Les révoltés

Histoire
lundi 25 février 2019

Ce film prend la mesure de Mai 68 exclusivement avec des rushs de ce moment : manifestations, réunions àl’université et dans des usines occupées, interviews diverses. Il permet de suivre les événements de façon chronologique, de voir comment les participantEs se situent, de comprendre les enjeux et d’entendre les espoirs qui les portent. Enfin, au travers des débats entre les grévistes, il restitue les positions des organisations politiques et syndicales par rapport au mouvement.

Une émotion

Le parti pris de n’utiliser que des documents cinématographiques pris sur le vif plonge le spectateur/la spectatrice dans une atmosphère sans filtre. Aucun commentaire. La violence est nue, l’espoir dans un autre monde déclinée sans effets de rhétorique, l’organisation de la lutte se discute entre acteurs et actrices et est l’affaire de chacun et chacune.

La violence d’État qui s’exerce àl’aveugle dans le Quartier latin crée une révolte immédiate et solidaire. La rupture avec le monde étriqué du gaullisme rejoint l’aspiration àune autre société. La détresse des paysans et paysannes se mêle àla souffrance ouvrière. La jeunesse et le monde du travail se lèvent contre la répression. La joie de retrouver une dignité préside aux occupations d’usines spontanées. Les ennemis sont le patronat et le pouvoir. La parole se libère et la créativité s’affranchit des poncifs.

Une expérience

Le pouvoir remis en question, le président qui l’incarne est inaudible. L’autorité du patronat – séquestré àSud-Aviation – et des syndicats – mis hors jeu lors du déclenchement de la grève générale – est bafouée. C’est la marque d’une situation révolutionnaire vécue comme telle. L’État, le patronat et les syndicats vont s’accorder àGrenelle pour tenter de tout stopper.

Le protocole est rejeté par les travailleurs et travailleuses qui voient plus loin. Le pouvoir vacille et est temporairement vacant. Le PCF récuse l’idée que la gauche soit un recours. De Gaulle reprend la main. La CGT fait pression pour la reprise. La répression se déchaîne.

Un film qui danse avec l’actualité

Les réalisateurs de Les révoltés nous rapportent la puissance des mouvements populaires libérés des tutelles traditionnelles des partis et syndicats. Cinquante ans plus tard, dans un contexte très différent, une partie de la population remet radicalement en cause la politique du pouvoir et la nature de son exercice. En cela, elle renoue avec les espoirs de Mai 68.

Si leçon il y a, ne pas manquer le coche.

Michel Bonnard, 13 janvier 2019

  • Les révoltés de Michel Andrieu et Jacques Kébadian

http://www.iskrafilms.com/Les-revoltes