été détectées et que si cela se confirme, elles pourraient entraîner la mise en cause des anciens responsables.

Et l’on ne peut s’empêcher de penser que les bénéficiaires éventuels de ces “anomalies†préfèrent très certainement éteindre toute expertise et éviter toute procédure en échange de la tête de Pascal Pavageau.

De plus, Pascal Pavageau souhaitait mettre àplat les comptes et régulariser les retards de cotisations de certaines Fédérations et UD. qui n’hésitent pourtant pas àprendre la parole avec fermeté àla tribune des CCN et Congrès et àse faire élire àla C.E. confédérale.

Une cabale bien orchestrée

Au vu de tous ces éléments, la cabale contre Pascal Pavageau prend un tout autre sens.

Le fameux fichier n’est qu’un prétexte, un coup médiatique (orchestré avec le gouvernement ?) pour éliminer le nouveau Secrétaire Général de FO, seul véritable opposant sur le plan syndical àla politique gouvernementale.

La révélation par le Canard enchaîné d’un document portant sur 126 responsables, secrétaires de Fédérations et Unions départementales, datant semble-t-il de 2016, n’a pas été effectuée sans arrière-pensée mais bien avec l’intention de dégager Pascal Pavageau.

Il s’agit d’un document privé, reprenant certes des informations personnelles, mais n’engageant que leur auteur et n’ayant pris de caractère public que suite àune effraction.

Pascal Pavageau a immédiatement rappelé qu’il n’avait pas avalisé un tel document ni naturellement ne l’avait commandité mais la meute de ses opposants s’étant fixé l’objectif de le faire sauter, a alimenté la polémique sur ce mémo obsolète datant de 2016.

Devant un tel acharnement, la demande de report de la tenue du Bureau confédéral et de la C.E. du 17 octobre faite par Pascal Pavageau était légitime pour lui permettre de rétablir les faits et de ramener àla sagesse, dans l’intérêt de l’organisation.

Au lieu de cela, par une déclaration commune, H. Raguin, Secrétaire Général FNEC-FP-FO et F. Homez,Secrétaire Général FO Métaux, ont imposé le maintien des réunions du Bureau et de la C.E. : “Nous demandons son maintien et quoi qu’il en soit, nous y serons le 17†et acculé Pascal Pavageau àla démission.

Cette réunion de la C.E. du 17 octobre a abouti àla mise en place d’une commission qui a pris les commandes de la Confédération et mis le bureau sous tutelle.

“La C.E. désigne une commission chargée d’aider et d’assister le Bureau confédéral pour éradiquer ces méthodes et prendre toutes décisions utiles àcet objectif. Cette commission est composée de Franck Bergamini, Gabriel Gaudy, Frédéric Homez, Yves Kottelat, Michel Le Roc’h, Hubert Raguin et Jacques Techer. Elle siégera avec le Bureau confédéral jusqu’au prochain CCN. La C.E. décide la convocation d’un CCN extraordinaire les 21 et 22 novembre 2018 prenant acte de la démission du Secrétaire Général qui permettra àla représentation de toute l’organisation de juger, d’apprécier la mise en œuvre de ces mesures et de décider de la suite†.

C’est un coup de force

La création d’une telle commission n’est pas statutaire ; elle n’est pas légitime !

Pourtant celle-ci n’hésite pas àprendre des “dispositions†qui sont bien loin de ramener la sérénité dans l’organisation. La circulaire du 30 octobre annonçant les “Décisions du Bureau confédéral élargi àla Commission de la C.E.†démobilise, décourage encore plus les militants.

L’annonce de la plainte “au nom de la Confédération pour constitution de fichiers et parallèlement de porter la Confédération partie civile†, outre qu’elle est illégale et irrecevable, envenime la situation.

Enfin, cette circulaire confirme la réelle motivation de cette cabale : quant à“la décision, de réaliser un état financier de la confédération, le Bureau a décidé de saisir la Commission de contrôle àcette fin, conformément aux statuts, ainsi que de se faire appuyer par les experts comptables†.

Exit l’audit financier par un cabinet indépendant de tous les comptes de la Confédération, y compris le secteur formation.

Tous, la main sur le cœur, déclarent qu’il n’y aura aucun changement de ligne, que les résolutions du Congrès seront défendues et qu’il n’y aura pas de changement d’orientation alors que, d’une part F. Homez s’est affiché en opposition avec ces résolutions et que d’autre part, les trotskistes, tendance POI, apportent leur soutien inconditionnel àJ.L. Mélenchon (Informations Ouvrières n°526 du 24 octobre).

Rappelons que J.L. Mélenchon demande aux syndicats de renoncer àla Charte d’Amiens !

Sauver le syndicalisme

Il est essentiel de sauver le syndicalisme libre et indépendant qu’incarne la CGT-FO.

Il est essentiel que les résolutions du congrès d’avril 2108 soient respectées.

Il essentiel que la direction de la confédération retrouve son indépendance par rapport aux courants qui la mettent sous tutelle.

L’expertise financière proposée par Pascal Pavageau doit être effectuée par un cabinet indépendant.

Chaque membre des C.E., des C.A. des Fédérations et des UD devra veiller àce que leur représentant au CCN soit mandaté suite àla réunion de leurs instances.

Les votes des membres du CCN pour l’élection de la C.E. àl’issue du congrès d’avril 2018 et du prochain CCN doivent être publiés.

Marc Hébert, 7 novembre 2018

Les intertitres sont de la rédaction


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