Femmes en lutte

Tribune féministe
mardi 19 mars 2019
par  Rosine

Les luttes des femmes, en France comme à l’international, sont de plus en plus massives et de plus en plus médiatisées. En Argentine, en Espagne, en Irlande… les femmes se mobilisent pour leurs droits, pour dénoncer les violences qu’elles subissent, les inégalités et la précarité. Si les combats sont multiples, ils prennent leur racine dans la lutte contre les oppressions croisées du patriarcat, du capitalisme, du racisme.

Une parole libérée et plus visible

La médiatisation des affaires de harcèlement et agressions sexuelles rendue possible par la vague MeToo, a non seulement libéré la parole dans plusieurs pays, mais a aussi fait émerger des collectifs, comme le mouvement Nous Toutes en France qui a impulsé la journée de mobilisation très suivie du 24 novembre dernier. Cette médiatisation continue par ailleurs à porter ses fruits, comme en témoigne l’affaire de la ligue du LOL, dont on peut aisément penser qu’elle n’aurait pas eu ce retentissement quelques années en arrière (la preuve en est des plaintes déposées à l’époque et qui n’ont pas été prises en considération). Les femmes s’expriment davantage et se sentent plus légitimes à le faire. Si les réseaux sociaux ont leurs limites, et s’il est difficile de parler d’un mouvement constitué, force est de constater que la contestation est venue des femmes elles-mêmes, et que l’organisation se développe petit à petit autour de ces revendications.

Des collectifs auto-organisés

De même, on trouve à l’origine des mouvements de contestation internationaux des collectifs de femmes qui s’organisent à partir des oppressions qu’elles subissent, pour dire leur colère face à un système à la fois complice, sourd aux revendications et peu capable de prendre la mesure des enjeux qui mobilisent les femmes. Ainsi du mouvement de grève massif en Espagne du 8 mars 2018, qui non seulement a surpris par son ampleur mais avait suscité la crainte des organisations syndicales qui étaient restées – au moins dans un premier temps pour certaines – très en retrait du mouvement.

Difficile de ne pas faire le parallèle avec le mouvement des gilets jaunes qui a d’abord suscité crainte et perplexité dans les organisations syndicales, qui peinent encore à participer au mouvement. Or, la proportion des femmes dans le mouvement, mais aussi l’organisation d’un mouvement gilets jaunes femmes dans plusieurs villes, est le signe qu’elles portent aussi une colère spécifique dans la contestation sociale.

Nul doute que le mouvement espagnol inspire, par delà les frontières, comme en témoigne la préparation de grèves de femmes en Italie ou encore en Belgique cette année.

Dans cette perspective, soutenir et impulser des collectifs autour de ces oppressions spécifiques est essentiel, puisque ce sont eux qui sont au fondement des mouvements sociaux. Ce dossier revient d’une part sur ces formes d’auto-organisation des luttes et résistances, en France ou encore en Turquie, avec les articles sur les femmes gilets jaunes, sur une rencontre avec Pinar Selek ou encore sur le documentaire Une autre montagne

. D’autre part, il présente les moyens de la médiatisation des luttes et oppressions au cinéma comme dans la recherche, avec les films Les invisibles et 8 avenue Lénine.

SOMMAIRE

page II Portrait d’une brestoise en gilet jaune

page IV Rencontre avec Pinar Selek

page VI L’insolente

page VII “Si nombreuses et pourtant invisibles”

page VII Le cinéma documentaire, ses réalisatrices féministes et militantes, et leurs héroïnes...